Les descriptions antiques des jardins suspendus de Babylone

Jardins suspendus de Babylone - Sébastien Polet
Jardins suspendus de Babylone - Sébastien Polet
Visite des jardins suspendus de Babylone grâce aux textes des écrivains antiques Diodore de Sicile, Strabon et Quinte-Curce. Ces jardins étaient-ils réels?

Babylone fut la seule ville de l’Antiquité à accueillir deux des sept merveilles du monde: les célèbres jardins suspendus et les puissantes murailles de la cité. Ces dernières disparurent de la liste au Moyen Âge, elles furent remplacées par le phare d’Alexandrie.

Le texte de Diodore de Sicile

Plusieurs écrivains anciens livrèrent des descriptions des fameux jardins suspendus. La plus ancienne fut celle du compilateur Diodore de Sicile qui rédigea son récit au Ier siècle avant notre ère: «il y avait aussi ce qu’on appelait le jardin suspendu près de l’Acropole, c’était l’œuvre non de Sémiramis [reine légendaire de Babylone] mais d’un roi syrien postérieur qui l’avait fait construire pour faire plaisir à une maîtresse; celle-ci, dit-on, qui était d’origine perse, et cherchait les prairies dans les montagnes avait prié le roi d’imiter par des artifices le paysage particulier de la Perse. Le parc s’étend de chaque côté sur quatre plèthres avec un accès montagneux et toutes les autres constructions qui se succèdent les unes aux autres, si bien qu’il avait l’aspect d’un théâtre. Sous les montées qui avaient été construites, des galeries avaient été aménagées qui supportaient tout le poids de la plantation et qui s’élevaient progressivement l’une au-dessus de l’autre à mesure qu’on s’avançait. La colonne la plus élevée qui avait cinquante coudées [25 m] de haut avait sur elle la surface supérieure qui était à même hauteur que l’enceinte des parapets. Ensuite, les murs, construits avec magnificence, avaient 22 pieds d’épaisseur, et chaque issue avait dix pieds de largueur. Des poutres en pierre assuraient la couverture, elles avaient une longueur de 16 pieds y compris les superpositions et une largeur de 4 pieds. Ce qui, reposant sur des poutres, servait de toiture, était d’abord une couche de brique cuite liée dans le gypse, et celle-ci accueillait une troisième couche, un revêtement de plomb pour que l’humidité provenant de la terre amoncelée ne s’infiltrât point en profondeur. Sur ce revêtement avait été accumulée de la terre en profondeur adéquate, suffisante pour que les grands arbres y prennent racine. Le sol aplani était plein de toutes sortes d’arbres à séduire le spectateur par la taille et tout ce qui ravit. Les colonnes recevant la lumière parce qu’elles étaient plus élevées les unes que les autres, contenaient beaucoup de loges royales de toutes sortes: il y en avait une qui avait des divisions depuis la surface supérieure, et des instruments pour l’irrigation, par lesquels on faisait monter du fleuve de l’eau en abondance, sans que nul pût voir de l’extérieur ce qui se passait. Tel fut donc le jardin qui fut construit plus tard, comme nous l’avons dit» (Bibliothèque historique, II, 10, 1-6).

Le géographe Strabon et Babylone

Quelques années plus tard, le géographe grec Strabon décrivit également les célèbres jardins: «ceci [l’enceinte] et le jardin suspendu, sont considérés comme l’une des sept merveilles du monde. Le jardin est de forme quadrangulaire et chaque côté à 4 plèthres. Il consiste en arcs voûtés qui sont situés, l’un derrière l’autre, sur des soubassements cubiques en damier. Ces soubassements, qui sont évidés, sont recouverts d’une si grande quantité de terre, qui peuvent recevoir les plus grands des arbres, car les soubassements eux-mêmes, les voûtes et les arcs, sont construits en brique crue et en bitume. L’ascension jusqu’au toit en terrasse le plus élevé, se fait par un escalier ; et le long de cet escalier, il y avait des vis d’Archimède, à travers lesquelles l’eau était continuellement acheminée vers le haut, dans le jardin, depuis l’Euphrate, par ceux qui étaient employées à cette tâche, car le fleuve, large d’un stade, coule au milieu de la ville; et le jardin est sur la rive du fleuve» (Géographie, XVI, I, 5).

L'historien Quinte-Curce

Enfin, l’historien romain Quinte-Curce fut le dernier, au IIe siècle de notre ère à s’intéresser aux jardins suspendus de Babylone: «au-dessus de la citadelle, se trouve la merveille célébrée par les fables Grecs: les jardins suspendus; leur niveau atteint la crête des remparts, et ils doivent leur charme à l’ombrage et à l’élévation de nombreux arbres. Les piliers qui portent la masse entière sont en pierre; sur ces piliers, repose un lit de pierre de taille, établi pour résister aux épaisseurs de terre qu’on y déverse, et de l’eau, dont cette terre est arrosée: ces bâtisses portent des arbres si forts que leurs troncs atteignent 8 coudées de diamètre, s’élèvent à 50 pieds de hauteur, et donnent des fruits tout comme s’ils se nourrissaient de la terre natale. Et quoique le temps anéantisse par une insensible usure non seulement l’œuvre de la main des hommes, mais la nature même, cette bâtisse malgré la pression des racines de tant d’arbres, malgré la pesante charge d’une forêt pareille subsiste intacte: car il y a des murs de soutènement de 20 pieds de large, placés à 11 pieds de distance, en sorte que, de loin, on dirait des forêts naturelles au sommet de leurs montagnes. La tradition attribue cette construction à un roi de Syrie [Assyrie], qui régnait à Babylone; il obéissait ainsi à son amour pour sa femme: elle avait, en ces pays de plaines, la nostalgie des bois et des forêts, et elle pressa son époux d’imiter, par l’établissement de cette construction, les charmes de la nature» (Histoire d’Alexandre, V, I, 32-35).

Mythe ou réalité ?

Ces trois récits sont assez généraux et ils ne localisent pas l’édifice dans la ville. Il faut souligner le fait qu’aucun de ces trois écrivains n’est allé à Babylone. Plusieurs historiens modernes doutent de l’existence même de ces jardins, car les auteurs anciens qui ont été à Babylone n’en parlent jamais: Xénophon, Ctésias de Cnide et Hérodote. De plus, il n’existe aucune représentation de ces jardins et aucun texte babylonien ne les évoquent! Enfin, aucune trace archéologique de leur existence ne fut retrouvée à Babylone.

Suite : Les jardins suspendus de Babylone, mythe ou réalité ?

Sébastien Polet, Carine Mahy

Sébastien Polet - Diplômé en Histoire (Antiquité gréco-romaine) et en Langues et Littératures orientales, Histoire et ...

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