Le temple d'Artémis à Ephèse, l'une des sept merveilles du monde

Artémis d'Ephèse - Carine Mahy
Artémis d'Ephèse - Carine Mahy
Le temple d'Artémis fut un sanctuaire qui vit le jour au VIIIe siècle. Il fut lié à l'histoire de grands personnages antiques: Alexandre, Praxitèle, Crésus.

Le temple d’Artémis à Ephèse est sans doute le joyau le moins connu de la liste des sept merveilles. Il figure dans les premières listes connues (celle d’Antipater de Sidon et de Philon de Byzance). Antipater déclara à propos du temple: «quand je vis la maison d'Artémis s'élevant jusqu'aux nuages, ces autres merveilles perdirent leur éclat, et je dis, "hormis l'Olympe, jamais le Soleil ne vit si grande chose"». (Anthologie grecque IX,58). Pourtant aucun auteur ancien ne semble avoir donné une description précise du monument, contrairement aux autres trésors de la liste.

L'histoire d'Ephèse: des Louvites aux Perses

La cité d’Ephèse fut fondée vers 1600 avant notre ère. Elle devint la capitale du puissant royaume louvite d’Arzawa. Son nom, à cette époque, était Apasa. Vers 1000 avant notre ère, des Grecs ioniens s’installèrent dans la cité. Plus tard, ils prétendirent en être les fondateurs. En 546, Ephèse fut conquise par les Perses achéménides. Elle connut alors un essor important. C’est à ce moment que la philosophie naquit dans la cité grâce à Héraclite. Ephèse se rangea successivement dans le camp d’Athènes, après la guerre du Péloponnèse, puis dans celui de Sparte, en 412. Il faut souligner que sa population était cosmopolite. Tous les habitants n’étaient pas Grecs, ce qui déplût à Lysandre, général de Sparte. Il dit, d’après Plutarque qu’elle «était alors dans un triste état et en danger de devenir complètement barbare et de se laisser contaminer par les mœurs de la Perse, parce qu’elle était entourée par la Lydie et que les généraux du roi y séjournaient la plupart du temps» (Vie de Lysandre, III,3). Finalement les Perses se réinstallèrent pour quelques décennies à Ephèse.

D'Alexandre le Grand aux Romains

En 334, la ville se montra méfiante à l’égard d’Alexandre le Grand. A la mort du conquérant, elle fit partie du royaume d’Antigone le Borgne, puis de celui de Lysimaque (301), puis de celui de Séleucos Ier! Elle resta séleucide jusqu’en 188 avant notre ère. Après la défaite du roi Antiochos III, Ephèse fut intégrée au royaume de Pergame. En 133, le roi Attale III de Pergame décéda, il laissa son royaume par testament aux Romains.

L'origine du temple d'Artémis

Les premières traces du temple d’Artémis remontent au VIIIe siècle avant notre ère. A cette époque, il n’y avait qu’un autel consacré à la déesse. Au VIe siècle commencèrent des travaux qui allaient durer environ un siècle. Un temple fut érigé. Crésus, roi de Lydie, finança l’essentiel des travaux. Le temple avait trois rangées de colonnes en façade et deux rangées latérales. Les premiers tambours des colonnes furent décorés de bas-reliefs. Certains d’entre eux sont aujourd’hui conservés au British Museum tout comme quelques chapiteaux ioniques.

La reconstruction du temple

En 356, un certain Erostrate incendia le temple. La légende veut que cela se produisît le jour de la naissance d’Alexandre le Grand. La reconstruction dura, une nouvelle fois, un siècle. Les travaux furent confiés à l’architecte Deinocratès de Rhodes. Ce dernier avait aidé Cléomène de Naucratis à bâtir Alexandrie d’Egypte pour Alexandre le Grand, puis pour Ptolémée Ier. De grands sculpteurs vinrent aussi y travailler: Praxitèle et Scopas. Le temple conserva son aspect d’origine. En 263 de notre ère, les Goths pillèrent et incendièrent le temple. L’historien Jordanès garde une trace de ce récit dans son Histoire des Goths (XX,107).

La fin du temple

Le temple fut abandonné après l’édit de l’empereur Théodose Ier interdisant les cultes païens. Il fut incendié une seconde fois, par des chrétiens, en 401. Il servit de carrières aux architectes de l’empereur Justinien. Ceux-ci utilisèrent les matériaux du temple pour embellir le palais de l’empereur à Constantinople.

La déesse Artémis d'Ephèse

La statue d’Artémis, connue grâce à des copies, était très étonnante. En effet, elle ne ressemblait absolument pas aux autres statues de la déesse chasseresse. Elle était debout, les avant-bras tendus. Mais le plus étonnant était qu’elle possédait de nombreux seins. Cela trahit sans doute son origine louvite. Il ne s’agit pas ici de l’Artémis grecque, mais d’une déesse mère anatolienne, symbolisant la fertilité. Elle fut assimilée à Artémis par les Grecs.

Le temple fut redécouvert en 1869, lors d’une expédition anglaise dirigée par John Turtle Wood. Il fut fouillé jusqu’en 1874.

L'une des sept merveilles du monde antique

Pourquoi se temple figure-t-il dans la liste des sept merveilles. Il était certes grandiose, mais pas extraordinaire. Il faut se rappeler que la liste fut établie dans le milieu alexandrin, probablement par l’érudit Callimaque de Cyrène. Le choix de faire figurer le temple d’Artémis parmi les merveilles est éminemment politique. En effet, il est lié à la naissance d’Alexandre le Grand (fondateur d’Alexandrie) et il fut restauré par Deinocratès de Rhodes (architecte d’Alexandrie). Callimaque composa un hymne à la déesse Artémis d’Ephèse. La cité fut souvent favorable aux Ptolémées. Enfin, Ephèse aurait dû être transformée suite au mariage entre le roi Lysimaque et la fille de Ptolémée Ier, Arsinoé.

Sébastien Polet, Carine Mahy

Sébastien Polet - Diplômé en Histoire (Antiquité gréco-romaine) et en Langues et Littératures orientales, Histoire et ...

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