
- après l'avortement - twelves
Le sujet est polémique. Le syndrome post-avortement a été longtemps nié ou considéré comme un mythe - au service de la cause "pro-life" - par les associations favorables à la libéralisation de l'avortement telle la NAF (National abortion federation) aux États-Unis et au Canada.
En France, le planning familial y dénonçait en 2008, par la voix de sa secrétaire nationale, un moyen de "remise en cause de la liberté de la femme et de ses droits élémentaires", assurant par ailleurs qu'"il y a autant de femmes qui vivent mal leur grossesse que leur IVG" (Maïté Albagly, citée in "Les traumatismes à retardement de l'avortement", figaro.fr, 3/3/2008).
En 1989, apprend-t-on sur le site de la NAF, l'American psychological association n'avait trouvé nulle trace d'un syndrome post-avortement et affirmait qu'"aucun syndrome de cette sorte n'était scientifiquement ou médicalement reconnu".
"Risques pour la santé mentale"
Depuis, cependant, le climat semble avoir quelque peu changé dans le milieu scientifique. Signe révélateur : la réponse officielle, en date du 14 mars 2008, du Royal college of psychiatrists (Collège royal des psychiatres) de Grande-Bretagne à une question de la Commission des sciences et de la technologie de la Chambre de Communes sur les développements scientifiques relatifs à la loi sur l'avortement de 1967. Tout en notant que "le fait précis de savoir si l'avortement volontaire a des effets néfastes sur la santé mentale de la femme reste à être pleinement vérifié", le Collège recommande la plus grande prudence : "Le consentement (des candidates à l'avortement, ndlr) ne peut être éclairé sans la fourniture adéquate et appropriée d'information relative aux risques et aux bénéfices éventuels pour la santé physique et mentale."
Un traumatisme enfoui
Au vrai, la question est complexe. L'intensité des réactions de la femme face à l'avortement est fonction d'un grand nombre de variables : les circonstances dans lesquelles l'avortement a été envisagé, l'âge et la maturité de la femme, son contexte socio-culturel, son arrière-plan religieux ou philosophique. D'où la difficulté d'isoler l'avortement des autres facteurs.
À cela, on peut ajouter la gêne de beaucoup de femmes concernées à parler de leur expérience. Par peur de paraître déviantes, notamment, ainsi que le notait une des premières études de référence sur le sujet (1). Les auteurs rapportaient à l'époque pour preuve que le nombre de femmes américaines déclarant avoir avorté était moitié moindre que celui attendu au vu des statistiques d'avortements.
Le "post abortion syndrome" (PAS), qu'ils décrivent comme une variante du syndrome post-traumatique, se distingue des autres syndromes traumatiques, aisément repérés en victimologie, en particulier par son caractère beaucoup plus difficile à isoler. Parce que le traumatisme est profondément enfoui.
Problème aigu de santé publique ?
Certaines études minorent le phénomène, jusqu'à 1 % des femmes ayant avorté. D'autres concluent à une réalité massive, posant un sérieux problème de santé publique. D'autant que l'avortement est un acte répandu : en France par exemple, selon l'INED (institut national d'études démographiques), 40 % des femmes auraient subi cette intervention.
C'est la thèse du docteur Florence Allard et de Jean-Régis Fropo, auteurs de l'ouvrage Le Traumatisme post-avortement (Salvator, 2007), appuyée sur 112 publications scientifiques provenant de 43 revues médicales de haut niveau, de 1985 à 2002.
Parmi les travaux les plus récents : une recherche portant sur plus de 500 cas de désordres mentaux établit que le groupe de femmes ayant subi un avortement présente un taux de désordres mentaux 30 % plus élevé que celui des autres femmes (2).
De quoi s'agit-il, précisément ?
Sentiment de perte
On peut diagnostiquer un PAS chez un sujet à partir de quatre critères. Participation ou exposition à un avortement, perçu comme la destruction volontaire d'une vie. Des flash-back pénibles, cauchemars, chagrins et réactions anniversaires centrées sur l'avortement. Tentatives infructueuses de chasser ou nier les souvenirs de l'avortement et la douleur émotionnelle, avec comme résultat une diminution de la sensibilité aux autres et à son environnement. Apparition de symptômes associés (dépression, culpabilité) qui n'étaient pas présents avant l'avortement.
Au moment des faits, la femme est envahie par un sentiment de soulagement : elle a mis fin au dilemme qui l'assaillait. Le syndrome post-abortif peut se manifester plus ou moins longtemps après. Déclenché souvent par un événement marquant, comme un deuil ou une nouvelle grossesse. C'est le "syndrome anniversaire", un sentiment de perte, de vide s'installe. Ces sentiments étant le plus souvent refoulés ou réprimés, ils réapparaissent sous d'autres formes, comme la culpabilité et le manque d'estime de soi. Ils peuvent également se manifester par des troubles de l'appétit, de l'anxiété, des insomnies...
À noter aussi parmi les effets, statistiquement mesurés, de l'avortement : les difficultés conjugales et les idées suicidaires.
Le PAS n'est néanmoins pas une fatalité pour les personnes qui en sont les victimes. Des voies de guérison existent.
Nous les évoquerons dans un autre article:
psychiatrie.suite101.fr/article.cfm/le_traumatisme_postavortement_2eme_partie
(1) Speckhard A. et Rue V., "Post Abortion Syndrome : An Emerging Public Health Concern", Journal of Social Issues, Vol. 48, n°3, 1992, pp. 95-119.
(2) British Journal of Psychiatry, 193:444-451. Voir un résumé sur www.medicalnewstoday.com/articles/131167.php
