Tout le monde le sait, parce que c'est écrit désormais dans les crédits sur la pochette du disque Led Zeppelin II : "Whole lotta love" plagie un blues de Willie Dixon. Led Zeppelin avait en effet repris sans vergogne les paroles de "You need love", du bluesman contrebassiste. Elle pille aussi des passages de "Back door man", autre chanson de Dixon, chantée notamment par Howlin' Wolf. Dans les années 80, un procès a fini par redresser les torts.

Led Zeppelin vs Small Faces vs Wilie Dixon

Ironie de l'histoire, trois ans auparavant, les Small Faces enregistraient ce même titre, sans non plus créditer Willie Dixon. Et sans procès.

Mais cela va plus loin. Si l'on écoute les deux morceaux, on se rend compte que ce que fait Robert Plant, chanteur de Led Zeppelin, sur "Whole lotta love", est ni plus ni moins qu'une imitation de Steve Marriott, chanteur des Small Faces. Or, quand Jimmy Page cherchait à monter son groupe, il avait eu en tête d'engager Marriott. Avant que le manager des Small Faces ne le menace de lui briser les doigts… Tout le monde suit ?

Plus loin sur Led zeppelin II, "The lemon song" cite "Killing floor" de Howlin' Wolf. On entend aussi "Squeeze my lemon 'til the juice runs down my leg", paroles salaces tirées de "Travelling riveside blues" de Robert Johnson. Chanson que Led Zeppelin enregistrera en son entier d'ailleurs. En tout cas, personne n'est crédité sur "The lemon song", à part les musiciens de Led Zeppelin…

Le cas Jake Holmes

Sur son premier album, pourtant, Led Zeppelin avait repris deux blues de Willie Dixon, en mentionnant dûment l'auteur. Mais sur un disque intrigant de 1967 intitulé The above ground sound of Jake Holmes, du guitariste anglais Jake Holmes (qui fait tout avec cinq guitares), figure un morceau intitulé "Dazed and confused". Jimmy Page en reprendra et le thème musical et le titre, pour le premier Led Zeppelin sorti en janvier 1969. Sans jamais créditer Holmes.

Ce dernier est conscient du vol. Mais selon Stephen Davies, auteur de Hammer of the gods, Holmes a décidé de ne rien faire, estimant que le groupe a réussi à s'approprier son morceau et à en faire quelque chose d'autre (notamment en concert, où le titre prend des dimensions dantesques). C'est ce que l'on appelle être sport.

Bert Jansch

Dans le même disque, Page grave un instrumental à la guitare acoustique, "Black mountain side", apparemment de lui. Il copie en fait l'arrangement créé pour le traditionnel "Blackwaterside" par le guitariste de folk anglais Bert Jansch, influence de nombre de guitaristes célèbres, de Bob Dylan à Neil Young.

A la fin de l'album, "How many more times" inclut des pans entiers de "The hunter", célèbre titre du bluesman Albert King (écrit par le guitariste des studios Stax Steve Cropper).

Sur Led Zeppelin II, outre "Whole lotta love" et "The lemon song", il y a "Bring it on home". Encore un plagiat de Willie Dixon, écrit pour Sonny Boy Williamson. Hormis le déluge de guitares au milieu, tout est de Dixon...

Since I've been loving you, paroles de Moby Grape

Sur Led Zeppelin III, le groupe est un peu moins blues. Mais les paroles de l'immense "Since I've been loving you" sont copiées sur la chanson "Never", de Moby Grape. Le titre qui clôt l'album, "Hats off to (Roy) Harper", louche furieusement du côte de "Shake 'em on down", du bluesman Bukka White.

Toujours le blues, sur l'album suivant de 1971, avec "When the levee breaks". Led Zeppelin a copié cette fois Memphis Minnie, pour ce titre évoquant les crues du Mississippi. Comme Willie Dixon sur "Whole lotta love", la chanteuse est citée aujourd'hui dans les crédits aux côtés des quatre membres du groupe. Mais ce n'était pas le cas quand le disque est sorti.

Taurus vs Stairway to heaven

En 1968, Led Zeppelin partageait l'affiche avec le groupe Spirit. Ce dernier a composé un instrumental intitulé "Taurus". On y entend une guitare en duo avec un mellotron (réglé sur le son d'une flûte). C'est de là que vient la célébrissime ouverture de "Stairway to heaven".

Sur son sixième album, le double Physical graffiti, Led Zeppelin louche encore sur le blues. "In my time of dying" plagie "Jesus makes up my dying bed" de Blind Willie Johnson. Le bluesman est à nouveau sollicité sur Presence, via le titre "Nobody's fault but mine". Il ne sera jamais cité parmi les auteurs.

Mais, étrangement, son portrait figure sur la pochette de Led Zeppelin II, paru sept ans avant. Il est incrusté dans la photo de groupe d'un équipage de dirigeable. Manière de citer ses sources, même par anticipation !