Fin janvier 1963, les Stones se produisirent au ‘Red Lion’ de Sutton. Le propriétaire du club, un certain Glyn Johns, était également ingénieur du son aux studios IBC Recordings, dans l’ouest de Londres, sur Portland Place.

Qui est Glyn Johns?

Glyn Johns s’est construit au fil des ans la réputation d’être le producteur par excellence. Il travailla avec les Who, Led Zeppelin, les Rolling Stones... et même les Beatles sur l’album « Get Back » (1969) avant que celui-ci soit repris en main par Phil Spector et devienne « Let it be ».

Une fois qu’il eut vu les Stones en live début 1963, il fut tellement emballé qu’il leur proposa d’enregistrer quelques maquettes dans le studio où il officiait. Les jeunes gars étaient loin d’être opposés à l’idée dans la mesure où, jusqu’à présent, ils n’avaient tenté qu’une seule fois l’expérience, à Curly Clayton.

5 titres furent enregistrés le 11 mars 1963

Voici la liste: Diddley Daddy / Roadrunner / Bright Lights Big City / I Want To Be Loved / Baby What’s Wrong. IBC Studios appartenaient à deux gars, George Clouston et Eric Robinson. Ils étaient déjà d’âge mûr et la pop music n’était vraiment pas leur domaine de prédilection.

Glyn explique l’arrangement

- "En tant qu’ingénieur en chef, ils m’autorisaient, en dehors de mes heures de travail, à enregistrer qui je voulais, chanteur ou groupe (les Stones seront le premier). J’avais toute liberté ; en revanche il était stipulé que les enregistrements restaient la propriété d’IBC Studios. Dans le cas des Stones, je me suis immédiatement rendu compte que c’était Brian Jones le leader ; il était très inventif et il avait l’oreille musicale. J’ai supervisé l’enregistrement de cinq titres, et c’était vraiment très bon. Clouston et Robinson firent ensuite la tournée des maisons de disques avec ces enregistrements ; hélas ils n’ont pas frappé aux bonnes portes. Chez Decca, par exemple, ils sont allés voir le responsable de la musique classique !"

En découvrant l’incompétence de ses employeurs, Glyn Johns fut pris de découragement

A partir de ce jour, il laissa volontairement traîner dans le studio, sur leurs bureaux, des exemplaires du New Musical Express et du Melody Maker dans l’espoir queClouston et Robinson s’y intéressent. Quant à Brian, il était effondré, mais ce nouvel échec n’altérait en rien son énergie. Il avait toujours à l’esprit le souvenir du concert raté au Picadilly Club, chez Gomelsky, la veille de Noël. Un souvenir qu’il aurait bien aimé effacer. L’occasion allait bientôt se présenter…

Fin avril, les Stones étaient sur le point d'être engagés chez Decca

il était hors de question que la bande reste la propriété des studios IBC, maintenant que le groupe était pressenti pour signer avec Decca. Il fallait récupérer ces enregistrements tant que les studios IBC n’avaient pas conscience qu’ils valaient de l’or. Tout à fait le genre de tâche à laquelle pouvait s’atteler ce roublard de Brian Jones car il ne fallait pas qu’IBC se doute de quelque chose. Keith Richards, qui assista au rendez-vous ainsi que les autres Stones, s’en souvient encore :

- "Un contrat d’enregistrement, même si ça semble être une simple formalité, est au contraire extrêmement contraignant. Brian a dû faire jouer tous les ressorts de son cerveau astucieux et toute sa diplomatie pour que nous rentrions en possession de la bande avant que les types d’IBC aient vent du deal avec Decca. Il a demandé 100 livres sterling à nos managers et, avec cette somme comme argument massue, il a pris rendez-vous avec Clouston. Il lui a dit « On n’est plus intéressés, le groupe se sépare, on laisse tomber, on ne fera plus de musique ».

George Clouston et Eric Robinson sont les deux patrons des studios IBC

Il était stipulé que les enregistrements réalisés chez eux, en théorie, leur appartenaient.

Brian sortit son baratin très calmement, et ajouta qu’à titre de souvenir les gars aimeraient bien garder la bande. Et… « s’il vous plaît, pourrions-nous vous la racheter ? ». Clouston tomba dans le panneau et voulut bien croire la bande de menteurs. Pesant le pour et le contre, il accepta de vendre l’enregistrement à Brian, qui lui en serait éternellement reconnaissant. La bande sous le bras, Brian sortit des studios IBC en arborant un sourire carnassier.

C’était moins une!

Sur le trottoir, les jeunes gens croisèrent Glyn Johns qui revenait au studio après avoir déjeuné. Eut-il été présent quelques instants plus tôt que l’Histoire du rock aurait changé du tout au tout :

- "Je les ai croisés au moment où ils sortaient de l’immeuble. Quand j’ai appris qu’ils avaient racheté la bande au prix de 90 livres, c’est-à-dire juste le prix des heures de travail, je suis rentré dans une colère noire. De toute évidence, Clouston avait fait une bourde. Et de taille ! Mais j’étais surtout en rage parce qu’on ne m’avait pas consulté alors que c’était moi qui avais tout fait".

Pas de quoi attrister les Stones qui, avec un grand sourire, furent engagés chez Decca le 3 mai (à suivre en cliquant ICI).