Bien loin d'une psycho-pathologie ou d'une maladie, le syndrome de Peter Pan présenté par Dan Kiley est en réalité une tendance douloureuse de certains individus, "hommes de par leur âge, et enfants par leurs actes", selon l'auteur. Comment reconnaître les "Peter" de son entourage? Comment sortir de ce type de relations affectives générant dépendances et souffrances de part et d'autre? Et comment lorsque l'on est un "Peter Pan", se sortir de ce cercle vicieux? Avançons avec Dan Kiley le long de ce chemin vers l'âge d'homme.

Le syndrome de Peter Pan : quels sont les symptômes, comment reconnaître un Peter Pan dans son entourage ?

L'ouvrage de Kiley a l'immense avantage d'être simple et de ne pas utiliser de jargon de spécialiste: il s'agit dans un premier temps de reconnaitre un "homme-enfant". Tous les irresponsables et les immatures affectifs ne sont pas forcément des Peter Pan! Voici les indices de Kiley pour identifier ce syndrome:

  • paralysie émotionnelle : la personne bloque ses émotions, paradoxalement, une grande tristesse peut se manifester par une gaité forcenée. Ces grands sensibles ont perdu tout contact avec leurs émotions, et ils en sont devenus tellement égocentriques qu'ils peuvent se montrer cruels avec ceux qu'ils aiment
  • procrastination : les buts de la personne sont flous, elle remet tout à demain jusqu'à être coincée, et elle peut ressentir beaucoup de culpabilité tout en fuyant paradoxalement dans une hyperactivité tourbillonnante
  • impuissance sociale : la personne ne parvient pas à se faire de vrais amis, même si elle peut avoir beaucoup de relations. Il y a une peur panique de la solitude couplée à une phobie de l'engagement profond qui pousse la personne à des compromis affectifs la renforçant dans l'insatisfaction d'elle-même: sa devise pourrait être "plutôt être mal accompagné que seul"...
  • pensée magique : "si je n'y pense pas, cela partira": la personne se protège du changement réel par la pensée magique, qui lui évite d'avoir à reconnaitre ses torts et ses responsabilités.
  • problèmes avec la mère : les relations évoluent entre dépendance, fusion, colère et culpabilité. En présence de la mère, le comportement évolue entre gentillesse et piques sarcastiques, il y a beaucoup de culpabilité latente et la personne peut avoir l'impression de faire souffrir sa mère, ce qui la pousse à assumer des relations toxiques.
  • problèmes avec le père : la personne a l'impression de n'être jamais à la hauteur des attentes et de l'approbation paternelle, problèmes avec les figures représentant l'autorité.
  • problèmes affectifs et sexuels : la personne peut connaitre, malgré son impuissance sociale et son incapacité à tisser des liens d'engagement profonds, de multiples partenaires, tout en étant toujours engagés dans des relations de dépendances

Le pays de Jamais-Jamais et les personnes atteintes du syndrome de Peter Pan (SPP)

Dan Kiley étudie attentivement le chef-d'oeuvre de la littérature enfantine écrit par James Barrie, Peter Pan, pour y trouver des explications et des clés de compréhension du syndrome de Peter Pan, qui peuvent être utiles tant à la personne qu'à son entourage.

La première considération de Kiley est que sous le masque du joyeux fêtard, éternel enfant, clown de la situation, parfois, Don Juan de service, se cache un enfant qui souffre profondément, un enfant très triste. Il note également une prévalence de ce syndrome chez les hommes. Avec l'apparence trompeuse d'une vie mondaine brillante, de meneurs de groupe comme Peter l'est du groupe des enfants perdus, du génie qui lance des idées et des thèses inouies, l'isolement affectif de la personne est de plus en plus grand et elle fuit en avant dans une hyperactivité apparemment joyeuse: irresponsabilité, angoisse solitude, conflit à l'égard de la vie affective et sexuelle, narcissisme, machisme: Peter Pan se mue en Capitaine Crochet...

Le chemin de la solution pour un Peter Pan consiste sans doute dans un premier temps à reconnaitre qu'il se ment à lui-même, à reconnaître l'infinie tristesse qu'il se voile à lui-même sous le masque du joyeux fêtard, puis de reprendre contact avec ses propres émotions et de travailler pour sortir du cercle vicieux des relations toxiques pour acquérir une maturité affective, tremplin d'une saine estime de soi.

A lire :

Le Syndrome de Peter Pan, Dan Kiley, Odile Jacob.