
- Carte usa - morguefile
L'Amérique est le berceau des universités les plus prestigieuses au monde (on pense notamment à la "Ivy League", un groupe de huit facultés américaines de renom, parmi lesquelles Harvard, Yale et Princeton), qui forment une élite intellectuelle "super-qualifiée". Paradoxalement, malgré ce système d’enseignement supérieur élitiste, les Etats-Unis font parfois figure de mauvais élève dans certaines disciplines, comme la géographie.
C’est en tout cas ce que montre une série d’enquêtes menée par la fondation américaine "National Geographic". D’après son dernier rapport datant de 2006, "la plupart des Américains âgés de 18 à 24 ans savent où se déroule la série 'CSI' ('Les Experts'), mais ne savent pas où se trouve l’Irak sur une carte. Cette enquête montre que beaucoup trop de jeunes Américains ont une connaissance très limitée du monde dans lequel ils vivent".
Il faut avouer que ces résultats laissent perplexe, et expliquent sans doute que certains aillent jusqu’à parler d’"analphabétisme géographique" des jeunes Américains. À tel point que la fondation "National Geographic" a mis en place une campagne nationale pour remédier à cette situation.
L’enquête de "National Geographic"
L’enquête a été menée auprès de 3 250 individus âgés de 18 à 24 ans, dans neuf pays différents (Etats-Unis, Japon, France, Allemagne, Italie, Suède, Grande-Bretagne, Canada et Mexique). Les questions concernent la géographie et la démographie mondiales, mais aussi le pays de résidence des individus sondés, afin d’évaluer les connaissances que les jeunes ont de leur nation.
Les Américains se classent avant-derniers du classement final, juste devant les Mexicains. Les Suédois, les Allemands et les Italiens forment le trio de tête, tandis que la France est quatrième, juste devant le Japon, l’Angleterre et le Canada.
La fondation "National Geographic" a mené cette étude sur les jeunes Américains et la géographie à trois reprises : en 1988, 2002 et 2006. Le constat dressé est le suivant : en 20 ans, malgré l’essor d’Internet et des moyens d’accès à l’information mondiale, les résultats ne se sont pas améliorés.
Bons derniers pour situer pays et océans
À chaque fois, les Américains arrivent derniers lorsqu’il s’agit d’identifier des pays et des océans sur une mappemonde. Et, chaque fois, la fondation en charge de l’enquête dresse un parallèle peu flatteur entre leurs connaissances en géographie et leurs connaissances en séries télévisées ou en télé-réalité.
Par exemple, dans l’enquête de 2002, les résultats montrent que seuls 13 % des Américains savent situer l’Irak sur une carte du Moyen-Orient, alors que 34 % d’entre eux savent situer dans le Pacifique-Sud l’île de l’émission "Survivor" (l’émission commence par un zoom sur la localisation exacte de l’île dans l’océan Pacifique).
En 2006, alors que les Etats-Unis étaient en guerre contre l’Irak depuis presque trois ans, seuls 37 % des Américains savaient placer ce pays sur une carte (notez quand même l’amélioration : en 2002, ils n’était que 13 % !), alors que 40 % d’entre eux sont capables de dire dans quelle ville se déroule la série "CSI" (Pour ceux qui donneraient leur langue au chat, la bonne réponse est "Las Vegas").
Des lacunes en démographie
Ces enquêtes révèlent également que si les Européens situent globalement bien les autres pays d’Europe sur une carte, les Américains ont quant à eux de grandes difficultés à situer les autres Etats de leur propre pays. Il s’agit là de l’un des résultats les plus étonnants de cette recherche : si les Américains semblent avoir des lacunes importantes concernant la géographie, ils semblent aussi en avoir avec la démographie de leur propre pays. Ils arrivent en effet, dans cette catégorie, derniers du classement. 52 % des Américains ne savent pas situer New York sur une carte, et 13 % ignorent où se trouve leur propre pays sur une mappemonde…
Le comble : les jeunes interrogés dans les huit autres pays connaissent mieux la démographie américaine que les Américains eux-mêmes, qui sont 30 % à penser que la population américaine compte entre 1 et 2 milliards d’habitants ! Seus 25 % des Américains interrogés ont été capables d’évaluer correctement leur propre population (environ 300 millions d’habitants), contre 95 % des Suédois, 88 % des Japonais, 75 % des Allemands et 68 % des Français.
Malgré cela, les Américains, fidèles à leur optimisme légendaire, ne se distinguent pas par leur modestie puisque 60% d’entre eux s'estiment meilleurs ou aussi bons que les jeunes interrogés dans les autres pays en géographie.
« Analphabétisme géographique »
Face à ces résultats qu’elle juge inquiétants, la fondation "National Geographic" a lancé une grande campagne nationale appelée "My Wonderful World", destinée à "donner aux enfants le pouvoir de la connaissance globale". Au programme : la formation des maîtres d’école à un enseignement en géographie plus attractif et performant, la mise en ligne d’outils pédagogiques ou encore des négociations avec le Congrès pour tenter de mettre en place des lois qui seraient à même de former des "citoyens globaux" ("global citizens") qui ont conscience de ce à quoi ressemble le monde à l’extérieur comme à l’intérieur de leurs frontières.
Le site officiel de la campagne se veut attractif afin d’être en mesure de capter l’attention des principales cibles, à savoir les enfants, qui sont bien entendu les citoyens de demain. Des slogans audacieux et totalement innovants se promènent sur la page d’accueil – "La géographie est un miracle. La géographie c’est le pouvoir. La géographie c’est 'fun'". Espérons que les enfants seront réceptifs à ce message…
La puissance des Etats-Unis survalorisée
Comment expliquer que les Américains soient si mauvais en géographie, au point d'avoir besoin de lancer une campagne nationale pour tenter d'y remédier ?
Sébastien Fath, historien spécialiste des Etats-Unis au CNRS, apporte des éléments de réponse intéressants. Il explique que la faiblesse de l’enseignement en géographie aux Etats-Unis est un facteur non négligeable. Il évoque également "le caractère continental d’un pays si vaste que le reste du monde paraît abstrait, sans consistance. [Par comparaison], la petite taille des pays européens stimulerait davantage les citoyens à la curiosité géographique" (1).
Mais Sébastien Fath lui-même ne semble pas très convaincu par cet argument. Selon lui, l’explication la plus probable serait finalement que la tendance des hommes politiques Américains – républicains comme démocrates – à survaloriser la puissance unipolaire des Etats-Unis a peu à peu intégré l’imaginaire populaire qui a tendance à assimiler l’Amérique au reste du monde, sur lequel elle est censée veiller.
En attendant de trouver une réponse à cette question manifestement complexe, et avant de se moquer des Américains, on peut déjà s’assurer que l’on ferait mieux qu’eux en faisant le test mis en ligne sur le site de la fondation "National Geographic" .Il reprend une vingtaine de questions qui font partie du test original.
(1) Sébastien Fath, Dieu bénisse l’Amérique. Le religion de la Maison-Blanche, 2004
