Le mot cathare vient du grec catharos, signifiant pur. Il désigne les membres d’une secte religieuse dualiste qui se répand dans toute l’Europe au cours du XIIe siècle et de la première moitié du XIIIe siècle.

De Constantinople à Toulouse

Dans son Tractatus de haereticis (1274), l’inquisiteur dominicain Anselme d’Alexandrie avance que l’hérésie cathare serait née en Bulgarie. De là, des marchands grecs l’auraient importée dans l’Empire byzantin. Constantinople étant un carrefour commercial important, le catharisme est ensuite passé en Occident, par l’intermédiaire de Français du Nord participant à la deuxième croisade (1147).

Conquis par cette doctrine, à leur retour, ils mettent en place une Eglise de France avec un évêque à sa tête. Rapidement, le sud de la Loire est lui aussi conquis et quatre nouveaux évêques sont installés à Agen, Albi, Carcassonne et Toulouse. Le catharisme gagne aussi la Lombardie.

Vers 1176, une assemblée de cathares albigeois et italiens a lieu, près de Toulouse, sous la présidence de l’évêque des cathares de Constantinople, Papaniquintas. Ce dernier propose de fixer les limites territoriales des diocèses languedociens, afin d’éviter tout conflit. Devenues de véritables institutions organisées, à la fin du XIIe siècle, les Eglises cathares sont une vingtaine, situées au nord du bassin méditerranéen, de Byzance au Languedoc, en passant par la Bulgarie, les Balkans et l’Italie.

De la doctrine à l'hérésie

Les Cathares sont, consciemment ou non, les héritiers du manichéisme et possèdent une doctrine dualiste. Ils croient à l’existence de deux royaumes divins opposé : l’un est invisible, spirituel, lumineux, c’est le royaume du Dieu bon, celui de l’Evangile ; l’autre est visible, matériel, fait de ténèbres, de corruption et de perversité, c’est le royaume du mal, celui de l’Ancien Testament.

Pour entrer dans la lumière, l’âme doit chercher à se libérer du corps. Elle y parvient lorsque le "croyant" devient "parfait", grâce au sacrement du consolamentum. C’est le baptême de l’esprit, le seul sacrement que les Cathares reconnaissent. En effet, ils rejettent tous les sacrements de l’Eglise catholique : le baptême, l’eucharistie et surtout le mariage qu’ils condamnent particulièrement. En revanche, ils accordent un certains crédit à la pénitence et pratiquent la confession, obligatoirement une fois par mois.

La croyance la réincarnation entraîne certaines interdictions alimentaires. Mais, ce qui est plus important politiquement, le Cathare ne reconnaît pas le sacrifice du Christ, pour la simple raison qu’il ne croit pas en son incarnation ; de ce fait, n’étant pas humain, Jésus n’a pu ni mourir, ni ressusciter. De plus, il nie la Trinité car il considère le Père comme supérieur au Fils et au Saint-Esprit. Pour toutes ces raisons, le cathare est plus qu’un hérétique, un non-chrétien. En outre, il nie la propriété et condamne le serment, ce qui fait de lui un subversif dans la société féodale.

De l'implantation à la répression

Au sens large, le phénomène cathare est européen. Il se divise en de nombreuses sectes et comprend en particulier les Patarins milanais et les Bogomiles bosniaques et bulgares. On trouve aussi des Cathares dans les Flandres et en Champagne. Mais nulle part ailleurs, dans les royaumes occidentaux, le catharisme n’a trouvé meilleur terrain d’élections qu’en Languedoc, où il bénéficie d’une tolérance exceptionnelle.

Tout d’abord, l’Eglise romaine cherche à lutter contre l’hérésie par la prédication, notamment celles de saint Bernard et de saint Dominique. Ces efforts pontificaux durent pendant de longues années mais la virulence de l’hérésie pousse le pape Innocent III à prêcher la croisade sur ce territoire chrétien.

En 1207, le comte Raymond VI de Toulouse refuse d’accéder à l’appel du pape pour intervenir militairement contre les cathares. En 1209 pourtant, une croisade féodale, menée par Simon de Montfort, est lancée. Le Languedoc est ravagé mais les hérétiques gardent leur foi intacte. En 1226, le roi Louis VIII décide d’intervenir. La croisade royale aboutit au traité de Paris de 1229 : la royauté a vaincu le comte de Toulouse, Raymond VII, mais n’est pas venue à bout des Cathares. La croisade contre les Albigeois, victorieuse par les armes, est un échec religieux.

Les derniers jours d'une religion

Ensuite, la lutte contre l’hérésie passe par l’Inquisition, créée à cet effet en 1233 et confiée aux Dominicains. Une résistance clandestine s’organise alors dans les villes et, en 1243, les derniers cathares se réfugient au château de Montségur. Ils résistent pendant presque un an mais le 16 mars 1244, la forteresse est prise et les hérétiques brûlés.

L’évêché de Toulouse est alors transféré à Vérone, en Lombardie, où les sympathisants se réfugient.. Mais, à partir du milieu du XIIIe siècle, les Cathares ont perdu le contact avec leurs maîtres à penser et leur doctrine connaît une décadence irréversible.

L’Eglise de Lombardie connaît ensuite un sort semblable à celle des Albigeois: ils sont persécutés dans le cadre de la lutte entre Guelfes et Gibelins. Le mouvement cathare est totalement décimé au cours du XIIIe siècle. Il n’aura eu qu’une vie de courte durée, de deux siècles au plus, mais d’une intensité extraordinaire.

Sources :

Jacques Le Goff: "Croisade contre les Albigeois", Dictionnaire du Moyen Age, histoire et société, Albin Michel, Paris, 1997

Jean Chélini: Histoire religieuse de l'Occident médiéval, Hachette, Paris, 1991