
- Esagil - Sébastien Polet
Après avoir été détruite par le roi assyrien Sennachérib en 689 avant notre ère, la cité du dieu Mardouk fut reconstruite par son successeur Assarhaddon (680-669). Après le règne d’Assurbanipal, des princes Chaldéens de Babylone s’associèrent aux Mèdes, peuple indo-européen de l’Iran occidental. Ensemble, ils firent s’écrouler l’empire assyrien. Les Chaldéens héritèrent de toute la Mésopotamie.
Nabuchodonosor II (604-562)
Le roi le mieux connu de la dynastie chaldéenne de Babylone fut Nabuchodonosor II. Il s’inspira d’illustres rois: Sargon et Hammourabi. Il entreprit de grands travaux à Babylone. Il tenta de rendre cette cité imprenable. Pour réaliser ses constructions, il fit déporter des peuples de tout son empire. Parmi, ceux-ci, les Hébreux. Ces derniers firent de lui, dans la Bible, l’un des pires tyrans de l’histoire antique. Il faut cependant relativiser ces événements. La plupart des rois de Mésopotamie déportèrent des peuples. La déportation était courante durant l’apogée de l’empire assyrien. Le but était d’affaiblir la résistance de certaines populations en les coupant de leur milieu naturel. Ce brassage de population permettait aussi d’unifier l’empire. A l’époque de Sennachérib, on comptait plus de 400 000 déportés! Or, la Bible (Jer. 52, 28-30) évoque 4600 personnes déplacées par Nabuchodonosor II. La déportation des Hébreux ne concernait donc que l’élite de ce peuple!
Les grands travaux
Nabuchodonosor transforma Babylone. Il conserva cependant le plan de l’époque kassite (1595-1157). La ville couvrait 500 hectares et logeait environ 100 000 habitants. Les travaux avaient pour but de protéger la cité et d’exalter le pouvoir théocratique du roi. Deux murs furent bâtis entre le Tigre et l’Euphrate au nord de Babylone. Ils devaient stopper ou retarder des armées venant de l’ancienne Assyrie. L’Euphrate fut canalisé et un pont fut bâti pour le franchir. Il fit élever de puissantes murailles, celles-ci allaient devenir, dans les premières listes, l’une des sept merveilles du monde!
Les palais
Des palais furent édifiés pour le roi. Ils devaient symboliser l’ordre cosmique et l’union avec Mardouk, le dieu tutélaire de la cité. Pouvoir royal et religieux étaient ainsi intimement liés. L’édifice, ou palais du sud était appelé «palais de l’émerveillement du peuple». Il était protégé par une puissante muraille. Il abritait la cour, la résidence du roi, les bureaux des hauts fonctionnaires, une cour de justice et une grande salle du trône. Le palais du nord, ou grand palais, était en réalité une forteresse. L’historien grec Hérodote le décrivit comme un musée. L’archéologue allemand R. Koldewey y découvrit une grande statue de lion.
L'Esagil
Nabuchodonosor fit aussi restaurer et embellir le grand temple de Mardouk, l’Esagil. Cet édifice comprenait une tour ou ziggourat nommée E-TEMEN-AN-KI, la «Maison du fondement du ciel et de la terre» et un temple-palais. La première ziggourat fut construite à Babylone par Hammurabi. Elle comptait trois étages. Elle fut détruite par Sennachérib. Des travaux de reconstruction commencèrent avec Assarhaddon (680-669). Ils furent poursuivis par Nabopolassar (625-605) et Nabuchodonosor II.
De la grande ziggourat à la Tour de Babel
Une tablette datant de 229 avant notre ère, conservée au musée du Louvre, décrit cette ziggourat. Il s’agissait d’un carré parfait. Elle comptait 7 étages. Des escaliers permettaient d’atteindre son sommet. Au sommet, il y avait un sanctuaire dédié à Mardouk. Il comportait notamment un lit et un trône. Hérodote indiqua qu’une femme y dormait. La nuit, le dieu s’unissait à elle: «Il y avait […] le sanctuaire aux portes d’airain de Zeus Bélos [Mardouk]; ce sanctuaire existait encore de mon temps; il forme un carré de deux stades [c. 355 m] sur toutes ses faces. Au milieu du sanctuaire est bâtie une tour massive, longue et large d’un stade; sur cette tour se dresse une autre tour, sur celle-ci de nouveau une autre, jusqu’à huit tours. La rampe qui y monte est construite extérieurement, [...] autour de toutes les tours; vers son milieu on trouve une station et des sièges pour se reposer, où ceux qui montent s’asseyent et se délassent. Dans la dernière tour, il y a un grand temple; dans ce temple, un grand lit garni de belles couvertures; et, auprès de ce lit, une table d’or. Aucune statue de divinité n’est placée en ce lieu […]» (Histoires, I, 181-182.).
De cette Ziggourat, il ne reste pratiquement rien. Elle servit de carrière et la brique crue subit l’érosion naturelle. Les témoignages anciens montrent que sa destruction fut progressive. Ainsi, à l’époque du roi perse Artaxerxès II (404-359), le médecin grec Ctésias de Cnide la décrivit comme ceci: «la construction, à cause du temps, est tombée en ruine et il n’est donc pas possible d’expliquer comment elle était avec précision. On s’accorde pourtant sur le fait qu’elle était très haute et que les Chaldéens y accomplissaient l’observation des étoiles. Tout l’édifice était réalisé grandement, avec somptuosité, avec du bitume et des briques» (Persika, I, 4-5.).
Aujourd’hui, seule son empreinte carrée subsiste. Cette ziggourat devint la tour de Babel dans la Bible. L’Occident l’imagina ronde à cause de l'impressionnant minaret hélicoïdal de la grande mosquée de Samara. Les premiers explorateurs Occidentaux de la Mésopotamie imaginaient, qu'il s'inspirait de l'antique Babylone...
