Le destin de la Belgique

2 Comments
Join the Conversation
Situation de la wallonie et spéculations - wujuoedua
Situation de la wallonie et spéculations - wujuoedua
La Belgique est dans une situation politique latente, au bord de l'éclatement étatique après de multiples crises politiques qui ne cessent de s'enchaîner.

La Belgique est née suite à une révolte de la bourgeoisie bruxelloise contre la domination des Pays-Bas. Cette même révolte pourrait disloquer cet Etat créé en 1830.

A la recherche d'un sentiment patriotique

Les différents rois Belges successifs ont œuvré pour créer l'unité patriotique de ce nouvel Etat. Leopold II se servira de la colonisation du Congo pour faire naître ce sentiment de nation avec une histoire commune. Un sentiment ensuite accru par la guerre de 14-18 lorsque l'invasion Allemande est stoppée au bord de l'Yser.

Mais un quart de siècle plus tard, l'histoire révolutionnaire, ferment de l'unité de ce pays, vole en éclat avec l'occupation nazie lors de la Seconde guerre mondiale. Ce sentiment patriotique déjà en perdition est accru par le nationalisme et le comportement du roi Léopold III qui abdiqua en 1951.

Ce renoncement fragilise la royauté qui était l'un des ciments de l'unité. Cet Etat, pour poursuivre son affirmation en tant que tel, se lance dans le projet fondateur de la création de la Communauté Européenne consacrée par le traité de Rome de 1957.

Mais, malgré ces efforts accompagnés de lourdes réformes institutionnelles, la Belgique ne parvient pas à se convaincre qu'elle est une nation. A tel point qu'Yves Leterme a pu dire un jour que les Belges n'avaient plus en commun que « le roi, l'équipe de foot, certaines bières... ». Un diagnostic amer non dénué de fondements, ainsi que le confirme malheureusement la crise actuelle.

La crise de confiance relative à la viabilité de cet Etat ne cesse de faire l'objet de spéculation. L'éclatement, ou la scission entre Flamands et Wallons arrivera, mais quand ? Cette question de savoir quand elle aura lieu ne date pas de ces dernières années.

Un rêve inavoué mais toujours présent : le rattachement de la Wallonie à la France

Le désamour entre Wallons et Flamands a toujours été présent depuis 1830, et une nation ne peut vivre sans amour entre concitoyens. Le constat est amer. Plusieurs hommes politiques de tous bords pensent que la fin est proche. Début septembre, suite à l'échec du Vice Premier ministre pour former un gouvernement, ce dernier annonce qu'« il faut se préparer à la fin de la Belgique ». Certains hommes politiques le savaient depuis bien longtemps, dès la présidence du Général de Gaulle en fait. « Si un jour une autorité politique représentative de la Wallonie s'adressait officiellement à la France, ce jour-là, de grand cœur, nous répondrions favorablement à une demande qui aurait toutes les apparences de la légitimité. » Par cette déclaration, de Gaulle signifiait qu'il était prêt à accueillir la Wallonie dans le giron de la France . Après l'Alsace-Lorraine, puis la Haute-Savoie, ce serait au tour de la Wallonie ?

Wallons et Flamands : un cocktail explosif de tensions

Les Wallons et les Flamands semblent voués à se séparer car les distensions économiques à l'origine à ce délitement étatique ne cessent de s'accroître. Cette situation de crise latente depuis plus d'un demi siècle, ne se résoudra malheureusement pas en quelques mois, surtout avec la montée du nationalisme Flamand. Ce dernier est caractérisé par la manifestation des députés flamands qui entonnent l'hymne flamand au sein du parlement Belge.

En effet, les Flamands refusent de subvenir aux besoins des Wallons, une situation similaire au plan Européen visant à mettre en place un budget commun. En effet, la contribution au budget européen est en fonction de la richesse et du niveau de développement des membres. Dès lors, certains Etats contribuent plus qu'ils ne perçoivent de l'UE, ce sont les contributeurs nets. Les flamands au vu de leurs richesses, contribuent plus qu'ils ne perçoivent de l'Etat Belge au titre des politiques sociales.

Effectivement, la production industrielle wallonne représentait 24 % en 2008, contre 58 % côté Flamands. Le chômage, autre indicateur économique essentiel à la bonne marche d'une économie nationale, présentait les mêmes contrastes, à savoir pour août 2009 : 15,4% de la population active de la Wallonie, contre 7 % côté Flamand.

Dés lors comment un pays si déséquilibré économiquement, sans parler du plan linguistique, peut-il survivre ?

En France, on ne parle pas que le basque, le corse ou le patois dans certaines régions. Il y a une langue véhiculaire (commune), ciment de la nation contrairement à nos voisins Belges.

La situation de Bruxelles et des finances publiques françaises dans l'hypothèse d'un éclatement de la Belgique

Il existe un réel sentiment fraternel entre les départements du Nord de la France et la Wallonie. Les Wallons se considèrent « Français » grâce à la langue et à la culture. 66 % des Français (*) accueillent favorablement l'idée d'un rattachement de la Wallonie à la France, alors que les Wallons aimeraient voir un Etat indépendant Wallonie-Bruxelles. Dès lors, Bruxelles ferait l'objet de toutes les convoitises entre Flamands et Wallons.

