Les nécropoles royales de Sidon, Liban

Extraction des sarcophages par la mission ottomane - Hamdy Bey
Extraction des sarcophages par la mission ottomane - Hamdy Bey
Fouillée par les Ottomans à la fin du XIXe s., une des nécropoles royales de Sidon a livré de nombreux sarcophages d'influences égyptienne et grecque

Des sarcophages anthropoïdes égyptisants et égyptiens, dont ceux des rois Tabnit et Eshmounazor II (Ve s. av. n. ère), au sarcophage dit « d’Alexandre » ou à celui du Lycien, les nécropoles royales de Sidon ont livré de nombreux chefs d’œuvres exceptionnels lors des fouilles françaises et ottomanes.

Bref historique de la cité de Sidon

Située dans le sud de la Phénicie, Sidon compte parmi les plus importantes cités de la côte du Liban antique. Les traces archéologiques les plus anciennes identifiées sur ce site datent de la seconde moitié du IVe millénaire av. n. ère. Elle passa sous l’influence successive de l’Egypte, de la cité voisine de Tyr, puis de l’Assyrie, mais c’est à l’époque perse qu’elle connut son apogée. Elle fut choisie comme siège du satrape pour toute la région transeuphratène.

Le Roi des Perses employa beaucoup les navires de Sidon au cours de ses campagnes militaires et récompensa même le roi sidonien Eshmounazor II pour les services rendus.

Lors de la conquête d’Alexandre le Grand, en 332 av. n. ère, Sidon ouvra ses portes au jeune Macédonien. Cependant, ce dernier décida de destituer le roi en place, Straton, afin de le remplacer par quelqu’un de son choix : Abdalonymos.

Les nécropoles de Sidon

Sidon compte trois nécropoles : Magharat Tabloun, Ain el-Halwi et Ayaa.

C’est dans la nécropole d’Ayaa que fut découvert par la mission ottomane, en 1887, le sarcophage de Tabnit, dont la momie était encore partiellement conservée. Ce sarcophage avait échappé au pillage, contrairement à la majorité des autres sarcophages mis au jour par cette mission.

La momie royale se trouve aujourd’hui, tout comme le sarcophage égyptien en basalte et le sarcophage des pleureuses, au musée archéologique d’Istanbul. Le corps de Tabnit était ficelé sur une planche de sycomore et la tête était ceinte par un bandeau en or.

Quelques décennies plus tôt, en 1855, c’était dans la nécropole de Magharat Tabloun, qu’avait été découvert, par des chercheurs de trésors, le sarcophage égyptien en basalte appartenant à Eshmounazor II, le fils de Tabnit. Il est aujourd’hui conservé au Louvre.

Les fouilles françaises

Entreprises par Ernest Renan à la demande de l’empereur Napoléon III, les fouilles françaises (1861) se déroulèrent dans la nécropole de Magharat Tabloun (ou Magharat Abloun, c’est-à-dire caverne d’Apollon), qui avait été découverte en 1855.

E. Renan avait entrepris des fouilles dans différentes régions de la Phénicie : Sidon, mais aussi Byblos, Tyr, Arwad, Tortose, Amrit, Oum el-Awamid et Kasr Hiram. Pendant son absence du site de Sidon, il avait confié la direction du chantier au docteur Gaillardot, médecin français vivant en Syrie, qui le seconda tout au long de la durée de la mission de Phénicie. En outre, ce dernier poursuivit encore les recherches après la fin de la mission, de mars à mai 1862 et en avril 1863, dans la zone de la nécropole dont la France avait acheté le terrain (sud-ouest et sud-est).

La nécropole avait été pillée à plusieurs reprises (dès l’antiquité et encore au moyen-âge). Cependant, l’équipe d’E. Renan avait pu récupérer intacts six sarcophages anthropoïdes en marbre, ainsi que des fragments de plusieurs autres exemplaires et des sarcophages de forme rectangulaire plus classique. En outre, le docteur Gaillardot a cartographié toute la zone de cette vaste nécropole qui fut utilisée pendant de nombreux siècles, jusqu’à l’époque chrétienne.

De nombreux petits objets ont aussi été trouvés et ont rejoint les collections du musée du Louvre : bagues, bracelets, statuettes, clous, vases en albâtre, colliers, clefs, stylets, vases en albâtre, amulettes, pendants d’oreilles, miroirs, lampes, verreries, etc.

Les fouilles ottomanes

Le directeur de la mission était Hamdy Bey, alors directeur du musée d’Istanbul. Il fut envoyé à Saïda (Sidon) par le sultan Adbul-Hamid II, suite à la découverte fortuite, en 1887, d’un puits et de plusieurs sarcophages par Mehmed Chérif Effendi, le propriétaire du terrain d’Ayaa, alors que celui-ci avait entrepris des travaux d’extraction de pierre nécessaires à une construction.

Après l’exploration complète des sept chambres funéraires du puits, un tunnel, prolongé par une rampe extérieure, avec une pente légère, fut creusé dans la roche du tertre qu’occupait la nécropole, pour sortir les monuments de la nécropole sidonienne.

En effet, il était impossible pour les fouilleurs d’extraire les sarcophages pesant plusieurs tonnes par le puits d’origine. Dix sarcophages sur les dix-sept que comptait l’hypogée furent extraient. Les autres étaient de moindre qualité et n’intéressaient pas le musée. Ils furent laissés in situ.

Découverte du tombeau du roi Tabnit

Pendant cette saison de fouilles, un deuxième puits fut identifié, menant à l’hypogée B, dans lequel se trouvait le sarcophage de Tabnit. Deux entrées de tombeaux se découpaient sur les parois nord et sud de ce puits. Le caveau sud n’avait jamais été fermé et chevauchait l’hypogée A. Il était rempli des mêmes gravats qui avaient servis à reboucher le puits pendant l’antiquité.

Le caveau nord était inviolé. Son plafond était voûté et ses murs avaient été recouverts de crépi peint en gris bleuâtre. Le sarcophage de Tabnit se trouvait sous le dallage de la chambre funéraire. Deux torchères en bronze ont aussi été retrouvées dans ce caveau.

Tous les sarcophages retirés de la nécropole furent ensuite embarqués sur un bateau mis à la disposition d’Osman Hamdy Bey par le sultan, afin de les transporter jusqu’à la capitale ottomane.

Le sultan fit construire une extension au musée d’Istanbul pour accueillir les sarcophages et les faire restaurer par Osgan Effendi, qui était sculpteur et professeur à l’Ecole des Beaux-arts de la capitale ottomane. En effet, ces monuments avaient été endommagés suite à un pillage.

Lire l’article de présentation des plus beaux sarcophages de la nécropole d’Ayaa

Lire aussi l’article traitant des sarcophages anthropoïdes

Publication de la fouille de la nécropole d’Ayaa : HAMDY (O.) BEY, REINACH (T.), Une nécropole royale à Sidon, fouilles de Hamdy Bey, 2 vol., Paris, 1892, réimp., Istanbul, 1987.

Concernant la nécropole de Magharat Tabloun, voir RENAN (E.), Mission de Phénicie, Paris, 1864-1873, p. 401-504.

Conférence, Wavre

Carine Mahy - Diplômée en Histoire et en Archéologie/Histoire de l'art - spécialisée dans les civilisations de ...

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