Les « 4000 îles » : escale tranquille sur le Mékong

Coucher de soleil sur le Mékong - Benjamin Vokar
Coucher de soleil sur le Mékong - Benjamin Vokar
Située au sud du Laos, les 4000 îles sont un caprice du Mékong. Une destination aux allures de bout du monde, idéale pour quelques jours de farniente...

Vieillards, commerçants, bonzes aux robes safran... Dans cette région du sud du Laos, tout le monde se déplace au rythme du Mékong, fleuve mythique qui s'y divise en une multitude de bras, façonnant au rythme des crues les contours de myriades d’îlots, recouverts d’une végétation luxuriante.

Dans cette zone, le Mékong est instable. Il s’écoule tranquillement sur des kilomètres, avant de se perdre dans les rapides, chutant de plusieurs mètres sans crier gare et se fracassant sur les rochers acérés en contrebas, dans un nuage incessant de vapeur d’eau en suspension.

Don Det et Don Khône

La région s’ouvre de plus en plus au tourisme, profitant d’une position idéale sur la route des voyageurs, à seulement une poignée de kilomètres du Cambodge. Parmi toutes les îles, trois sortent du lot. La plus grande, Don Kong, est aussi la plus développée. Les amateurs de tranquillité et de paysages préservés lui préfèreront Don Det et Don Khône, deux îles voisines plus petites, à tailles humaines.

Depuis une dizaine d’années, elles sont appréciées des routards, amateurs de bungalows sommaires au bord de l’eau.

Avec ses milliers d’îlots à explorer, la région ne manque pas d’attrait. Que ce soit en bateau à moteur, en kayak ou simplement porté par le courant, posé sur une chambre à air, chacun peut découvrir à son rythme.

Certains en profiteront pour aller pêcher, grillant les poissons au barbecue sur un îlot désert. D’autres se baladeront à vélo pour profiter des paysages typiques de la région, des rizières ponctuées de palmiers à sucre dans lesquelles les paysans s’affairent en compagnie de leurs buffles. Les moins audacieux se contenteront d’une baignade ou bouquineront dans un hamac.

Autre atout des « 4000 îles », l’espèce endémique qu’elles abritent: le dauphin d’eau douce. Guetter au coucher du soleil les apparitions fugaces de cet animal en voie de disparition est un moment rare, en communion totale avec la nature.

On peut également s’approcher prudemment des chutes de «Li Phi» où l’eau s’écrase dans un fracas étourdissant. Elles sont surnommées le «gouffre du diable» en raison des épaves et parfois même des cadavres charriés par le fleuve qui y restent piégés.

Un passé colonial

A l’époque du protectorat, les ingénieurs français avaient fait de Don Den et Don Khône une zone d’importance stratégique, afin de contourner les rapides, obstacles à la navigation.

Une voie ferrée de quatorze kilomètres de long reliait les deux îles et leurs embarcadères respectifs, afin de faire transiter personnes et marchandises par la terre, avant de poursuivre la route sur le fleuve.

De ce passé sous la férule française il ne subsiste pas grand chose, à part quelques bâtiments en ruine. Le pont de la voie ferrée est encore utilisé aujourd’hui mais la plupart des traverses ont eu une deuxième vie, recyclées par les habitants en grillages de jardins.

Sur Don Khône, rouille une vieille locomotive à vapeur, qui patiente depuis 1945 et l’arrêt de la circulation ferroviaire.

Néanmoins, certaines traditions ont perduré, telles les baguettes de pain qu’on trouve sur les étals ou la pétanque qui se pratique encore au moment de l’apéro.

La région des «4000 îles» est vraiment idéale pour quelques jours hors du temps, loin du bruit et de l’agitation des villes. Une escale de choix où se laisser bercer par le rythme du Mékong…

Autoportrait sur une route cambodgienne , Benjamin Vokar

Benjamin Vokar - Journaliste et photographe, d’origine belge, je parcours l’Asie du Sud-est en réalisant des reportages à ...

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