Symbolique

La connotation négative du corbeau est typiquement européenne et relativement récente dans l'histoire. L'image de l' oiseau noir qui fréquente les champs de bataille pour se repaître de la chair des cadavres, symbole de mort, emblème des voleurs, compagnon des sorciers, tout ce qui lui donné cette réputation dans les croyances populaires est due en partie à l'image du charognard noir pas très beau, au cri rêche nasillard et bruyant décrit comme "étranglé" et désagréable à l’oreille humaine. Dans un passé, pas très lointain, subsistait encore l'horrible coutume d'empaler un corbeau à l'entrée d'un champ ou de clouer une chouette sur une porte de grange pour conjurer les mauvais sorts. Dans le même style rappelons les fermiers qui clouaient un rat vivant sur la porte du fenil pour éloigner ses congénères. Heureusement au delà des visions rurales, de cas précis et isolés, sa symbolique est généralement plus positive, que ce soit en Orient comme en Occident.

Réputation positive

En Allemagne, Angleterre et pays nordiques, il symbolise la sagesse, la vertu, le bonheur, on pense qu'il peut d'avertir l'homme d'un danger qui le menace, citons à ce propos la légende des corbeaux de la tour de Londres d'une telle importance, que le gouvernement pourvoie à l'entretien d'une petite dizaine d'individus. En Asie il est messager divin et représente les vertus de la famille. Dans la mythologie celtiques il est l'oiseau sacré, porteur de connaissance et de sagesse associé aux divinités comme Morrigane, Bodb, Bran et Lug, les légendes scandinaves montrent deux corbeaux, perchés sur le siège d'Odin.

Portrait de maître corbeau

Le Grand Corbeau (Corvus corax) de la famille des corvidés occupe une aire de répartition qui couvre tout notre hémisphère nord. C’est le plus gros des corvidés, le plus lourd, il peut vivre de 10 à 15 ans, certains individus atteignent parfois 40 ans, il est classé parmi les plus intelligents et malicieux du règne animal. C'est migrateur "partiel", omnivore, qui se reproduit par nichées de deux "corbillats", en moyenne 3 fois par an.

En Europe, on distingue trois espèces : la corneille noire, le corbeau freux et le choucas des tours, la corneille est la plus grande, entièrement noire, bec et yeux compris.

Huit sous-espèces sont identifiées avec peu de variantes sur l'apparence, des études récentes montrent toutefois des différences génétiques significatives entre les populations selon les régions.

Son comportement social fait référence à certaines vertus humaines : fidélité, courage, prudence, intelligence et sociabilité. Ils chassent les prédateurs pour protéger leur progéniture, le font en groupe si la taille de l'ennemi le justifie. Ils font preuve de courage et de prudence face au danger, les adultes inculquent aux petits l'apprentissage du danger et l' instinct de survie. Les freux et choucas se déplacent en groupes, plus ou moins nombreux, la corneille noire, souvent en couple, est parfois solitaire. Les corneilles et choucas sont plutôt de mœurs urbaines, les freux sont plus ruraux bien qu'ils s'installent volontiers dans des grand arbres à proximité des cités, et des endroits ou la nourriture est facile à trouver.

le Grand Corbeau possède le plus gros cerveau de tout les oiseaux il est doté d'une intelligence remarquable capable de résoudre d'une manière rationnelle un problème comme dans l' expérience de la nourriture, attachée à une corde, et qui ne sera accessible que quand il aura trouvé qu'il faut la manipuler d'une manière précise pour en prendre possession, quatre sur cinq réussissent au bout de quelques tentatives. Le biologiste Konrad Lorenz, un des fondateurs de l'éthologie, classait le corbeau parmi les animaux supérieurs. Les jeunes sont volontiers joueurs on en a observé glissant sur la neige manifestement pour le simple plaisir, le grand corbeau est connu pour ses acrobaties aériennes spectaculaires, vraisemblablement pour affirmer sa supériorité sur ses congénères, et certainement pour se valoriser auprès des femelles.

Le "tribunal", un comportement rare dans le monde animal

Des observations parlent de réunions, d'un grand nombre de corbeaux sur des arbres, ou sur des collines, au cours desquelles on pense qu'ils s'agit de juger un oiseau responsable d'un acte répréhensible envers la communauté, ou l' un de ses membres.

Un anglais décrit la scène suivante :

"Il y à environ trente ans lors de la récolte des pommes de terre près du village de Wiltshire, nous avons observé sur une colline, plus d'une centaine de corneilles groupées en un large cercle, avec un oiseau seul au centre. Les cris des corbeaux durèrent plusieurs minutes, avant que l'oiseau du centre ne s'envole et que les autres se lancent à sa poursuite après lui avoir laissé un peu d'avance. Le fermier avait vu la scène plusieurs fois auparavant et dit avoir assisté ensuite, à la mise à mort de l'animal qui s'envolait après la sentence prononcée par les autres".

Dans les années 1950 un ornithologue amateur, chasseur de sons, raconte une scène du même type :

"Les habitants d'un village (en Ardennes) m'avait signalés de fréquents rassemblements d'oiseaux sur un arbre mort, en installant mon matériel un soir d'été j'eut la chance d'assister, et de pouvoir enregistrer les cris émis lors de ce qu'on m'avait décrit comme un tribunal des corbeaux. Plusieurs dizaines de corneilles s'installèrent dans la partie supérieure de l'arbre, après un silence de plusieurs minutes je vis arriver un oiseau seul qui prit place sur une branche basse en dessous de ses congénères, aussitôt les oiseaux installés au dessus se mirent à croasser en battant frénétiquement des ailes. Le vacarme était tel que j'en eut des frissons dans le dos, les cris durèrent plusieurs minutes et cessèrent d'un coup pour faire place à un silence de mort. L'oiseau du bas s'envola immédiatement et fila comme un météore vers le soleil couchant, poursuivi après quelques secondes par tous les autres dans un bruit d'enfer. Je n'ai malheureusement pas eu la possibilité de prendre des photos mais aux jumelles j'ai assisté avec stupéfaction à la mise à mort, à coups de becs, du condamné dont il n'y eu plus aucune trace au bout de quelques instants".

Au vu de ces deux exemples on peut imaginer que leur société est structurée et organisée, un peu à l'image de la notre, mais selon des règles propres à l'espèce.

Pour nos ancêtres celtes, posséder la sagesse du corbeau signifiait avoir la connaissance suprême.

A lire :

http://corinne-vomscheid.suite101.fr/le-corbeau--oiseau-de-malheur-ou-oiseau-de-bonne-augure--a14539

http://mysteriousbritain.forumotion.com (crows-court)