Le bâtiment actuel n'est pas le premier système de défense installé sur ce site, particulièrement bien situé. En effet, un château plus sommaire, qui prendra le nom de Roche Goyon, avait déjà été érigé à cet endroit autour de 937 par un Goyon, au service du duc de Bretagne Alain Barbe Torte. Le nouveau château voit sa construction débuter au XIVe siècle sous la direction d'Etienne III de Goyon.

Une famille au service du pouvoir

En 1209, Etienne Ier de Goyon s'unit à Lucie de Matignon, fondant alors la branche des Goyon-Matignon, souvent mentionnés dans les archives bretonnes pour leurs largesses envers certaines abbayes et gravitant assez haut dans la cour de Bretagne, y compris pendant la guerre de succession de Bretagne (1341-1365). Dans un contexte houleux, Etienne III décide de renforcer la défense bretonne à l'aide d'une forteresse donnant un point de vue dégagé sur la mer. Le site est rapidement choisi, il remplacera le vieil édifice de la Roche Goyon, entre le Cap Fréhel et Saint Malo. Les parois rocheuses sont très escarpées, et seuls les chemins de douaniers permettent d'accéder aux plages, tandis qu'un peu plus loin, la baie de la Fresnaie permet aux bateaux de mouiller ou d'accoster.

Un édifice solide

Les travaux du donjon sont lancés, et l'étage est équipé de petites ouvertures permettant de glisser des couleuvrines (petits canons étroits très répandus dans les systèmes de défense de l'époque). Il faudra attendre 1364 pour que le Fort-la-Latte puisse s'armer d'un véritable canon, toujours visible dans l'enceinte. Les mâchicoulis des remparts permettent de lancer des projectiles (pierres, flèches...) sur les assaillants éventuels, tandis que la ligne incurvée de la tour favorise le rebond des projectiles sur les ennemis. La famille Goyon-Matignon reste fidèle au duc Jean et complète le château à l'aide de quatre tours et de remparts pour délimiter l'enceinte. Toujours présents, et en partie d'origine, ils ont été très utiles pour tenter de résister à Bertrand du Guesclin, connétable de Charles V, roi de France, décidé à reprendre la Bretagne. Le connétable fait le siège de la ville mais se retrouve confronté à un élément défensif efficace. La forteresse finit par tomber au prix de lourdes pertes et de gros efforts des Français. Confisqué pendant deux ans, le château sera finalement restitué aux Goyon-Matignon en 1380.

Un rôle défensif important

Si les Goyon-Matignon, qui sont devenus de hauts personnages de la cour de France, ne résident plus au château, ils n'en restent pas moins actif dans la défense bretonne. Une garnison y est installée, avec un gouverneur à sa tête. La lutte contre les Anglais est farouche et les combats violents au XVe siècle, alors que le Fort sert de guet pour une partie de la côte nord : l'amiral anglais Willoughby s'y cassera le dents. Pendant les troubles liés à la Ligue, le château souffre et certaines parties sont détruites, au moins partiellement. Seul le donjon résiste. La zone reste ensuite privilégiée par les habitants de la campagne environnante pour se protéger, mais sa majesté d'antan a disparu.

Une renaissance nécessaire

Sous Louis XIV, l'œil averti de Vauban repère le site et le donjon si bien placés pour assurer à nouveau le rôle de guet dans le système défensif breton, notamment en protégeant l'entrée dans le port de Saint-Malo. La définition du fort comme élément de défense le fait passer sous l'autorité du roi qui finance aussitôt la réhabilitation des remparts et des tours, ainsi que le réarmement de la forteresse. Il subira plusieurs attaques corsaires et sera partiellement endommagé, avant de jouer un grand rôle dans la bataille de Saint-Cast. En 1795, un four à rougir les boulet est installé dans l'enceinte pour aider les garde-côtes. Il est pris une nouvelle fois puis libéré avant que sa vocation militaire ne s'arrête.

Déclassé en 1890 par le ministère de la Défense, le Fort-la-Latte est aujourd'hui classé monument historique et offre des balades et visites intéressantes, dans l'enceinte aussi bien que sur les chemins de douaniers à travers la lande.