
- Masque carthaginois, Bardo - Carine Mahy
Nous ne connaissons pas bien les institutions de la Carthage archaïque, telle qu’elle a été fondée par les Phéniciens venus de Tyr. Les métropoles de la côte libanaise étaient organisées en cité-état avec un roi à sa tête, secondé par un conseil. Carthage, n'étant à cette époque qu'une colonie, était peut-être dirigée par un gouverneur.
La question de la royauté carthaginoise
Aristote parle d'une royauté qui aurait été à la fois héréditaire et élective. Mais l'emploi du terme basileus ne désigne pasun roi chez les auteurs antiques, quand ils parlent de Carthage. La fonction décrite est celle des suffètes.
Les documents carthaginois actuellement à la disposition des chercheurs ne mentionnent pas de roi, «mlk» en phénico-punique. A l'origine de l'histoire carthaginoise, les familles de généraux semblent avoir joué un rôle politique important.
L’oligarchie: magistrats et assemblées
Lorsque Carthage s'est libérée du contrôle phénicien, le régime politique était une oligarchie. Le pouvoir était entre les mains d’un conseil des anciens (Sénat) qui rassemblait les personnages les plus importants de la cité.
Les magistrats étaient élus selon leur mérite, mais aussi sur la base de leur fortune, pour des mandats d'un an renouvelables.
Le pouvoir suprême était confié à deux magistrats, les suffètes. Ils disposaient du pouvoir judiciaire pour le droit privé, ils étaient chefs politiques et convoquaient les assemblées, mais étaient écartés du commandement militaire. Ce dernier était confié à des généraux.
C’était l’assemblée des citoyens qui avait pour mission l’élection des généraux et de certains magistrats. Elle devait également trancher en cas de désaccords entre les suffètes et le Sénat. Elle avait aussi des prérogatives en rapport avec la gestion administrative quotidienne. Elle pourrait avoir été créée dès le VIe siècle avant notre ère.
Le Sénat et le Conseil des anciens
Le Conseil des anciens (gerousia) faisait déjà partie des institutions phéniciennes. Il était issu d’une assemblée plus large, une sorte de Sénat, réservée aux représentants des grandes familles. Il comptait peut-être une trentaine de membres; tandis que le nombre exact de sénateurs n’était pas connu, mais devait s’élever à plusieurs centaines.
Les pouvoirs du conseil des anciens étaient presque illimités dans de vastes domaines. Mais les sources antiques, trop partielles pour énumérer l’ensemble de ses compétences, le montre souvent agissant dans les affaires concernant la politique extérieure. C’est lui aussi qui décidait de la guerre ou la paix et qui recevait les ambassadeurs étrangers.
De plus, des commissions issues du Sénat géraient différents domaines de la vie politique et sociale ou des questions ponctuelles.
Les sources permettent de connaître l’existence du sénat à partir du VIe siècle avant notre ère, mais probablement existait-il déjà avant. Le lieu dans lequel les sénateurs se réunissaient devait se trouver dans la zone des ports, à proximité d’une place publique, mais l’archéologie n’a pas encore retrouvé d’éléments pouvant lui correspondre. Dans certains cas, ils pouvaient aussi se réunir dans le temple d'Eshmoun, sur la colline de Byrsa.
