
- 1,2 million d'homos au travail. - DR.
Tout le monde sait que la discrimination salariale entre hommes et femmes, ça existe. A qualifications égales, ces dernières sont moins bien payées que leurs collègues masculins. « Les hommes gagnent en moyenne 17% de plus que les femmes qui n’ont pas interrompu leur carrière pour des raisons familiales », affirme une étude récente de l’Institut national de la statistique parue dans la revue de l'OCPE.
En revanche, ce qu’on ignorait, c’est que les homosexuels hommes sont aussi discriminés. «Etre gay en milieu professionnel n’est pas sans conséquence sur la feuille de paie», révèle Libération qui fait référence à une enquête réalisée par deux économistes, Thierry Laurent et Ferhat Mihoubi, du Centre d’étude des politiques économiques de l’université d’Evry. C’est la première fois qu’une étude sérieuse sur les homos au travail est ainsi menée en France et ce qu’on y apprend est édifiant.
Les fonctionnaires moins discriminés
Les auteurs de l’étude notent que les fonctionnaires sont «moins visibles» et donc un peu moins pénalisés que leurs collègues du privé car ils sont notamment recrutés sur concours. Mais quand même: à même niveau de responsabilités et de qualifications, les homos gagnent 5,5% de moins que leurs collègues hétéros dans le secteur public, et 6,5% dans le secteur privé.
Les chercheurs ajoutent qu’un salarié marié bénéficiera en outre d’une prime de mariage de l’ordre de 4%. Or, comme l’union de deux homos est interdite en France, les gays ne peuvent en bénéficier et subissent, en tout, un préjudice de 10,5% au niveau de leurs revenus salariaux.
Surtout les cadres
La discrimination est quasiment inexistante chez les ouvriers mais considérable chez les cadres (jusqu’à 10% de salaire en moins), relève encore l’un des économistesdans Libération : «Plus je suis qualifié, plus je suis visible, donc plus je suis discriminé. Même chose pour l’ancienneté ».
L’étude montre également que ce type de discrimination au travail existe partout dans le monde où la situation est plutôt pire qu’en France, surtout aux Etats-Unis. Le Figaro rappelle ainsi que, selon une enquête réalisée en 2007 auprès de 91 000 personnes, «un salarié gay gagne en moyenne 23% de moins qu'un homologue hétérosexuel et marié ».
Les lesbiennes gagnent plus
Les lesbiennes, au contraire, ajoutent les chercheurs, semblent gagner mieux leur vie que les femmes hétéros (+2%) en raison de leur disponibilité plus grande au travail (pas d’enfants et donc pas de grossesses ni d’arrêts pour enfants malades).
On estime à 1,2 million au moins le nombre de personnes gaies et lesbiennes sur le marché du travail, soit environ 4 % de la population active, peut-on lire dans le Journal du CNRS qui évoque une étude commandée par la Halde, la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité.
17% se taisent
« 88 % des 1 413 personnes interrogées, qu’elles en aient été témoins ou victimes, disent avoir perçu de l’homophobie », dit ce rapport. Dès lors, les homos préfèrent se taire: « 66 % des salarié(e)s homosexuel(le)s déclarent n’avoir “plutôt pas souvent” dévoilé leur homosexualité au cours de leur vie professionnelle, et 17 % ne l’avoir jamais fait ».
Cette discrimination est d'abord le fait des collègues de travail et se manifeste surtout «implicitement » (à 85%) et, pour deux personnes sur cinq, «explicitement sous la forme de blagues, d’insultes, de dégradation de biens, voire de violences physiques…», rapporte le Journal du CNRS.
La loi, en principe, protège les salariés contre ce genre de discrimination. L'article L122-45 du Code du travail dispose en effet «qu'aucun salarié ne peut être sanctionné, licencié ou faire l'objet d'une mesure discriminatoire, directe ou indirecte, notamment en matière de rémunération, de formation, de reclassement, d'affectation, de qualification, de classification, de promotion professionnelle, de mutation ou de renouvellement de contrat en raison de son orientation sexuelle ».
Les voies de recours
L’association SOS Homophobiedresse d'ailleurs sur son site la liste des recours possibles.Toute personne discriminée peut porter plainte ou se tourner vers les prud’hommes. Le délégué du personnel peut saisir l'employeur par une procédure d'alerte (art. 422-1-1 du Code du travail) s'il constate une atteinte aux droits des personnes ou aux libertés individuelles dans l'entreprise.
L'inspection du travail a aussi un pouvoir de contrôle sur le fonctionnement des institutions représentatives du personnel, la protection physique des travailleurs, la durée du travail... L'employeur doit afficher les nom, adresse et numéro de téléphone de l'inspecteur chargé de la surveillance de l'établissement. Salariés, employeurs ou syndicats peuvent le saisir.
Rappelons que la discrimination d’une personne en raison de son orientation sexuelle est passible de trois ans de prison et 45 000 euros d'amende.
