Le simb est un spectacle typique du Sénégal qui met en scène des "Faux Lions". Accompagnés par des chanteurs et des musiciens, les "Hommes-lions" dansent et effraient la foule. Impressionnants, ils perpétuent une tradition issue d’un temps ou les hommes affrontaient les lions. Aujourd’hui, le jeu du Faux Lion est devenu un spectacle de rue.

Le simb ou jeu du Faux Lion, une fête populaire au Sénégal

Le simb anime les quartiers et les villages du Sénégal lors de fêtes ou en période de vacances. Dans une ambiance chauffée par les percussions (sabars et djembés), des hommes habités par l’esprit du lion, maquillés et parés de costumes évoquant le roi des fauves, apparaissent brusquement, déambulent, courent dans les rues et dansent auprès de la foule.

Menaçants, les Faux Lions recherchent les spectateurs qui n’ont pas payé leur billet. Malheur à ceux-ci ! Il sont ridiculisés, bousculés, parfois secoués fermement… Le jeu du Faux Lion amuse et terrorise les enfants, il distrait et fascine les adultes. Ces êtres-félins effraient autant qu’ils attirent. On les fuie parce qu’on les craint, on les provoque pour montrer sa bravoure, son courage. Le simb: un jeu… très sérieux!

Déroulement du simb: dans le mystère des Faux Lions

Le jeu du Faux Lion nécessite une préparation importante. On délimite parfois un endroit clos pour le spectacle, on apporte des bancs, on installe podium et sonorisation. Les percussionnistes et les chanteurs attirent la foule qui arrive petit à petit. Traditionnellement, on remet un bracelet à tous ceux qui payent leur entrée.

Pendant ce temps, les comédiens, uniquement des hommes, se maquillent dans le plus grand secret. Ils se griment avec de l’ocre, de la gomme arabique et des cosmétiques "modernes". Parfois, ils ajoutent de fausses dents. Ce sont les "Simba Gaïndé" (Faux Lions en wolof). Ils se parent d’un costume qu’ils ont fabriqués eux-mêmes à partir de matériaux de récupération: fourrures, fils, cauris (petits coquillages), tissus. Après cette préparation qui dure au moins deux heures, ils se sont "transformés".

Vient alors l’affrontement avec les spectateurs: adultes, enfants, toubabs (blancs, touristes). Le Faux Lion se déplace comme un félin, rugit, roule des yeux. La victime doit se défendre, en dansant par exemple. Si elle échoue, le Faux Lion peut s’en prendre à elle. Si elle domine le Simba Gaïndé, si elle arrive à le dompter, celui-ci se met à quatre pattes, adopte une posture de soumission. Dans tous les cas, on applaudit celui qui remporte le combat. Le spectacle dure jusqu’à la tombée de la nuit.

Origines du simb, un rite issu d’une tradition culturelle ancestrale

Le simb, ou jeu du Faux Lion est une animation de rue dérivée d’une ancienne pratique animiste. Les Faux Lions étaient des individus possédés, des Hommes-lions. Il s’agissait de chasseurs qui avaient été mordus par un lion ou qui s’étaient confrontés à un lion, en fait un génie qui avait pris l’apparence du plus redoutable des félins, et qui s’introduisait alors dans le corps du chasseur.

Hana Geroldova ("Simb, le jeu du Faux-Lion", dans De l’instinct théâtral, L’Harmattan, 2004) rapporte le témoignage d'Adja Maïmouna Mbaye, née en 1928: "Un jour, ma mère avait préparé du riz à la viande. Au cours du repas, ma tante a touché un bon morceau de viande. C’est ce jour-là que nous avons compris que Iba Loo était un Faux-Lion. Il a crié, il a tremblé. Tout son corps a frémi, il est entré en transe. Il est tombé. Même mon père qui était son ami intime, ignorait que Iba Loo était un Faux-Lion."

Lorsque le Faux Lion était "démasqué", il était choyé par la communauté. On s’accommodait de ses sautes d’humeurs "félines" jusqu’à en faire un personnage mis en valeur pour animer des moments forts.

Les jeux du Faux Lion étaient alors considérés comme une thérapie pour l’Homme-Lion. Quand il se déchaînait, seul le Jatkat, une personne du proche entourage, était capable de le maîtriser, notamment à l’aide de formules rituelles.

Le simb: un jeu violent et dangereux ou un patrimoine à préserver?

À partir des années 1940, ces pratiques évoluent vers une théâtralisation progressive. Des simbkats se forment, ce sont des sortes de troupes, composées par exemple de deux Hommes-Lions, deux Hommes-panthères et deux Hommes-Femmes. La tradition se perpétue sous de nouveaux visages, plus artistiques.

Cependant, la forme de violence ritualisée inhérente au jeu du Faux Lion persiste. Peu à peu, certains commencent à dénoncer les débordements jusqu’à une remise en cause. Les médias relatent des accidents autour de simbs. Ici ou là, la pratique est de plus en plus encadrée, se déroulant dans des endroits clos, parfois elle est interdite.

Mais les Faux Lions symbolisent la puissance, le courage, l’énergie, l’âme du Sénégal. Leur disparition amputerait une part de l’identité du pays. C’est à partir d’une prise de conscience de la dimension culturelle et patrimoniale de cette pratique qu’est né, en 2010, le festival de simb de Saint-Louis, où s’affrontent des équipes de Faux Lions. Si l’aspect artistique semble mis en valeur dans cette manifestation, on retrouve l’empreinte de la dimension mystique des Faux Lions dans les combats de lutte sénégalaise où l’on aperçoit parfois des Simba Gaïndé.

Vidéo sur la préparation du simb

Vidéo d’un spectacle de simb