Il est toujours intéressant de savoir ce qui se dit de nous à l’étranger. Cela donne parfois l’occasion de se rendre compte que les évènements qui ont lieu en France peuvent être perçus d’une toute autre manière en dehors de nos frontières. Ainsi, les incidents qui se sont produits ces trois derniers jours à Grenoble sont perçus par la plupart des quotidiens russes comme des émeutes raciales.

L’accent est mis sur l’origine des émeutiers

Echo de Moscou est souvent considérée en France comme la « dernière radio libre de Russie », parfois opposée au pouvoir, et souvent du côté des démocrates. Pourtant, si France Info ou RMC avaient publié un article tel que celui que l’on pouvait lire sur le site de la radio indépendante le 19 juillet, elles auraient certainement reçu des dizaines de lettres les accusant d’être d’extrême droite.

Le titre même de la dépêche aurait certainement à lui seul créé la polémique : « Dans le sud-est de la France, les affrontements continuent entre les ressortissants africains et la police locale ». L’accent semble être mis sur l’origine des émeutiers. Une impression qui se confirme plus bas : « Selon les témoins, 60 automobiles auraient été brulées à Villeneuve, où des magasins et des cafés auraient également été détruits. Quelqu’un aurait entendu les Français de couleur crier "à bas les blancs", mais officiellement les autorités n’utilisent pas le terme de "confrontations ethniques" pour décrire ce qui s’est passé. Rappelons que tout a commencé vendredi, lorsque les policiers, en ripostant à un tir, ont tué un immigré africain de 27 ans, Karim Boudada (Boudouda, ndlr) ».

Les émeutes en France perçues comme des conflits raciaux

Cette tonalité, mettant de façon très nette le conflit racial au centre du débat, se retrouve dans presque tous les médias russes. Ainsi, rbc.ru, d’influence plutôt libérale, titrait le 18 juillet dernier: « En France, des ressortissants d’Afrique brûlent à nouveau des voitures et des magasins ». Le site revenait sur ce qu’il appelle les « pogroms organisés par des bandes d’immigrés », en rappelant qu’en 2005, dans plusieurs villes de France, dont Paris, avait eu lieu une « vague d’émeutes qui s’était là aussi déclarée après le meurtre d’un immigré par les forces de police ».

Un passé proche auquel fait également allusion la fameuse Pravda dans le titre de son article publié le 19 juillet : « Les faubourgs français sont de nouveau en feu ». L’héritière du journalisme soviétique n’adopte pas un ton différent des autres : « Les affrontements qui ont eu lieu ces derniers jours entre la police et les ressortissants des pays d’Afrique et du Moyen-Orient ont encore une fois rappelé au monde les problèmes liés aux immigrés, qui représentent jusqu’à 15% de la population française ».

Pour la Pravda, les autorités françaises sont dans l’impasse

La Pravda livre même une analyse assez crue de ce que l’on appelle en France la « question des banlieues »: « Les évènements qui ont lieu en ce moment à Grenoble ont montré que le problème n’est toujours pas résolu. Et ceux qui gouvernent la France sont dans une situation peu enviable. Car si l’on augmentait les allocations de ces immigrés qui ne veulent pas vraiment travailler, cela représenterait un lourd fardeau pour les contribuables et aurait pour conséquence une baisse du niveau de vie de la majorité des Français. Et là, ce sont ceux qui travaillent qui seraient mécontents. Mais si l’on s’en prenait durement aux émeutiers, ceux-ci répondraient continuellement par de nouvelles rébellions ». A en croire la Pravda, nous sommes donc face à un problème insoluble.

Pas de politiquement correct

D’autres sites d’informations plus neutres, s’ils se montrent moins pessimistes quant à l’avenir de la France, emploient tout de même des termes choisis: « Dans la ville française de Grenoble, les affrontements continuent entre la police et des groupuscules ethniques » (regnum.ru), ou encore « Les affrontements entre policiers et immigrés se poursuivent à Grenoble » (gazeta.ru). Le terme de « groupuscules ethniques criminels » est même employé sur news.day.az, ce qui peut surprendre puisqu’il s’agit d’un site d’Azerbaïdjan, pays musulman.

Le politiquement correct dont se plaignent régulièrement en France ceux qui voudraient voir les origines ethniques figurer plus souvent dans les statistiques de la délinquance n’a donc pas cours en Russie. C’est d’ailleurs bien ce que mettent souvent en cause les défenseurs des droits de l’Homme lorsque des affrontements - qui ne laissent, eux, aucun doute quant à leur caractère purement ethnique - ont lieu en ex-Union soviétique.