L'appel initial du 18 juin s'adressait aux Français présents en Angleterre. Ils formaient, en effet, un groupe non négligeable et De Gaulle voulait montrer aux Britanniques et au gouvernement français qu'il n'était pas seul à vouloir résister. Outre un certain nombre d'hommes évacués de Dunkerque, on comptait des éléments de la Légion étrangère et de la 1re division du général Béthouart retirés de Narvik : en tout près 8000 soldats et plus de 20000 marins étaient stationnés dans les ports anglais. Nombre d'entre eux étaient prêts à combattre aux côtés des Britanniques. La signature de l'armistice, le 22 juin 1940, les plaça brusquement dans une situation nouvelle et, onze jours plus tard, le drame de Mers el-Kébir porta dans les espérances du général De Gaulle un coup dur. La quasi-totalité des soldats et marins français décidèrent de rentrer en France. De Gaulle, à la fin du mois de juillet, ne disposait que d'un peu plus de 2000 hommes, dont plus de la moitié appartenaient à la Légion étrangère.

Bureau central de renseignements

Le général De Gaulle avait organisé ses services suivant le schéma classique de l'armée française, le 1" juillet 1940, il confiait son deuxième bureau au capitaine du génie André Dewavrin, rapatrié en Angleterre avec le corps expéditionnaire de Norvège. La mission que lui assignait le Général dépassait de beaucoup le seul domaine des Forces française libres. A la recherche de renseignements sur l'ennemi, De Gaulle avait ajouté la mission de susciter la résistance sur le territoire français, d'y équiper des forces qui, le moment venu, participeraient sur les arrières allemands à la bataille pour la libération. Le Général songeait même à confier à son service de renseignements la préparation du regroupement national indispensable au relèvement de la France. Dewavrin, qui apreis le nom de guerre de Passy, fut donc confronté à une tâche qui mêlant action politique et opérations militaires. Les résultats qu'il obtint, dès l'été 1940, lui ont valu l'estime et le soutien des Britanniques, des agents furent parachutés sur le territoire français, des réseaux furent mis en place, des contacts établis avec les premiers groupes de résistance. Le 17 janvier 1942, le service de renseignement (SR) prit le nom de Bureau central de renseignements et d'action militaire et installa (BCRAM) ses service au 10, Duke Street.

Le 28 juillet, une nouvelle réorganisation fit du BCRAM, le BCRA (Bureau central de renseignements et d'action), qui se dota d'une section spécialisée dans les opérations en Afrique du Nord confiée à André Pélabon. Passy, nommé lieutenant-colonel, avait pour adjoint Pierre Brossolette et André Manuel. En novembre 1943, le BCRA fusionna avec le service de contre-espionnage de l'armée pour créer la Direction général des services spéciaux (DGSS), dont le patron fut Jacques Soustelle.

Durant la Seconde Guerre mondiale, sur les 3600 hommes des réseaux de Dewavrin, plus de 800 ont été tués.