Le harcèlement sexuel est un sujet dérangeant pour les citoyens d'un pays qui tentent de faire leur révolution sociale et culturelle. En 2008, 83 % des Egyptiennes ont été victimes d'une agression sexuelle. L'une d'entre elle avait eu le courage de porter plainte (Nora Rushdi). Même si cela a initié la ratification d'une loi contre les agressions sexuelles, au tribunal on l'avait raillé. Les hommes, mais les femmes aussi qui ne souhaitaient pas que leur semblable s'expose de cette façon. Effet pervers d'un code de conduite profondément enraciné dans la société égyptienne. Quand l'idée que la femme est impure règne en postulat, sa parole a peu de chance d'être entendue.

Une séparation

Néanmoins l'hypocrisie est totale. Selon une étude réalisée, un homme pense au sexe au moins treize fois par jour dans une journée, du fait de l'hyper sexualisation grandissante de la société. On excite quotidiennement le mâle mais on lui interdit le moindre rapport sexuel avant le mariage. C'est de cette façon qu'il se retrouve à faire " frotti-frotta " dans l'espace confiné du bus 678 où Fayza (Bushra Rozza) est quotidiennement harcelée en toute impunité. L'homme repère sa proie, la plus craintive, et hop là en un tour de passe-passe, un citron dans la poche, et vas-y que je vais me frotter sans y être invité. La seule issue pour Fayza c'est la fuite in extremis hors du bus. De là que les autres hommes s'en mêlent. Quelques plans à la volée montrent très justement le regard torve et pathétique des autres hommes complices. A la maison, Fayza ne veut plus de son mari. Sans la moindre explication elle se refuse à lui. Un silence de plomb règne au coeur du couple où le tabou est roi. Si elle avoue qu'elle a été touché par un autre homme, il doit la répudier pour sauver son honneur. Quand elle se rend à une réunion, animée par Seba (Nelly Karim), une consoeur - elle-même victime d'attouchements dans une foule lors d'un match de football - elle écoute ses conseils d'autodéfense, mais se refuse (comme la plupart des autres femmes) à parler de la façon dont elle est régulièrement abusée. A l'affliction se joint la honte d'un mal inavouable. Bien sûr, il est plus simple pour une femme d'une classe sociale aisée, d'agir pour défendre ses droits, comme Seba qui créer des séances de coaching diffusées à la télévision. Fayza qui n'en manque pas une, n'a pas d'autres solutions que de prendre le bus tous les jours, compte tenu du peu d'argent dont dispose son foyer.

A men's world

A travers les destins croisés de trois femmes au Caire, Mohamed Diab s'applique à faire la démonstration de leur solitude dans un monde d'homme. Un monde qui manque cruellement d'audace : Nelly (Nahed El Sebaï), une autre jeune femme, se fait violemment agresser par un automobiliste. Elle devra elle-même l'interpeller - dans une séquence hallucinante - et le livrer à la police car le représentant de l'ordre local, refuse la plainte pour agression sexuelle. Le délit n'est pas encore reconnu par la loi égyptienne au moment des faits.

Aussi, que dire d'une société qui met un enfant au piquet toute la journée dans la cour de l'école, car ses parents n'ont plus les moyens de payer les frais de scolarisation ? Le constat est affligeant bien qu'il soit d'une logique implacable dans son articulation. Les plus démunis s'il ne veulent pas payer la note globale, n'ont pas d'autres choix que de se faire justice eux-même pour préserver un semblant de dignité. D'autres trouveront la force de faire appel à la loi, en tentant de déjouer le consensus silencieux organisé par la tutelle masculine. Quant aux hommes qui souhaitent accompagner leur épouse sur ce chemin, ils doivent remettre en question bien des idées reçues, et déployer une force d'empathie dont la société telle qu'elle est organisée, ne les y encourage pas. A ce propos le film ne manque pas d'humour, incarné par la figure d'un flic rompu à toutes les pratiques des hommes dont il se moque, bien conscient de la misère et de la lâcheté qu'ils renferment. Il évite aussi l'écueil du manichéisme, quand ils confrontent ses personnages féminins, dans le rapport qu'elles entretiennent avec leur propre corps.

Depuis les révolutions arabe, plusieurs journalistes ont été agressé Place Tahrir : Caroline Sinz et Lara Logan ont connu les débordements des mouvements de foule. Un mouvement de libération certes, mais un mouvement de foule quand même. Le temps, mesure de toute chose, est une quantité qui se mesure par rapport au changement. Il est la quantité du mouvement, non sous l'aspect de distance, mais sous l'aspect d'une antériorité et d'une postériorité qui ne coexistent pas.