Certains estiment que Bruxelles, si éclatement il y a, pourrait devenir la capitale Européenne. En effet, considérant qu'elle est le siège de la Commission européenne, que le Parlement y séjourne régulièrement et que le Président du conseil de l'UE est Belge (Van Rompuy Herman, à ne pas confondre avec Y. Leterme qui préside actuellement le Conseil Européen jusqu'en décembre 2010).

En effet, le traité de Lisbonne a instauré une nouvelle Institution au plan Européen « Le Président du Conseil Européén élu pour un mandat de 2 ans et demi, renouvelable une fois (art 15 du Traité de Maastricht, modifié par le Traité de Lisbonne entré en vigueur le 1er décembre 2009). Pour rappel, l'UE a, à ce jour, acquit la personailité Juridique nécessaire au prélude d'une constitution Etatique avec le Traité de Lisbonne. Dès lors, il est envisageable que l'Europe puisse se doter d'une capitale Supranationale à l'avenir. Effectivement, la construction européenne est loin d'être aboutie. Il convient d'harmoniser les législations nationales disparates en matière fiscale, juridique et autres..... C'est un challenge européen, dont Bruxelles serait le symbole de la réussite. Bruxelles semble une capitale européenne « évidente », à fortiori avec le nouveau traité relatif à la constitution européenne.

Il convient de ne pas confondre la présidence de l'UE qui tourne tous les 6 mois :

  • le pays qui assurera la présidence suivante sera la Hongrie pour le 1er semestre 2011,
  • puis la Pologne pour le 2ème semestre 2011

et le Président du Conseil Européen.

Une situation de scission aurait un coût, car si les Flamands peuvent devenir indépendants grâce à leurs richesses, les Wallons ne pourraient survivre à une indépendance économique.

Dès lors la France pourrait accueillir la Wallonie avec sa situation économique, donc aussi ses dettes. Selon le mouvement réformateur, le parti libéral de la Belgique Francophone, la dette Wallonne s'élèverait à hauteur de 11,5 milliards d'euros. De plus, les Wallons représentent 40 % de la population Belge. La France, si elle annexait la Wallonie, verrait le montant de la dotation augmenter de 40 % de la dette de l'Etat Belge (40 % de 342,9 milliards d'euros) soit un total d'environ 149 milliards d'euros.

Est-ce que la France accepterait par amour, d'assumer une charge financière colossale surtout au regard de l'actuelle situation économique et de ses dépenses publiques ?

A lire dans l'actu: Belgique: encore une démission, bientôt des élections? LEXPRESS avec l'AFP 27/01/2011

Sources :

(*) Sondage Ifop pour France Soir juin 2010

Lefebvre Arnaud, "Et si la Wallonie devenait française ?, Moneyweek N°98, 15/09/2010

CONT 11

Ma photo, C. M.  Dumont

Chantal Dumont - Chantal est ingénieure pédagogique spécialisée dans la mise en oeuvre de formations à ...

rss
commenter cet article

NOTE: Vous n'êtes pas membre de Suite101. Votre commentaire sera publié après révision.
Poster
Combien font 9+9?

Commentaires

17 oct. 2010 11:02
Anonyme :
Bonjour,
je suis belge et historienne. Et je m'étonne de certains éléments de cet article.
En premier lieu, Bruxelles EST la capitale de l'Europe et entend bien le rester, quel que soit son destin.
Ensuite, il est faux de parler de désamour entre Flamands et Wallons depuis 1830. Quel anachronisme ! La Belgique s'est construite sur une volonté politique de vivre son destin seule, menée par la bourgeoisie de Flandre, de Buxelles et de Wallonie, francophone dans les deux cas, suite à la conquête française de ses territoires et au régime napoléonien. Le flamand était alors considéré comme la langue de la classe ouvrière, comme l'était le wallon, par ailleurs. La différence réside dans le fait que les Wallons ont imposé partout en Wallonie l'obligation de parler le français, langue de culture, et relégué le wallon comme une langue véhiculaire de seconde zone. Cela a permis d'unir la Wallonie, toutes classes sociales confondues.
En Flandre, il n'en a rien été et les Flamands ont continué et continuent toujours à parler entre eux des patois parfois forts différents. Ainsi, un Ostendais ne comprends pas le patois de Genk... La tentative d'imposer le néerlandais a été mal perçue, car c'était la langue de l'"occupant" hollandais, chassé en 1830.
Ce sont donc les classes dirigeantes qui ont imposé le français durant tout le XIXe siècle, et non seulement les Wallons !
L'on peut comprendre la frustration des populations de Flandre, pauvres et reléguées dans leurs campagnes. Cela s'est traduit dès 1880 par la création d'un mouvement flamand qui revendiquait (et avec raison, de mon point de vue) l'égalité des langues et des cultures. Ce qu'il ont fini par obtenir au fil du temps.
La grande cassure, elle date de la Seconde Guerre Mondiale, avec l'affaire royale. Ce sont les Flamands qui ont alors défendu la Belgique, face aux Wallons qui voulaient une république ! Aujourd'hui, c'est en quelque sorte le monde à l'envers.
Pourquoi ? Parce que la Flandre était exsangue, qu'elle avait un besoin vital de la Wallonie, qui la nourrissait et lui donnait du travail depuis 1830. La Wallonie a donné, encore et encore, sans se plaindre, par solidarité nationale, jusqu'au moment des grandes crises sidérurgiques des années 1960 et 1970 lui ont porté un coup fatal. La Flandre a alors pris le dessus, et s'est instauré un système d'aide dans l'autre sens, ce que l'on appelle aujourd'hui "les transferts". S'agit-il d'une somme colossale ? Tout dépend des points de vue : 1000 euros par an environ par habitant, soit 4 milliards d'euros. Oui, c'est tout.

