Les raisins de la colère, John Steinbeck

Un hymne à la famille, à l'amour et contre la ségrégation raciale

Migrant Mother - Dorothea Lange - Google Images
Migrant Mother - Dorothea Lange - Google Images
Ce chef d'œuvre du prix Nobel John Steinbeck est un acte politique en soi, puisqu'il y décrit la crise économique des années 30 ainsi que l'individualisme américain.

A travers son écriture, John Steinbeck se veut polémique. Il décrit, lors de la Grande Dépression dans l'Amérique des années 30, l'exil d'une famille, les Joad, de leur Oklahoma natif jusqu'en Californie.

La signification du titre aide à mieux comprendre le combat de Steinbeck

Le titre du roman, Les raisins de la colère, Graps of wrath en anglais, est tiré de l'hymne patriotique américain The Battle Hymn of the Republic, chanté par les Unionistes (soldats du Nord des Etats-Unis). Ce chant est à la fois républicain et religieux puisqu'il prône l'abolition de l'esclavage, souhait du Seigneur. Le deuxième vers est: He is trampling out the vintage where the graps of wrath are stored (Il piétine le vignoble où sont gardés les raisins de la colère). Il fait référence au vin de l'indignation divine décrit dans l'Apocalypse de Saint-Jean, avec lequel les anges de Dieu mouilleront la Terre alors dominée par la Bête.

C'est au chapitre XXV que Steinbeck explique son titre. A cause de la crise économique et des prix extrêmement bas exercés sur les fruits, aucun bénéfice ne peut-être fait sur les récoltes de pêches, cerises, prunes ou raisins...Mis à part pour les super-exploitations. Les fruits pourrissent ou sont détruits par les fermiers, ne voulant pas aider les immigrants du Middle West affamés, sur qui ils rejettent la faute de cette baisse des prix. Les saisonniers meurent de faim, les petits exploitants laissent pourrir leurs fruits: un climat d'une extrême tension naît : "Dans l'âme des gens, les raisins de la colère se gonflent et mûrissent, annonçant les vendanges prochaines."

Les Joad, une famille du Middle West parmi tant d'autres...

Dans les années 30, le Middle West américain est frappé de plein fouet par la Grande Dépression, la sécheresse et le Dust Bowl. Endettés, dépassés par les nouvelles méthodes agraires, des milliers de famille partent pour l'eldorado, la Californie. Les vallées vertes et productives de cet état font rêver les grandes familles de l'Oklahoma comme les Joad, qui un jour font leurs valises et partent tous ensemble vers la Californie, sur la célèbre nationale 66, à 12 personnes dans un camion. La ruée vers le travail les emmène jusqu'à l'ouest, en traversant de multiples épreuves dans une solidarité familiale émouvante. En Californie, ils connaitront le rude combat pour trouver du travail, la misère des salaires, le racisme envers les okies et les immigrés en général, l'injustice, la corruption. Tous ces thèmes sont traités dans ce chef d'œuvre à rapprocher de notre Germinal français, dans la mesure où il traite de la misère des travailleurs face à des employeurs déshumanisés, dans un pays où le gouvernement est absent.

La famille, héros du roman

Le narrateur omniscient contemple l'aventure des Joad de là-haut, tel le Seigneur surveillant cette famille soudée, aimante et passionnée. Le héros n'est pas un individu, être souvent violent et injuste lorsqu'il est décrit seul, mais la famille, véritable symbole lyrique combattant l'injustice sociale. La famille des Joad, la famille des Okies et la famille des immigrés sont les trois héros de ce roman.

Ce roman est un hymne à l'union, à l'amour et à l'entraide. La dernière scène, poignante, où Rose de Saron donne le sein à un immigré inconnu mourant de faim, fait largement penser à la figure de La Charité (souvent peinte par Simon Vouet par exemple).

L'engagement politique du roman

Par le thème de la misère, Steinbeck prend position contre les excès du capitalisme naissant aux Etats-Unis. Ecrit en 1939, seulement quelques années après la Grande Dépression, Les raisins de la colère dénonce l'inactivité du gouvernement avant le New Deal de 1933, année durant laquelle le chômage atteint 25% et où les prix agricoles ont baissé de près de 60%. Roosevelt redonnera espoir aux populations des Grandes Plaines grâce à sa politique interventionniste du New Deal. Entre temps, le communisme se sera propagé dans les milieux populaires.

Enfin, pour relier son titre à son œuvre, Steinbeck dénonce le racisme envers les immigrés des Grandes Plaines, surnommés les Okies pour ceux arrivant d'Oklahoma par exemple. La violence sera la manifestation de ce racisme latent présent chez certains californiens de l'époque qui n'hésitaient pas à détruire des camps de travailleurs immigrés. 70 ans plus tard, le racisme envers les travailleurs immigrés est toujours de mise lorsqu'on voit comment les milices non gouvernementales accueillent les immigrés mexicains à la frontière sud des Etats-Unis.

Maxime Derville, Maxime Derville

Maxime Derville - Curieux de tout, passionné par beaucoup de domaines, je trouve ici un endroit où je peux écrire sur ce que ...

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