Mardi 17 mai 2011, un pêcheur découvre une dizaine d'obus de la Grande Guerre dans la Sambre, en Belgique. Un fait divers devenu presque courant dans nombre de régions de Belgique et de France, où près d'un milliard d'obus ont été tirés durant la Première Guerre mondiale. Une débauche de projectiles qui disparaîtront totalement de nos sols dans 700 ans selon les experts.

Des millions d'obus semés partout en Europe

Les résidus d'obus sont tellement importants qu'il n'est pas rare, aujourd'hui encore, qu'un village entier soit évacué. Ainsi, en novembre 2010, la population du village de Coucy-sur-Eppes (Aisnes) était en grande partie évacuée après la découverte de 1652 obus de la Première Guerre mondiale. Chaque semaine, ou presque, la découverte d'obus fait quelques lignes dans la presse régionale: «Ca ne choque plus personne, explique Philippe Amand, professeur d'histoire dans le Tournaisis, puisque l'on vit avec depuis bientôt cent ans».

À titre anecdotique, si le chantier de l'Eurostar reliant Paris à Londres a pris du retard et engendré des coûts supplémentaires, entre 1987 et 1994, c'est notamment à cause de ces «trésors empoisonnés de l'Histoire». En effet, le tracé du TGV traverse les anciens champs de bataille du Nord de la France.

Entre 856 millions et 1,4 milliard d'obus tirés pendant la Première Guerre mondiale

La Première Guerre mondiale est une guerre d'artillerie lourde – du jamais vu auparavant ! En France, la production d'obus est multipliée par vingt en quatre ans : de 12 000 par jour en septembre 1914, elle s'élève à près de 260 000 à l'issue du conflit. Lors de la tristement célèbre bataille de Verdun, ce ne sont pas moins de 37 millions d'obus qui sont tirés par les deux camps, à raison de 150 000 par jour.

Au total, pour la seule Première Guerre mondiale, on estime entre 856 millions et 1,4 milliard le nombre d'obus tirés (1). Rien d'étonnant à ce que le Français ne piétine un champ de mines. Quant à leur présence à proprement dite, il faut rappeler qu'un obus sur quatre n'explosait pas durant la Grande Guerre, et huit sur dix lorsqu'ils tombaient dans l'eau ou les sols humides.

Trois mille tonnes d'obus dorment dans le gouffre de Jardel, en France

Le Gouffre de Jardel (Doubs) est à lui seul un cimetière d'obus : près de 3000 tonnes reposent au fond, à 128 mètres de profondeur. Une véritable poudrière redécouverte en 1972, et dans laquelle les obus non utilisés ou non explosés avaient été jetés en 1923, telle une décharge. Par ailleurs, si les démineurs écartent tout risque d'explosion, le risque de pollution est bien réel. En effet, une rivière souterraine lave les obus depuis presque cent ans (2). L'accès, lui, est interdit pour des raisons de sécurité.

Les obus de la Première Guerre mondiale, un patrimoine décidément bien encombrant que la Seconde Guerre mondiale, trente ans plus tard, n'aura bonifié.

Notes :

  1. Prentiss estimait 1,4 milliard d'obus (Chemicals War, McGraw-Hill, 1937), Linnenkohl rectifiera ce chiffre en 856 millions(Vom Einzelschuss zur Feuerwalze, Bernard & Graefe, 1996).
  2. Voir reportage intitulé Presque 100 ans après, les obus de 14-18 sont toujours là.