Je reviens également sur d'autres points. Le chômage en Wallonie est en baisse régulière depuis des années, il atteint aujourd'hui 12%. Celui de Flandre augmente lentement, 9% environ. Depuis 2008, les exportations wallonnes sont en hausse et celles des Flamands, en baisse. La Wallonie renoue depuis quelques années avec la croissance, grâce à une politique volontariste menée par la Région wallonne, un meilleure maillage de petites et moyennes entreprises, des spin-offs technologiques attachées aux universités, l'arrivée de multinationales comme Google, Microsoft, etc.
Croyez-vous vraiment que les 4 millions de Wallons et de Bruxellois francophones soient tous des fainéants et des profiteurs émargeants à la charité publique ?
Je pense que vous ignorez également que notre PIB est meilleur que celui de la France...
Non, la Wallonie n'est pas un pays pauvre ou du tiers monde. Nous y vivons bien et nous comptons continuer à y vivre bien, malgré les difficultés.
Le prix de l'indépendance ? Il a été calculé : 20% de bien-être pendant 10 ans. Cela équivaudrait par exemple à travailler 4h/semaine sans augmentation de salaire pendant 10 ans. Si je suis prête à le faire : oui, sans restrictions.
Le coût de l'indépendance flamande a aussi été calculé et il n'est pas vraiment non plus à leur portée. Car s'ils ont plus d'argent, ils vont se retrouver dans les 10 ans qui viennent avec énormément de pensionnés à payer, et il n'est pas certain qu'ils le pourront.
Si la Wallonie a plus de chômeurs, elle a la jeunesse et les enfants. Nous avons un boum de naissances depuis le début des années 2000 et bientôt il va manquer de places dans les écoles francophones : on parle de 5 à 10.000 ! Une jeunesse qui sera l'avenir de la Wallonie dans les 15-20 ans qui viennent et qui, ayant connu les avatars actuels, ne sera peut-être plus très solidaire des Flamands.
Qui sème le vent récolte la tempête.

Enfin, je terminerais sur la demande belge d'attachement à la France. Actuellement, cela ne représente que 6% maximum de la population. Non, il ne s'agit pas d'un besoin vital, mais bien de la nostalgie de certains, qui aiment la France. A ceux-là, je leur dirais : allez-y vivre mais n'obligez pas les autres.
La Wallonie et Bruxelles forment ensemble un pays viable, avec une communauté de langue et de culture, des entreprises, des gens qui travaillent dur et qui en veulent. La Flandre a eu beau jeu de ne montrer de la Wallonie que ce qui l'arrangeait dans ses volontés nationalistes, et de limiter le cliché aux endroits où la sidérurgie a été sinistrée. C'est oublier 90% du territoire.
Venez visiter la Wallonie : Namur, Liège, Mons, Tournai, les Ardennes, la région du Centre,... Vous comprendrez mieux notre réalité, notre joie de vivre, notre convivialité. Et peut-être aurez-vous envie alors que nous rejoignions la France, comme un partenaire à égalité, et non comme un mendiant.
Fier le Wallon ? Oui.




17 oct. 2010 12:46
Chantal Dumont :
Merci pour votre commentaire, intéressant qui confirme de nombreuses idées émises notamment à propos de la langue. Néanmoins je reviens sur Bruxelles capitale Européenne, bien que la commission siège de manière permanente, aucun traité édicte ce principe depuis le traité de Rome de 1958. Si Bruxelles était la capitale, il y aurait conflit d'intérêt : Bruxelles est déjà capitale de l'Etat Belge.

Selon votre point de vue louable, il y aurait 3 capitales, Bruxelles pour la commission, organe Exécutif ; Strasbourg pour le parlement, organe Législatif ; et Luxembourg pour la CJCE, organe Judiciaire.

Connaissant particulièrement bien nos voisins et amis Belges, il est tout à fait vrai que c'est un peuple convivial et tout à fait agréable. Ayant eu le plaisir de travailler avec des universités Belge (notamment Louvain), je ne peux que louer leur performance, leur sérieux et leur efficacité (parfois bien meilleure que certaines françaises !).

En aucun cas les Belges sont considérés comme des mendiants dans cet article, seule une situation économique, sociale et politique est exposée.
2 Commentaires
Advertisement
Advertisement