Depuis le Moyen Âge, les hommes ont cherché à élaborer des élixirs censés leur apporter longévité, santé, ou puissance sexuelle. À l'époque des apothicaires, les "simples", ou herbes médicinales, étaient utilisées pour concocter des élixirs à base d'alcools forts. Certains sont devenus mondialement célèbres, lorsque le business des temps modernes s'est allié au secret des monastères.

L'Élixir végétal de la Grande-Chartreuse

Histoire bien étrange que celle de cet élixir, dont la recette figurait sur un manuscrit très complexe offert par le duc d'Estrée en 1605 aux moines chartreux. Personne ne sait où ce maréchal de France a bien pu trouver un tel grimoire. Il faudra aux moines chartreux de Paris plus d'un siècle pour se décider à se pencher sur son secret.

Le frère Jérôme Maubec, du monastère de Grenoble, crée la première liqueur en 1737 qui titre à 71°. Elle est vendue localement, sur les marchés et les foires, par les moines eux-mêmes. La Révolution française va ensuite disperser l'ordre, mais c'est alors que s'instaure le processus de sauvegarde du manuscrit qui perdure encore aujourd'hui : une copie est gardée par le seul moine résidant au monastère, tandis qu'un second moine en porte toujours une copie sur lui, où qu'il aille.

Lorsque l'ordre des chartreux est dispersé, le dernier moine se décide à céder le manuscrit à un pharmacien, mais il finit par revenir aux pères chartreux qui ont pu regagner leur monastère en 1816.

Après encore moult péripéties entre l'Espagne et la France, la naissance de la Liqueur verte, de la liqueur jaune, de la Tarragone, de la liqueur V.E.P., l'avenir commercial de l'élixir est pris en charge par une société, mais ce sont toujours deux pères chartreux qui la fabriquent dans le plus grand secret. Les bénéfices permettent à l'ordre de poursuivre sa vocation de silence et de prière, selon la volonté de saint Benoît.

L'Élixir végétal possède des vertus digestives et toniques. Il se consomme sur un sucre, ou pour aromatiser les cocktails.

La Jouvence de l'abbé Soury

La recette de cet élixir ne fut pas tenue secrète, car l'abbé utilisait des plantes pour les membres de sa famille souffrant de problèmes circulatoires et de jambes lourdes. C'est à sa mort que l'une de ses cousines, pharmacienne à Rouen, en fit un usage commercial intensif. L'élixir contient de l'hamamélis, de l'acore odorant, de la piscidia et du viburnum. Il est toujours vendu en pharmacie ou en parapharmacie.

La Bénédictine

Cette liqueur est préparée à l'origine par un moine bénédictin italien au monastère de Fécamp. Elle utilise la distillation de 27 plantes et épices exotiques dont la recette figure sur un vieux manuscrit datant du XVIIe siècle.

Après la Révolution et le départ des bénédictins de Fécamp, le manuscrit se retrouve enfoui dans l'oubli d'un tiroir poussiéreux chez un notable breton, où il ne sera découvert qu'en 1863, par son fils. Celui-ci parvient à déchiffrer les énigmatiques formules, et fonde sa distillerie à Fécamp, pour vendre ce qu'il nommera la Bénédictine.

La distillerie sera ensuite installée dans le fabuleux Palais-musée qui abrite toujours le secret de fabrication de la Bénédictine. Cannelle, vanille, safran, myrrhe, coriandre... on visite l'herboristerie de Fécamp dans les effluves enchanteurs des tropiques. Mais à découvrir le secret, point ne serez invités...

L'élixir du Suédois

Cet élixir a un statut un peu particulier, car il existe non pas un mais plusieurs élixirs du Suédois, tous s'annonçant comme la copie authentique d'un élixir ancestral datant des Égyptiens, et définitivement formalisé par Paracelse.

Remis au goût du jour par l'herboriste Maria Treben qui en diffusa la recette (ou plutôt une recette puisque l'originale manque cruellement à l'appel), mais aussi par d'innombrables pseudo Suédois, l'élixir est principalement composé de plantes amères, aux propriétés digestives, détoxifiantes, laxatives, stomachiques, toniques, anti-inflammatoires, antiseptiques... Bref, un élixir total, surnommé un peu abusivement "Élixir de longue vie". On peut s'amuser à le fabriquer soi-même à partir des plantes qui le composent.

N'oublions pas le Coca-cola

Il fut, lui aussi à l'origine, un élixir alcoolisé, le French wine cola, inventé en 1885 par John Pemberton, pharmacien de son état, pour soigner les problèmes de diarrhées et de digestion. Suite à l'interdiction de la vente d'alcool à Atlanta, Pemberton fabrique une version non alcoolisée de son élixir et crée en 1888 la J.-S. Pemberton & company. On connaît la suite... Dès 1903, la cocaïne est supprimée de la recette originale. D'ailleurs cette recette est-elle si secrète qu'on le dit et est-il vrai que seules trois personnes la détiennent ? Cassons un peu le mythe :

« D'après William Reymond (qui a écrit le livre Coca-Cola, l'enquête interdite), on peut trouver sur Internet et dans son livre la recette de la boisson. En réalité il s'agit là d'un secret purement marketing, des chimistes ayant depuis longtemps analysé précisément la formule du Coca. Il est d'ailleurs probable que les dirigeants de la marque n'aient aucune peur de voir leur liquide copié étant donné que les personnes qui achètent Coca-Cola achètent plus un marketing qu'un réel plus du produit. » (1)

En tout état de cause, il est fort agréable de siroter ces différents élixirs, qui s'accommodent aujourd'hui très bien d'un cocktail branché, ou d'une pause détente savoureuse. À consommer avec modération... ils demeurent des boissons alcoolisés, sauf le Coca-cola.

Liens

(1) Recette du Coca-cola primitif de Tremberton

Histoire de la Grande-Chartreuse

L'élixir du Suédois de Maria Treben