Le site fut fouillé de 1965 à 1978, sous la direction de l’archéologue français Paul Bernard. Les travaux ont dû être interrompus en 1978 à cause de l’invasion soviétique en Afghanistan. Aujourd'hui, le site a été détruit par les pillards.
Après la mort d’Alexandre, son Empire fut divisé entre ses généraux et la Bactriane se trouva incluse dans les territoires de Séleucos Ier. Vers 300 avant notre ère, celui-ci fonda une cité à Aï Khanoum, dont le nom antique ne nous est pas connu. Un établissement achéménide a peut-être précédé l’occupation grecque du site.
Avec la proclamation d’indépendance du royaume gréco-bactrien par Diodote, le gouverneur séleucide, Aï Khanoum fut incluse dans son territoire. Lors de l’usurpation du pouvoir royal par Eucratide, la ville fut détruite, puis reconstruite par ce dernier vers 150 avant notre ère. Mais les restaurations n’étaient pas encore terminées lorsque la ville fut attaquée par les nomades et abandonnée vers 145 avant notre ère.
Les premiers témoignages
En mars 1838, John Wood, officier de marine de la compagnie des Indes, escaladait l’acropole d’I Khanam pour prendre ses repères cartographiques lorsque les habitants locaux lui parlèrent d’une ville ancienne au pied de la colline.
Puis, en 1922, Mawlawi Borhân al-din Khân Koshkaki, érudit afghan, réalisa une enquête sur l’état de certaines provinces pour un ministre du roi. Il mentionna Ay Khanoum, et précisa que l’endroit fut une ville dans les temps anciens.
En 1926, Jules Barthoux, l’un des premiers collaborateurs de la Délégation Archéologique Française en Afghanistan (DAFA), réalisa un voyage de reconnaissance dans la région et atteint AÏ Khanem. Il l’identifia à une «station ancienne» préislamique. Il mentionna le plateau de l’acropole et la citadelle et considéra que tout le potentiel du site se trouvait dans la partie haute du site.
En 1961, un chapiteau corinthien fut montré au roi afghan, Mohamed Zaher Shah, venu chasser dans les marécages de la région. Le roi prévint la DAFA de la découverte archéologique. La ville grecque d’Aï Khanoum fut découverte en 1964.
Avant la découverte de ce site, il n’y avait aucune trace archéologique des Grecs d’Asie centrale. Aï Khanoum fut donc une découverte majeure de l’archéologie du XXe siècle.
Les monuments
L’ensemble des édifices de la cité grecque se trouvent dans la partie basse de la ville, le long de la rivière.
Tout l’urbanisme de la ville a été conçu autour du palais. Son plan est d’inspiration achéménide, c’est-à-dire qu’il se présente sous la forme d’un ensemble de cours et de bâtiments groupés selon leur fonction (administrative, résidentielle, économique) constituant une masse compacte sillonnée de couloirs.
L’accès au palais se faisait par une grande cour d’honneur de plus de 45 mètres de côté, entourée de portiques dont les colonnes s’élevaient à plus de 4 mètres de haut. Certains sols étaient recouverts de mosaïques archaïques, tandis que la majorité d’entre eux étaient en terre battue, qui devait sans doute être recouverte de tapis selon la mode orientale. Les toits de l’édifice étaient plats et les bordures étaient garnies de plaques décoratives en terre cuite (antéfixes) à la mode grecque.
La trésorerie du palais du gouverneur a fourni des vases en céramique sur lesquels étaient inscrits leurs divers contenus: vin, huile, pièces d’argent, encens, pierres semi-précieuses, etc. Des empreintes de papyrus de philosophie grecque ont permis de localiser la bibliothèque du palais dans cette zone.
Le gymnase, édifice typique de la culture grecque, a été retrouvé à proximité du rempart. Constitué de deux cours, il avait des dimensions monumentales par rapport à ses équivalents de Grèce. Il avait été placé sous la protection d’Hermès et d’Héraclès.
Le théâtre, adossé à l’acropole, pouvait accueillir six mille spectateurs. Ses gradins étaient en briques crues, tandis que la scène avait été construite en bois. Il s’agit de l’exemple le plus oriental connu d’un théâtre grec.
Le temple carré à niche indentées est placé sur un haut podium. Il n’a aucun lien avec l’architecture religieuse grecque. C’est un exemple de temple local. Il a livré des fragments d’une statue de Zeus-Mithra. Seules les extrémités de la statue étaient sculptées dans la pierre. Le reste du corps était constitué d’argile crue et de stuc.
Un arsenal et des monuments funéraires ont aussi été identifiés.
