
- Schneider/Brando - PEA
Réalisé par Bernardo Bertolucci, le Dernier Tango à Paris a longtemps été considéré par le grand public comme un film quasi pornographique. Et ceux qui l’ont vu et aimé, comme un chef-d’œuvre unique de romantisme moderne, proche du film d’art et essai. La jeune Maria Schneider, fille du mannequin Marie-Christine Schneider et de l’acteur Daniel Gélin, est projetée dans cette histoire d’amour fugace mais intense, qu’elle partage avec Marlon Brando, bête de cinéma et un des plus grands acteurs du monde à la sortie du film.
La rencontre de deux extrêmes
Jeanne (Maria Schneider) vit comme dans un monde de superficialité avec son compagnon Tom (Jean-Pierre Léaud) qui fait du cinéma ou joue à en faire. On est presque dans un film de Truffaut mieux filmé et aux propos plus adultes. En visitant un appartement dans le 16ème à Paris, elle tombe sur un américain mélancolique qui habite l’immeuble. Il s’appelle Paul (Marlon Brando) même si on n’apprend son prénom qu’à la fin du film. Ils se rapprochent très rapidement, comme s’ils se connaissaient depuis longtemps et deviennent amants. Leur histoire ne dure que quelques jours et on assiste à leur rapport de force et leurs différences, une petite gamine française pleine de certitudes dues à son jeune âge, face à un quadragénaire désabusé qui vient de perdre sa femme…
Le sexe à tous les étages
On découvre les univers des deux protagonistes, contraste entre l’inconscience quotidienne de la jeune femme et l’univers glauque d’un gigolo ayant posé valise dans l’hôtel de passe de sa maitresse. Les deux amants se découvrent l’un l’autre même si le plus vieux veut imposer sa vision et ses codes à l’autre. La passion réunit les deux générations, sous l’œil des clients de l’hôtel qui les observent entre deux portes. On découvre ce qu’il s’est passé et le suicide de Rosa, la femme de Paul. Des inserts de scènes où apparaissent Léaud en cinéaste accompli et amoureux transi, décontractent un peu des scènes plus lourdes et glauques.
L’appartement de la rencontre est comme un nid qui les préserve du temps et Paul provoque Jeanne dans des jeux érotiques qui mettent en valeur son corps de nymphe. Bertolucci immortalise la jeunesse de Maria Schneider, qui mettra du temps et même n’arrivera jamais, à se remettre de ce rôle phare de la jeune femme émancipée qui a un charme fou. Béatrice Dalle fit de même plus tard avec 37°2 le Matin.
Scènes osées et racontées
La relation amoureuse entre les deux personnages est ponctuée de scènes choc mais qui sont finalement plus racontées que vues. La célèbre scène de la plaquette de beurre n'est pas extraordinaire. Certes, les déhanchements explicites de Marlon sur le corps de Maria sont évidents mais ce n’est pas le meilleur du film, et c’est seulement la violence verbale du personnage qui peut toucher. Idem pour le récit évoquant des cochons, ou le taillage des ongles annonçant une intromission. C’est l’imagination du spectateur qui fera le reste…
De grandes scènes
Les deux amants jouent et Bertolucci aimant décidément les animaux, les pare d’habits de singes et ils se charrient comme tels, criant et mimant en de ballets simiesques véritables !
Paul est dans la chambre mortuaire de sa défunte Rosa et il lui parle, comme à une confidente. Le ton est d’abord courtois, gentil puis une colère et des larmes montent, jusqu’à l’insulter avec force et haine. Puis en decrescendo, sa colère redescend avec des pleurs qui vous arrachent le cœur quand il lui parle alors tendrement…Du très grand Marlon Brando.
Scènes de grand bar parisien où se déroule un concours de tango, qui donne son titre au film. Entre les conversations débridées des deux amants, on assiste à de vrais tangos, aux allures de Gardel, les têtes tournant et se bloquant comme aux belles heures argentines. Nos deux compères, eux, ont abusé d’alcool et miment une danse plus proche du traineau que du tango. Et tout finit par Brando qui baisse son pantalon pour choquer les vieilles dames du jury du concours.
Scène de course à travers des quartiers de Paris où Marlon fait flotter sa chevelure d’homme mûr, poursuivant Maria qui déjà ne l’aime plus.
La fin de l’amour
On a assisté à la montée de l’amour de Jeanne et Paul. Et quand la suffisance de Paul s’arrête et qu’il baisse sa garde, l’intérêt de Jeanne s’éteint. Telle est la loi de l’amour, basée sur la séduction due à l’ignorance et au mystère…Croyant être menacée, Jeanne tire sur Paul, avec le vieux pistolet de son père Colonel. Telle est loi des amours maudits, avec la fin inéluctable de celui qui croyait prendre.
On se rappelle alors le début du film, au pont de Bir-Hakeim, où nos deux protagonistes se croisent sans se connaitre, ne sachant pas encore qu’ils vont s’aimer et se tuer…
Le climat d’une époque
En 1972, on est à une époque charnière entre la révolution sexuelle et le féminisme pur et dur. La loi sur l’avortement arrive et la femme se libère de plus en plus du joug masculin. Ce film l’illustre parfaitement, Jeanne dominant finalement le mâle à l’ancienne et s’entichant d’un homme plus féminin, plus intelligent, ce qui ravira les fans de Jean-Pierre Léaud.
La petite Maria est à l’aube d’une carrière qu’on croit devenir grande mais l’abus des expédients l’ont détourné d’un autre destin plus brillant. Elle a néanmoins joué dans Profession : Reporter (Antonioni 1975), La Dérobade (Duval 1979), Merry-Go-Round (Rivette 1982), Bunker Palace Hôtel (Bilal 1989), Les Nuits Fauves ( Collard 1992)…
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