L'épigénétique, nouvelle donne en génétique

Comment notre mode de vie et nos vécus personnels changent nos gènes

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L'épigénétique est une nouvelle branche de la génétique. Elle va transformer complètement notre manière d'appréhender nos gènes, mais aussi nos maladies.

Le terme épigénétique définit principalement toutes les modifications de l'expression des gènes provoquées par les facteurs environnementaux et personnels. Cette découverte permet d'expliquer l'origine de bien des maladies, mais ouvre aussi des perspectives thérapeutiques merveilleuses.

Des gènes au cancer

Un être humain est porteur de 26 000 gènes, ce qui est fort peu, quasiment autant qu’une souris avec laquelle il en partage d’ailleurs 99 %… Les gènes codent les caractéristiques individuelles, ainsi que la fabrication des protéines qui assurent le fonctionnement de l’organisme. Cependant, tous ne sont pas actifs. Ainsi, sur un même chromosome, il existe une alternance de gènes actifs et de gènes inactifs.

Jusqu’à présent, il était admis que cette organisation était fixée définitivement à la naissance pour un individu donné. Des mutations étaient bien sûr possibles, mais elles étaient réparées pour la plupart d’entre elles, afin de remettre la cellule sur le droit chemin. Quant aux mutations non réparées, elles donnaient naissance à des cellules aberrantes qui finissaient par induire des cellules cancéreuses. Et face à celles-ci, il n’y avait qu’une solution : les détruire, sinon elles se multiplieraient anarchiquement jusqu’à envahir tout l’organisme et provoquer sa destruction, c’est-à-dire sa mort. Telle était la thèse officiellement admise jusqu’à présent. Mais l’épigénétique change complètement la donne.

Les premières découvertes

Les premières études sur l’épigénétique furent établies en Norvège. Des chercheurs ont montré que des périodes de disette vécues chez les grands-parents entraînaient des maladies comme le diabète chez leurs petits-enfants qui, eux, n’avaient jamais connu de famine. Ils ont aussi montré que de mauvaises conditions de vie chez les grands-parents se répercutaient sur l’espérance de vie des petits-enfants.

D’autres études furent alors entreprises sur le sujet, comme celle qui démontra que les femmes afro-américaines issues de parents esclaves concevaient des bébés de plus petite taille que les femmes africaines qui n’avaient pas ces antécédents familiaux.

Par ailleurs, des études génétiques ont été réalisées, à dix ou quinze ans d’intervalle, sur un groupe de personnes. Elles ont trouvé des modifications dans l’expression des gènes dans environ un tiers des cas.

La reine de la ruche, un miracle de l'épigénétique

Tous ces exemples constituent la preuve que les gènes peuvent être modifiés au cours de la vie. Ce qui veut dire que les vécus d’une personne peuvent modifier ses gènes, et que ces changements chromosomiques sont ensuite transmissibles à ses enfants et petits-enfants.

Il faut comprendre qu’il ne s’agit pas ici de changement de gènes à proprement parler, c’est-à-dire qu’il ne s’agit pas de changer un gène pour en mettre un autre à la place… Non, les gènes ne changent pas. Ce sont toujours les mêmes. La différence se situe dans leur expression : des gènes actifs se ferment, et, inversement, des gènes inactifs s’ouvrent et commencent à s’exprimer, avec tous les intermédiaires possibles entre ces deux extrêmes.

Un exemple de l’épigénétique nous est fourni par les abeilles. Une reine est au départ tout à fait semblable à n’importe quelle autre abeille. C’est le fait qu’elle soit nourrie exclusivement à la gelée royale qui va la faire évoluer vers les caractéristiques physiques de reine, alors que les autres abeilles, nourries avec une alimentation normale, deviendront de simples ouvrières.

Les éléments capables d'induire ces changements

Les facteurs capables d’induire des modifications épigénétiques sont nombreux, et tous n’ont certainement pas encore été découverts. Cependant, il a été démontré que la pollution, les drogues, le tabac, le stress, l’alimentation, l’environnement, la famine, les vécus personnels et même la fécondation in vitro étaient capables de modifier nos gènes.

D’un autre côté, les allergies, l’asthme, le syndrome métabolique, l’obésité, le diabète de type 2, les maladies cardio-vasculaires et le cancer se développeraient au moins pour une part à la suite de phénomènes épigénétiques… L’épigénétique serait donc à l’origine d’un grand nombre de nos maladies modernes.

Un grand espoir pour la guérison des malades

Mais le plus important reste à venir… Si l’épigénétique est capable de provoquer la survenue (l'expression) de gènes délétères, elle peut aussi permettre une modification salutaire des gènes d’une maladie. La preuve est apportée par l’étude GEMINAL (Gene expression modulation by intervention with nutrition and lifestyle) de l’Académie des Sciences américaines, qui est parue dans Proceeding.

Cette étude a porté sur 30 hommes atteints de cancer de la prostate ayant refusé tout traitement. Ils ont, en revanche, accepté d’effectuer des changements importants dans leur mode de vie. Au bout de trois mois, les chercheurs ont constaté des modifications favorables de l’expression de certains gènes impliqués dans la cancérogenèse, ce qui a été corroboré par une baisse significative des PSA (prostatic specific antigen), un marqueur du cancer de la prostate.

Cette étude GEMINAL est fondamentale. Elle démontre comment un changement de vie peut influer favorablement sur les gènes responsables d’une maladie grave comme le cancer. Cela ne remplacera pas les traitements conventionnels, bien sûr. Mais cela les complètera très efficacement. De plus, en extrapolant, il est possible d’imaginer qu’un mode de vie sain serait capable d’atténuer, voire de neutraliser, des gènes prédisposant à certains cancers comme les gènes BRCA1 et BRCA2 dans le cancer du sein. Des études importantes seraient à réaliser dans ce domaine.

Quand l'épigénétique nous montre le chemin

Ainsi, l’épigénétique nous enseigne que nous ne sommes pas les jouets, ni les victimes, de nos gènes, mais qu’au contraire, nous sommes capables, par nos comportements, de les changer… Les attitudes inappropriées induiront des changements épigénétiques responsables de maladies. Et, à l’inverse, les transformations bénéfiques de notre mode de vie produiront de « bons » changements de l'expression de nos gènes, capables de nous mettre sur le chemin de la guérison et de la bonne santé.

L’épigénétique nous montre que rien n’est jamais écrit, et que nous sommes totalement maîtres de notre destin !

Docteur Luc Bodin, Luc Bodin

Luc Bodin - Le Docteur Luc Bodin est diplômé en cancérologie clinique et spécialisé en médecines douces : ...

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