Comment remonter la pente savonneuse qui mène du succès au dédain poli des médias et du public ? Ou, au contraire, comment se faire mieux connaître, tirer à soi la… couverture (médiatique) en se glissant sous des draps impudiques ? Dans les deux cas, la réponse se trouve dans les pages des magazines de charme. Pour les actrices, depuis Marilyn Monroe et même bien avant, c’était un fait acquis. Mais dans le monde du disque, c’est plus récent (enfin, tout est relatif !)

Nancy Sinatra

Au moment même où son père revenait au premier plan avec « My Way » (1969), Nancy Sinatra, elle, était passée de mode. Elle se remaria en 1970. Et puisque sa carrière continuait à traîner la patte, Nancy se consacra principalement à sa vie de famille et à l’éducation de ses enfants. En 1976 elle publia un 45 tours, « Kinky Love », interdit à la radio en raison de ses paroles trop suggestives. Un coup dans l’eau : on en parla, mais on n’acheta pas le disque. Il lui fallut trouver autre chose pour regagner le cœur du grand public. Désespérée par l’impossibilité de faire redémarrer sa carrière discographique et même cinématographique (son dernier film remontait à 1968) Nancy accepta en 1995 d’ôter ses boots, puis tout le reste pour Playboy et redorer son blason de quinquagénaire encore attirante (elle est née en 1940). La parution du magazine déclencha une polémique. Certains prétendaient que Frank Sinatra avait été profondément choqué… Nancy prétendait le contraire. La vérité est à mi-chemin : lorsque Frank fut informé de la décision de sa fille, voyant qu’il ne pourrait pas lui faire changer d’avis, il insista pour… qu’elle exige deux fois plus que la somme convenue !

Difficile de déterminer précisément dans quelle mesure l’exposition de Nancy dans un magazine de charme a joué dans son retour au premier plan. En tout cas, personne ne s’est plaint ouvertement de la connaître un peu plus intimement. En toute vraisemblance, cela faisait longtemps qu’on attendait…

En France…

Ce qui n’était encore qu’un fantasme commença à se concrétiser à la fin des années 60, prenant forme et formes dans les pages de Lui ; ce sont au départ des actrices chanteuses (Valérie Lagrange, Bardot, etc.) qui donnent corps à l’idée. Puis, à partir du n°96, strictement des chanteuses. La première à s’offrir aux yeux de ses fans est la plantureuse Annie Philippe, plus rock qu’on croirait avec sa version du «Baby Love» des Supremes. Dans le n°71, c’est Jane Birkin qui se dénude. Leur succédèrent Dani (n°184) et Amanda Lear (n°234)

Amanda Lear

Amanda, Reine du disco, fut auparavant plus rock qu’on croirait, non seulement avec sa version de « La Bagarre » mais également pour son parcours, elle qui fut la muse du Rolling Stone Brian Jones (la chanson « Miss Amanda Jones » lui est dédiée). La biographie d’Amanda Lear est assez floue en ce qui concerne la période 1940-1965. Cela peut se concevoir si, comme elle l’a dit, elle est née en 1948 voire 1946, mais on avance avec beaucoup plus de certitude la date de 1939. Elle-même cultive le flou, élude les questions. Le site internet Diane et le sexe des anges, au vu des photos proposées, élabore un début de biographie troublant de vraisemblance. Son nom de famille, Kapp, n’est plus sujet à discussion, puisque c’est celui prononcé lors de sa nomination au grade de Chevalier des Arts et des Lettres, pas plus que son lieu de naissance, Hong-Kong.

D’où proviennent ces informations ?

George Jamieson dit April Ashley est né(e) en 1935, donc bien avant Amanda Lear. Après une enfance plutôt malheureuse à Liverpool, il s’installe à Paris dans les années cinquante et est enrôlé dans le spectacle de Coccinelle (1931-2006), célèbre actrice transsexuelle. Sa première opération dans le but de devenir femme est réalisée au Maroc en 1960 par le gynécologiste français Georges Burou dont c’était seulement la neuvième opération. Il ne cacha pas à son patient qu’il pouvait très bien mourir pendant l’opération ou de ses suites. De fait, Ashley saigna pendant de nombreuses semaines et perdit énormément de cheveux qui jamais ne repoussèrent. Pour compléter le tableau, alors que sa transformation n’était pas encore totalement réalisée, il se fit violer par un homosexuel. Cela ne l’empêcha pas de devenir très rapidement un mannequin mondialement connu. Dans son livre « The First Lady », April Ashley rassemble ses souvenirs concernant celui qui, selon elle, est devenu Amanda Lear. Il se nommait Alain Tapp et se produisait dans le même cabaret que April sous le nom d’artiste Peki d’Oslo.

Grace Jones et Vanity

Les chanteuses black ne sont pas en reste, avec Grace Jones dans Lui (n°234) et Vanity en couverture de Rock’n’folk (n°266). Pourtant, à l’origine, cette dernière, Denise Matthews de son vrai nom, ne semblait pas destinée à dominer le show business de sa hauteur. Elle était la petite ami du chanteur Rick James… mais la star montante du funk, Prince, lui proposa de se glisser entre ses draps en lui faisant miroiter un avenir de star. Ce qui n’était pas totalement faux : dans un premier temps, il l’engagea sous le pseudonyme hautement distingué de Vagina comme danseuse et choriste au sein de son groupe d’accompagnatrices surnommées les Hookers (Les Putes) puis en fit une vedette à part entière sous celui de Vanity. D’une très grande beauté, elle n’eut aucun mal à orner, torse nu, les couvertures des magazines du monde entier… même si son album n’avait rien de particulièrement renversant. Dans son livre « Le Rock au féminin », Marjorie Allessandrini écrivait en 1980 –ça a dû changer depuis- que « la couverture, à elle seule, est responsable pour environ 20% des ventes d’un journal de rock. Ainsi il fut un temps où la photo d’un nègre (à l’exception de Jimi Hendrix) ou d’une femme, en couverture de Rock’n’folk faisait systématiquement baisser les ventes d’un cinquième ! ».