
- le burlesque : féminité et féminisme - flickR
Nul besoin aujourd'hui de se défaire du carcan masculin en brûlant notre soutien-gorge et en nous laissant pousser les poils (où qu'ils soient). Le féminisme change de discours, change de peau. Ce mouvement politique et philosophique n'en est qu'à ses balbutiements adolescents. Cette mue de printemps prône la féminité, arme réelle de l'épanouissement et de l'indépendance.
Le burlesque : l'origine d'un mouvement artistique comique
À l'origine, le mot burlesque vient de l'italien burla, farce ou plaisanterie. Le burlesque est un style qui touche tous les arts et qui est en fait un effet comique dû à un décalage. Ce décalage peut être de différentes natures : l'effet comique peut être obtenu en traitant d'un sujet léger voire vulgaire de façon digne et noble (Charlie Chaplin), ou encore en mêlant le comique et le tragique (Molière), en jouant de l'effet de surprise (Buster Keaton, différents spectacles du cirque) ou tout simplement en grossissant le ridicule et l'incongru (Jerry Lewis, Jacques Tati).
Le premier auteur a avoir utilisé le burlesque dans ses œuvres serait Rabelais avec Gargantua. Après Molière et autres maîtres du comique de situation et de répétition, ce style passe à la fin du XIXe siècle dans les arts vivants, le cirque et le cabaret. Le cinéma ne pouvait pas passer à côté et s'en empare en le sublimant : les films en noir et blanc en sont depuis la figure de proue, même si la littérature ne s'en est jamais tout à fait séparé et que le cinéma a continué de le faire évoluer.
Le new-burlesque: on s'assume!
Inspiré de cette époque du cinéma en noir et blanc, le new-burlesque reprend l'image de la pin-up. Il fait également référence à la fin du XIXe siècle et au cabaret. Cela donne un mouvement de libération de la femme qui se veut féminine, sûre de sa féminité, bien dans son corps et assumant ses rondeurs. À l'époque, en effet, le critère n'était pas la maigreur. La bonne santé et le bien-être se mesuraient au tour de taille et de poitrine. Les formes généreuses sont mises en avant.
Ce mouvement du new-burlesque est motivé par le retour en force de l'effeuillage. Art du strip-tease chic, c'est l'apanage de la "vraie" pin-up. Véritable phénomène aux États-Unis, ce mouvement s'empare de la France. Notre Dita Von Teese à nous s'appelle Cerise Diva Champomy ou encore Juliette Dragon. C'est cette dernière qui, en 2003, crée l'Ecole des filles de joie à Paris. Cette école a pour but de démocratiser le genre du cabaret pour permettre aux femmes d'accéder à – et d'accepter – leur féminité.
L'effeuillage met en avant tous les artifices de la femme objet, mais en les maîtrisant et en jouant avec, les femmes s'en libèrent. Elles sont alors maîtresses de leur image et non plus esclaves d'un corps qu'il faut martyriser pour qu'il rentre dans un 34, pour qu'il plaise... Cet exercice permet également un regard moins acerbe, plus accueillant des femmes entre elles. Eh oui, le féminisme du XXIe siècle passe toujours et encore par la solidarité féminine !
Le retour du féminin
Dans le burlesque, le retour du féminin flirte avec le comique. Les faux-cils se font démentiels, les gants et le boa parodient presque la pin-up, les chaussures sont empruntées aux drag-queens. Mais un autre mouvement du féminin "à l'extrême" montre le bout de son nez et il n'a rien de comique : le retour du corset.
D'un seul coup, on n'a moins envie de rire. Est-ce parce qu'il représente les sévices faits au corps de la femme au nom de la beauté ou parce qu'il est hissé au rang d'œuvre d'art de la lingerie, et est donc hors de prix ? D'aucuns vous diront que les progrès permettent aujourd'hui de créer des corsets où l'on se sent bien, que cet objet permet d'embellir la silhouette et de se sentir combative... À vous de voir!
Certaines supportent déjà les talons hauts et la torture ne vaut pas toujours l'effet escompté, alors le corset… En revanche, l'effeuillage burlesque peut apparaître comme le compromis idéal des femmes modernes qui veulent se sentir bien dans leur féminité et qui peuvent donc se permettre de rire d'elles-mêmes.
