Bien souvent pour fuir notre malaise dans une situation qui nous embarrasse ou face à une personne que nous ne comprenons pas, nous avons tendance à nous réfugier dans le jugement moralisateur de l'autre: critiques, comparaisons, ou encore moqueries sont tellement plus faciles à adopter que l'essai d'une position adulte qui assume ses responsabilités...

Le principe du non-jugement : origines et mise en pratique pour améliorer la communication

Le principe du non-jugement peut se retrouver dans différentes traditions humaines et spirituelles, mais cet idéal se heurte de front à la réalité de notre quotidien: nous jugeons, nous critiquons, nous comparons tout le monde, tout le temps, en tout lieu! Pourquoi nous réfugions-nous dans cette attitude de jugement et de critique? Tout simplement parce que l'autre nous fait peur. Poser une étiquette, un jugement sur l'autre, c'est le réduire à mon champ de vision, à mes valeurs, c'est finalement très... rassurant.

En effet, si nous posons des étiquettes sur les autres et sur leurs comportements, c'est bien parce que nous nous posons en juges suprêmes investis d'une toute-puissance du jugement. Mais ce juge implacable juge avant tout... nous-même! Reflet d'une vision du monde où tout est polarisé, bien, mal, correct, incorrect ... et où nous tentons à tout prix de nous placer du côté du bien, pour être aimable, pour ne pas être abandonné, pour ne pas être rejeté.

Les événements ont la valeur que nous leur donnons : nous sommes créateurs de notre réalité

La communication non violente, entre autres techniques de communication, nous enseigne que tout jugement, qu'il soit positif ou négatif d'ailleurs, est différent de l'évaluation. En effet, reconnaissons tout d'abord que le même événement, le même fait, n'a que la valeur que nous lui accordons.

Mon chef entre dans la pièce sans me dire bonjour, je peux le juger hautain et fier (si je me sens moi-même méprisable et si j'ai une faible estime de moi), je peux le juger en disant qu'il ne va pas bien et qu'il a certainement besoin d'aide (si j'ai tendance à me positionner en sauveur du monde qui vole au secours de ceux n'ayant pas formulé de demande), je peux le juger comme un monstre en jugeant qu'il est inhumain, etc.

Je peux également voir mon chef entrer dans la pièce sans me dire bonjour et ... ne pas le juger! C'est un fait, un acte, "mon chef est entré dans la pièce sans me dire bonjour", auquel je peux accorder la valeur que je veux. Je peux choisir de me laisser heurter, blesser, ou bien dire "tiens, il est entré dans la pièce sans me dire bonjour" sans poser de jugement et de relation de cause à effet me plaçant au coeur de l'univers, élément nombriliste causal auquel sont reliés tous les événements!

Comment mettre en pratique le non-jugement, en quoi cela peut-il m'aider au quotidien ?

Pratiquer le jugement, c'est donc préférer vivre dans l'imaginaire que dans la réalité. Dans notre interprétation des faits, et non dans les faits eux-mêmes. C'est également attendre de l'autre qu'il comble nos besoins: en effet, en nous interrogeant sur les avantages que peut représenter pour nous le jugement de l'autre, nous pouvons reconnaître que nos jugements masquent nos besoins. J'ai besoin de reconnaissance, je projette ce besoin sur mon chef que je charge de combler ce besoin, de manière infantile, par exemple.

  • Le premier point pour sortir de nos jugements peut donc consister à identifier, quand nous posons un jugement sur l'autre, ce que nous lui reprochons précisément... ce qui nous conduit à notre propre part d'ombre, non pas cet obscur et terrifiant domaine du mal en nous, mais le lieu en nous de l'inaccompli, ce qui peut évoluer et se développer.
  • Le deuxième point peut consister à trouver comment satisfaire nous-mêmes nos besoins: ne plus attendre de l'autre qu'il soit tout pour moi, c'est devenir adulte dans la relation.
  • Le troisième point peut consister à apprendre à formuler à l'autre nos besoins, nos ressentis. Le jugement exclut toujours l'autre, tandis que la verbalisation non violente relance la relation, même quand nous pensions qu'elle était tellement enkystée et infectée qu'elle était sans espoir.
Pour en savoir plus :

Dénouer les conflits avec la CNV, Marshall B. Rosenberg, Jouvence.