
- Stèles du tophet de Carthage - Carine Mahy
Les Carthaginois pratiquaient aussi bien l’inhumation que l’incinération. Les nécropoles, comme c’est le cas chez la plupart des peuples antiques, étaient le plus souvent placées à l’extérieur des villes.
Les tombes les plus anciennes qui ont été découvertes datent du VIIIe siècle avant ère (Carthage et Utique).
Les sépultures
L’orientation ne semble pas être importante lors du creusement des tombes. Elle ne joue aucun rôle rituel. L’accès à la chambre funéraire peut se faire soit par un puits, soit par un dromos, sorte de couloir avec escalier. La profondeur à laquelle est réalisée la chambre funéraire peut également être très variable. En effet, elle peut varier entre un à deux mètres et plus de trente mètres.
Des monuments pouvaient s’élever au-dessus des tombes pour en situer l’emplacement. Ceux-ci pouvaient être de forme très diverses. Par exemple, il pouvait s’agir de monuments en forme de tours à plusieurs étages, comme c’est le cas du monument de Dougga.
L’inhumation du corps ou le dépôt des cendres pouvait se faire directement à même le sol ou sur une pierre ou banquette, ou dans une urne ou un sarcophage, dont la richesse dépendait des moyens de la famille du défunt: terre cuite, bois, pierre, plomb, marbre. Dans certains cas, un personnage pouvait être représenté en bas-relief sur le couvercle, mais il ne s’agissait pas d’une représentation du défunt.
Les pratiques funéraires
Du mobilier accompagnait le défunt, comme c’est le cas également chez beaucoup de peuples antiques. Des bijoux, des vases, des masques, des amulettes, des rasoirs rituels, des armes, des figurines divines y ont été découverts et remplissent aujourd’hui les sections puniques de plusieurs musées (Le Bardo à Tunis, le musée de Byrsa à Carthage, ou encore le musée de Kerkouane, pour n’en citer que quelques-uns en Tunisie).
Sur les ossements de certains défunts, des traces d’ocre sont encore visibles. Celui-ci devait être étalé sur la peau de la personne décédée, et suite à la décomposition, s’est retrouvée sur les os. Il devait s’agir d’une pratique des populations locales, adoptée par certains puniques, suite au mélanges culturels et ethniques qui eurent lieu entre Phéniciens et Libyens dans les territoires nord-africains.
Des cérémonies funéraires étaient célébrées en l’honneur du défunt, par son entourage. Il s’agissait de sacrifices sanglants, c’est-à-dire le sacrifice d’animaux, d’offrandes liquides et solides (alimentaires) et d’un repas funéraire. Les banquets funéraires étaient aussi pratiqués par les Nabatéens, les Palmyréniens, les Grecs, les Etrusques, les Romains, etc.
Les tophets: des nécropoles?
Les aires sacrificielles que les chercheurs modernes appellent «tophet» — par référence à un terme hébreu employé dans l’Ancien Testament pour désigner un endroit où les enfants étaient passés par le feu —, étaient absentes de la civilisation phénicienne orientale.
Dans les colonies phéniciennes d'occident et l’empire carthaginois, ces espaces sacrés étaient dédiés à Baal Hamon et à sa parèdre Tanit, les divinités suprêmes du panthéon de Carthage, comme on peut s’en rendre compte par la lecture de la Formule canonique gravée sur les stèles inscrites: «A la Dame, à Tanit " face de Baal " et au seigneur, à Baal Hammon».
Les premières urnes cinéraires découvertes dans le tophet de Salammbô, dans la zone des ports à Carthage, datent de 800 avant notre ère, c'est-à-dire peu après l’arrivée des colons phéniciens dans la région. Les tophets retrouvés hors d'Afrique (Sardaigne, Motyé en Sicile) datent en général de la fin du VIIIe ou du VIIe s. av. n. ère.
La crémation rituelle de nourrissons, de très jeunes enfants ou de fœtus non-viables se faisait sur un bûcher installé en plein air dans l’enceinte du sanctuaire. Cette crémation était accompagnée de l’immolation d’un agneau ou cabri et de la décapitation de plusieurs petits oiseaux sauvages avant l’extinction du bûcher. L’ensemble des restes incinérés (humains et animaux) étaient alors placés dans une urne. Ensuite, aucune trace d’un culte post-mortem n’a été identifié.
Le rassemblement de ces urnes dans l’enceinte sacrée en font, de fait, une nécropole d’enfants. Précisons qu’aucun enfant n’a été retrouvé dans les nécropoles traditionnelles.
Les sacrifices d’enfants
La question des sacrifices d’enfants est une thèse basée sur le témoignage des auteurs anciens (idée d’une mort violente, engraissement préalable à la mort), mais est discordante avec les données du terrain (examen ostéologique des restes: présence de morts-nés et de fœtus non-viables; iconographie (absence de représentation d’enfants en situation de victime alors qu’il en existe pour les animaux).
Il n’y a pas d’arguments déterminants en faveur des sacrifices systématiques d’enfants. Cependant, cette pratique a pu avoir lieu à titre exceptionnel, par exemple dans des cas de grands dangers. Ils ne peuvent pas être totalement niés, mais ne sont pas non-plus une pratique régulière.
Pour approfondir le sujet
BENICHOU-SAFAR (H.), Les tombes puniques de Carthage. Topographie, structures, inscriptions et rites funéraires, Paris, 1982.
BENICHOU-SAFAR (H.), Le tophet de Salammbô à Carthage, Rome, 2004.
