C’est entre 1885 et 1916 qu’ont été commandés à Karl Fabergé les 54 œufs-bijoux qui font encore de nos jours l’admiration des amateurs d’objets rares. Les Tsars Alexandre III et Nicolas II les destinaient à leurs épouses Marie et Alexandra comme présents de Pâques. Par la suite, Nicolas décida d’en offrir également à sa mère, ce qui fit passer la commande annuelle d’un à deux.

Il en reste aujourd’hui 47 : 10 au Kremlin, 11 dans la collection Forbes aux USA, 16 chez des collectionneurs privés américains, 8 chez des collectionneurs privés en Europe (2 appartenant à la Couronne britannique) et 2 dont on ignore la localisation.

Qui est Fabergé ?

Il est le fils de Gustave Fabergé, orfèvre-joaillier de Saint-Pétersbourg. Né en 1846, il reprend l’affaire de son père à l’âge de 24 ans. Son talent artistique et son sens des affaires rendent l’entreprise florissante. D’une vingtaine en 1882, le nombre d’employés passe à plus de 500 en 1901, avec des succursales à Kiev, Moscou, Odessa et même Londres. Il crée des bijoux, des figurines de fleurs ou d’animaux, des pendules, des boîtes, des cadres, des poudriers, des étuis à cigarettes, des boutons de sonnette, des coupe-papiers… Il crée pour la Cour mais aussi pour l’aristocratie, la riche bourgeoisie et même des industriels fortunés.

Comme d’autres bijoutiers, il jouit du "privilège de fournisseur de la Cour impériale" auprès du Tsar. Mais loin d’être noyé dans la masse, l’originalité dont il fait preuve, notamment par la technique de l’émail cloisonné mais surtout guilloché (qui consiste à inciser une surface en or ou en argent pour la recouvrir ensuite d’une couche d’émail transparent, de façon à conserver visible le motif gravé) lui conserve une place à part à la Cour.

Son art

Grâce à une parfaite connaissance du travail des orfèvres du XVIIIe siècle, Fabergé s’inspire des artisans parisiens pour l’émaillage de grandes surfaces sur fond guilloché. Les motifs les plus usuels sont ondés ou moirés. Il apporte ainsi une contribution essentielle à l’art de cette fin de siècle.

Il travaille les pierres précieuses et semi-précieuses qu’il mêle à l’or, aux pierres, à la pâte de verre. Sa formation éclectique l’autorise à ne jamais copier ce qui a déjà été fait mais au contraire à utiliser les diverses techniques au service d’une créativité exubérante.

Du Baroque à l’Empire, du Classicisme au style Rocaille, ses influences sont vastes et il n’hésite pas à piocher aussi dans la Renaissance (pour la taille, la gravure et le polissage de pierres dures entre autres), le folklore russe ou l’art japonais, tout en conservant un style majoritairement français. Il est peu influencé par l’Art nouveau, ce qui s’explique sans doute par le conservatisme ambiant à la Cour impériale.

Le parcours

Le tout premier œuf dit "œuf à la poule" est une commande d’Alexandre III pour l’impératrice Maria. Il veut lui offrir un œuf symbolisant la Pâque orthodoxe. Fabergé crée un œuf d’or et d’émail blanc irisé qui cache une petite poule en or également. L’impératrice et toute la Cour sont tellement conquises que ce présent devient aussitôt une tradition. Chaque année, Fabergé fabriquera un nouveau chef-d’œuvre pour les fêtes pascales impériales, recelant en son sein une surprise. Car l’artiste refuse obstinément de dévoiler le contenu de l’œuf. Lorsqu’il est interrogé, il se contente de répondre "Votre Majesté sera satisfaite".

On pourra ainsi au fil des ans y découvrir un carrosse, une cathédrale, un palais, un voilier, le transsibérien, un cavalier …

La consécration

C’est en l’an1900, à l’Exposition Universelle de Paris que la Maison Fabergé triomphe, en présentant hors concours, les cadeaux impériaux de Pâques. Le jury est subjugué et Fabergé est élu à l’unanimité Maître de la Corporation des bijoutiers de Paris. Il reçoit même la Légion d’honneur.

La débâcle

Dès 1914, début de la guerre, les difficultés économiques affectent la Cour et par conséquent Fabergé. Le voici obligé de fabriquer ses objets en acier, laiton ou cuivre, faute d’or ou d’argent.. L’article le plus vendu devient la décoration militaire émaillée.

La révolution d’Octobre 1917 marque la fin de l’aventure. Le Tsar abdique, les trésors des tsars sont empaquetés et transportés à Moscou sur ordre de Lénine. La société est même nationalisée en 1918 par les Bolchéviks qui confisquent les créations.

Contraint de s’enfuir en Allemagne, puis en Suisse, il mourra à Lausanne en 1920, laissant derrière lui une œuvre impressionnante, tant en quantité qu’en qualité.

L’entreprise restaurée par ses fils après sa mort passera de mains en mains. Diverses tentatives seront menées pour rendre à Fabergé sa suprématie dans l’industrie de l’objet de luxe, mais il semble bien que le temps des Romanov soit révolu à jamais.