
- guérir de l'avortement - wikimedia
Discuté quant à sa fréquence, le traumatisme post-avortement est peu contesté quant à sa réalité, au moins chez nombre de femmes.
Chez celles-ci, estime Tony Anatrella, psychanalyste et spécialiste en psychiatrie sociale, "se fabrique de la névrose, c'est-à-dire un conflit intrapsychique qui engage, en partie, le destin de la personnalité, marqué par un trouble du self (la capacité à être soi) (...). Des femmes développent, entre autres, des dépressions masquées, des névroses d'angoisse, des culpabilités morbides, des problèmes sexuels et des troubles psychosomatiques. Elles se retrouvent seules avec des interrogations qui minent sourdement leur vie psychique".
Obsession d'avoir "tué un bébé"
Le délai d'expression du syndrome est très variable. Les troubles apparaissent parfois dès le lendemain de l'acte. 10 % des femmes ayant subi un avortement le regrettent immédiatement, selon une étude de 1989 (1).
Ils peuvent aussi survenir quelques jours ou semaines plus tard.
Une étude de cas relève ainsi les germes du syndrome à 10 jours et 6 semaines de l'avortement, pointant le sentiment de traumatisme, la culpabilité et les mécanismes de défense : investissement plus marqué dans les activités, rationalisation, déplacement d'objet, régression, clivage. La négation peut porter sur la nature du fœtus ("on se dit qu'il n'a pas de bras, pas de cœur") ou sur la culpabilité ("j'aurais culpabilisé si j'avais gardé le gamin"), elle peut aller jusqu'au déni ("c'est comme s'il y avait eu un blanc, j'ai zappé"). Dans un cas, on note l'obsession d'avoir "tué un bébé, alors après, tout fait que, la TV, les femmes avec les bébés, j'en voyais partout" (2).
Quelle prévention pour le syndrome post-avortement (PAS) ?
Les symptômes se manifestent encore parfois cinq, voire plus de dix ans plus tard.
Ils peuvent se résorber plus ou moins rapidement, mais aussi s'installer pour longtemps et s'enkyster. Un témoignage de l'association AGAPA évoque l'appel à leur standard d'accueil d'une femme de 82 ans, soixante ans après son avortement.
Le PAS n'est pas une fatalité. Certes, mais comment le réduire ? Par quelle politique de santé publique ? Ici, deux réponses s'affrontent.
Selon la première, si de nombreuses femmes gardent des séquelles psychologiques de leur avortement, ce serait parce que la société les culpabilise. Dans cette perspective, s'il convient de veiller à ce que l'avortement soit choisi en toute liberté et non sous pression, chercher a priori à en réduire le nombre entretiendrait dans la société un jugement négatif sur l'acte lui-même, et par là ferait le jeu du PAS. Suivant cette logique jusqu'au bout, Louise de Châteaulin évoque une tribu rencontrée par Claude Lévi-Strauss en Amazonie qui se reproduit par rapts d'enfants chez les autres peuples et où l'avortement (comme l'infanticide) est un acte courant et considéré comme nécessaire. La souffrance post-avortement y serait totalement inconnue. Et pour cause : l'on a affaire ici à "une morale construite absolument différemment de la nôtre".
Bref, banalisons davantage l'avortement et le syndrome disparaîtra.
Travail de deuil
Selon la seconde réponse, le moyen le plus sûr de ne pas souffrir d'un avortement reste de ne pas avorter. Diminuer le nombre d'avortements en favorisant l'accueil des enfants à naître constituerait ainsi la meilleure des préventions du PAS.
De surcroît, observent des praticiens de la prise en charge des patientes, c'est justement la banalisation sociale de l'avortement qui entretient et rend difficilement guérissable le PAS. L'interdit social qui frappe la douleur post-avortement, renforce son caractère sourd, voire inconscient. Ils dénoncent une forme de conspiration du silence. Et notent que maris, compagnons, familles, médecins et, même, psychothérapeutes sont souvent peu à l'écoute d'une détresse, vécue dans le silence et la solitude.
C'est pourquoi un accompagnement est souvent nécessaire, pour autoriser une prise de conscience, permettre de surmonter les dénis et faire un travail de deuil.
Plusieurs formes de traitement existent.
De multiples thérapies
Les thérapies dites d'exposition réduisent l'anxiété et les conduites d'évitement. Elles agissent à partir d'informations sur l'avortement (verbales, puis à l'aide de photos et de films) et, éventuellement, de confrontation avec lui. La gestion du stress, quant à elle, aide la patiente à acquérir des techniques : relaxation, résolution des problèmes, communication.
Les thérapies de groupe, de leur côté, permettent à la femme de s'identifier aux autres, de comprendre ce qui se passe en elle, de valider ce qu'elle a ressenti, d'avoir un sentiment de cohésion au groupe qui met fin à son isolement. Mentionnons enfin les jeux de rôle : par deux, l'on s'entraîne à adopter un nouveau comportement et l'on peut aussi rejouer le conflit intérieur.
Les spécialistes de l'accompagnement de ces femmes recommandent deux principes : la clarté, pour ne pas faire obstacle à la prise de conscience indispensable, et l'absence de jugement, même muet. Seule une offre chaleureuse et optimiste d'aide désintéressée peut être utile.
(1) "Interruptions volontaires de grossesse, aspects psychologiques", Dubroca J.M., hôpital de Bécheville, Les Mureaux. Médecine Pratique, n° 89.
(2) "Femmes et avortement. Vécu psychologique post-IVG", N.C., université de Bordeaux II, maîtrise de psychologie du développement, mai 2000.
