
- Patron décoratif «Pombalino», ca.1760.1780 - Museu nacional do azulejo
Les azulejos vont dès lors connaître une période de profusion et de créativité qui se perpétuera jusqu'à nos jours.
Âge d'or des azulejos
Au XVIIIe est l'âge d'or appelé Cycle des Maîtres des azulejos au Portugal dont le représentant est le peintre espagnol Gabriel del Barco. Ce dernier introduit l'exubérance en libérant la peinture de la rigueur du trait. Les peintres de cette époque font preuve de spontanéité et d'une grande créativité dans leurs œuvres adaptées à l'espace architectural.
Cette période des Grands Maîtres, sous le règne de D. João V (1706-1750) est aussi celle de la Grande production qui voit l'explosion des azulejos non seulement portugais, mais aussi de ceux importés du Brésil. On voit l'apogée des plus grands panneaux narratifs jamais réalisés. Les motifs de vases à fleurs sont largement représentés, mais aussi ceux qui puisent, comme au siècle précédant, dans la mythologie, la guerre et la chasse, mais aussi des scènes champêtres et religieuses.
Pombalino
Nouveau changement de style au milieu du XVIIIe siècle. La mode est au Régence français et rococo d'Europe centrale qui influencent les créations. Des scènes galantes et champêtres sont nombreuses. On y utilise deux tonalités de bleu, suivie plus tard par d'autres couleurs comme le jaune.
En 1755, Lisbonne est détruite par un terrible tremblement de terre. Lors de sa reconstruction, des azulejos types très épurés sont réutilisés. On les surnommait « pombalino » du nom du marquis de Pombal à qui on doit le nouveau Lisbonne. À cette époque, de petits panneaux dévotionnels d'azulejos font leur apparition sur les façades pour se protéger des catastrophes.
À la même période (1741) fut créée la Fábrica Sant'Anna qui continue encore à produire des azulejos et de la faïence selon un processus manuel ancestral.
Époque néoclassique
Au XVIIIe-XIXe siècle, le néoclassique fait son apparition dans les azulejos. Les décorations raffinées sont polychromes et la nouvelle bourgeoisie s'amourache des carreaux de faïence ; leurs commandes importantes portent sur des scènes représentant l'ascension sociale. L'Église et la noblesse se tiennent aux thèmes du passé.
Le XIXe siècle est l'époque de la bourgeoisie issue du renouveau économique après l'invasion française et la guerre civile. Les façades se couvrent d'azulejos types que la technologie permet de produire en grande quantité. Une nouvelle identité urbaine fait son apparition, différente au nord et au sud du Portugal (deux grands pôles citadins, Lisbonne et Porto). Le nord laisse une large place aux reliefs qui crée des jeux d'ombres et de lumière. Le sud reste plus traditionnel, où les façades sont traitées à la manière des intérieurs.
Au XIXe-XXe siècles c'est le temps des Éclectismes. Une fois encore, les façades servent de support aux azulejos, avec des motifs répétitifs issus de l'industrialisation, mais aussi de scènes figuratives. Des compositions personnelles ne sont pas oubliées dont le principal représentant est Luis Ferreira (1807-?), spécialiste des trompe-l'œil.
Modernisme
Le XXe siècle marque un tournant dans le design des azulejos. Les nouveaux espaces urbains se couvrent de faïence moderniste, comme le métro de Lisbonne qui devient la scène de l'art abstrait. De nouvelles techniques font aussi leur apparition, en utilisant la plasticité de la terre cuite. Le style figuratif n'est pas pour autant abandonné.
Aujourd'hui, les azulejos sont partout déclinés de différentes manières, avec de nouveaux artistes qui continuent de promouvoir cet art ancien. L'exposition de 1996 a été aussi une opportunité pour donner un nouvel élan aux carreaux de faïence qui sont aussi l'âme du Portugal.
Plus de cinq siècles ont passé et on ne peut que s'émerveiller devant la beauté de simples carreaux de faïence admirablement peints qui racontent l'histoire politique, religieuse et artistique du Portugal.
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• CASTEL-BRANCO PEREIRA João, Portuguese Tiles From The National Museum Of Azulejo, Lisbon, 1995
• PAIS Alexandre Nobre e outros, A arte do azulejo em Portugal, Lisboa, Instituto Camões, 2002
• SABO Rioletta, FALCATO Jorge Nuno et LEMONNIER Nicolas, Azulejos du Portugal, Citadelle & Mazenod, 1998.
• SIMÕES, J. M. dos Santos, Azulejaria em Portugal nos séculos XV e XVI: introdução geral, Lisboa, Fundação Calouste Gulbenkian, 2.ª ed., 1990.
