
- Arsenic - Natural History Museum, London.
L'anhydride arsénieux (As2O3) est un semi-métal inodore et sans goût appartenant à la famille de l'azote. Il est décrit comme un poison violent depuis toujours et se trouve à l'état naturel dans les roches et le sol, produit, entre autres, par la dissolution de roches et de minerais. L'arsenic a la faculté d'être soluble dans l'eau. Et il est maintenant prouvé (études de l'Organisation Mondiale de la Santé à l'appui) que sa consommation à long terme peut entraîner des problèmes de peau, causer la gangrène et provoquer des cancers (de la peau, des reins, des poumons, de la vessie et de la rate principalement).
Pourquoi au Bangladesh ?
Le Bangladesh, pays sans doute le plus pauvre d'entre les pauvres, survit depuis longtemps, à hauteur d'environ 30% grâce aux aides internationales. Ceci, en matière de nourriture, mais aussi d'aides au forage de puits d'eau potable et d'eau d'irrigation pour la culture principale : le riz.
De nos jours, on estime de 8 à 12 millions le nombres de puits tubulaires au Bangladesh. Or, si les premiers cas de lésions dues à l'arsenic ont été détectés dès 1983, ce n'est qu'en 1993 que l'O.M.S. (Organisation mondiale de la santé) a fait rapport sur un taux anormalement élevé d'arsenic dans l'eau provenant des puits de forage.
Malheureusement, même dans les grandes agglomérations du pays, où seulement 10% de l'eau arrive par canalisations et est en cela plus contrôlée, une grande majorité de la population continue à l'heure actuelle à boire l'eau des puits.
De plus, sur les 4 millions d'hectares de terres cultivées, 2,4 millions sont encore irriguées par l'eau de ces mêmes puits. On imagine donc aisément les dégâts d'ores et déjà commis, et pour la plupart, irréversibles.
Une contamination qui dépasse les frontières
A en juger par des recherches du FAO (Food and Agriculture Organization, organisation des Nations Unies chargée d'améliorer le niveau de vie, la nutrition dans le monde et la productivité agricole) et de l'O.M.S., d'autres pays de cette région du monde sont elles aussi touchés : l'Inde voisine, bien sûr, mais aussi la Chine (provinces du Xinjiang et du Chanxi), la Thaïlande et, plus récemment, le Cambodge, la Laos, l'Iran, le Népal, la Pakistan, le Vietnam, l'Argentine, le Chili, la Roumanie, la Hongrie, le Salvador, le Mexique, le Nicaragua et le Pérou... et sans doute la liste n'est-elle pas exhaustive.
Autrement dit, c'est là où sont concentrés environ les deux tiers de la population mondiale que les risques d'empoisonnement sont les plus accrus...
Avec toujours un maximum de concentration dans les eaux souterraines du golfe du Bengale (1,8 g/l, sachant que la limite du danger se situe à 0,05 mg/litre), autrement dit : au Bangladesh. Selon l'O.M.S. toujours, l’arsenic présent dans l’eau de boisson risque de provoquer entre 200 000 et 270 000 décès par cancer, ne serait-ce qu’au Bangladesh. Et ce rapport date de l'an 2000. On n'ose penser à l'évolution qu'a pris la chose en 9 ans...
Et curieusement, si la « toile » regorge d'informations diverses dont certaines sont une mine pour qui n'a pas accès facilement aux livres, aux magazines et aux journaux, il reste difficile de trouver des études récente sur l'évolution du taux de la teneur en arsenic dans les eaux de cette région du monde.
Des solutions mises en place
Un comité gouvernemental de coordination pour l’arsenic, placé sous l’autorité du Ministre de la Santé et du Bien-Etre de la Famille travaille depuis près de 10 ans avec plusieurs comités techniques afin de réduire le taux d'arsenic dans les eaux souterraines d'une part, et d'accroître sa vitesse de dissolution - car, là est sans doute l'unique point positif, l'arsenic est une molécule à durée de vie limitée -.
- De nouvelles cultures demandant moins d'irrigation ont été développées.
- Des quotas de pêche et une limitation de l'exportation du riz cultivé dans les régions touchées a été mis en place.
- Une filtration de l'eau contaminée sur sable ou alumine (qui ont la propriété de dissoudre l'arsenic plus rapidement) a été préconisée.
- L'échange d'ions avec des résines de synthèse éliminant une partie de l'arsenic a été développé.
- Une communication à grande échelle et des programmes d'éducation dans les campagnes ou les lieux les plus reculés pour empêcher que les populations concernées ne boive l'eau empoisonnée ont été mises en place.
- Des directives pour la qualité de l'eau de boisson ont été publiées par l'O.M.S. en 1984, 1993 et 2004. Des aides financières internationales ont été versées (suspendues un temps par suspicion de détournement au profit de certains dirigeant).
- Enfin, l'O.M.S. a collaboré avec différentes organisations humanitaires (UNESCO, FAO, ONUDI et UNICEF) et gouvernementales afin de coordonner les recherches et d'apporter des solutions à long terme.
Mais aujourd'hui, ce sont encore plus de 30 millions de personnes, pour le seul pays du Bangladesh, qui sont encore en péril d'empoisonnement à l'arsenic...
