Dès la seconde moitié du règne de Louis-Philippe (1773-1850, règne de 1830 à 1848), dans le domaine de la décoration, l’influence du XVIIIe siècle donne naissance au style « Pompadour », inspiré de l’époque de Louis XV, puis au style « Louis XVI-impératrice », né de la passion de l’impératrice Eugénie (1826-1920) pour Marie-Antoinette. Cette influence va se ressentir également dans le costume.

Napoléon III (1808-1873) président puis empereur (1848-1870), fait renaître, dans les couleurs et broderies, les costumes de cour et uniformes civils créés par son oncle Napoléon Ier. Mais ces réminiscences sont adaptées à la mode nouvelle : l’habit dégagé, à col droit assez bas, remplace l’habit à la française. Le pantalon peut remplacer la culotte.

En 1857 naît le concept de haute-couture avec Charles-Frederick Worth (1826-1895), un Anglais qui travaillait depuis plusieurs années à Paris chez Gagelin, marchand de modes renommé. Worth s’installe rue de la Paix, dans un quartier encore peu fréquenté, et applique à la couture les principes de la grande industrie naissante. Il a ainsi l’idée du modèle qu’il propose à la cliente, comme en confection mais avec bien sûr un soin extrême et une fabrication sur-mesure. Worth innove également avec le mannequin vivant, afin de présenter les modèles dans un cadre luxueux. Après la couture, naît la haute mode, avec Caroline Reboux (1837-1927), qui s’installe également rue de la Paix, en 1865.

Le costume féminin

L’élément le plus caractéristique de la mode féminine du Second Empire est la célèbre crinoline, une réinterprétation des paniers qui doit son nom à l’étoffe tramée de crin dans laquelle elle est fabriquée. Utilisée de 1845 à 1869, elle s’orne en 1856 de cerceaux reliés les uns aux autres par des cordons ou passés dans un jupon de cotonnade.

De 1845 à 1860, la crinoline est ronde, sous une jupe garnie de volants superposés. Elle est utilisée tant le jour que le soir, car elle est indépendante et peut s’adapter à des corsages différents. Celui de jour, particulièrement entre 1852 et 1858, est une petite jaquette à manches trois-quarts, dont la basque constitue visuellement le premier volant de la jupe. Ce corsage s’ouvre sur une guimpe-plastron, ou se boutonne jusqu’à l’encolure ronde garnie d’un petit col en mousseline de dentelle. Le corsage du soir, en pointe devant et largement décolleté en ovale, est baleiné et pourvu de petits mancherons bouillonnés. La tenue est ornée de rubans, franges de soie, pompons, galons en brandebourgs…

Certaines robes sont toutefois d’une seule pièce, avec un très long corsage dessinant une pointe devant. Les robes d’été, en mousseline blanche, sont également d’une seule pièce grâce à une petite ceinture incrustée, et s’agrémentent de fichus volontés et de petites berthes.

On porte au-dessus des robes des mantelets, petites pèlerines à deux longs pans devant et, entre 1852 et 1860, les basquines, des jaquettes trois-quarts cintrées qui s’étalent sur la crinoline. On continue aussi à porter des châles, en mousseline, soie ou dentelle l’été, en cachemire l’hiver.

Les chapeaux sont toujours de petites capotes s’évasant un peu autour du visage et dégageant légèrement les bandeaux de cheveux qui partent des tempes et finissent sur les oreilles ; les capotes sont dotées d’un bavolet d’étoffe qui abrite le chignon bas. L’été on voit aussi des capelines rondes en paille.

De 1861 à 1866, les crinolines deviennent immenses et s’allongent en arrière, soutenant une jupe qui fait un mouvement de traîne. Les lignes de la toilette se raidissent, la taille remonte et les manches sont plates. Des garnitures soulignent l’empiècement, tandis que le montage des manches et des fentes des poches est marqué par des dessins géométriques. Cette période peut en fait être divisée en deux grâce à certains détails de la tenue : avant 1864, le corsage dessine encore une petite pointe devant, le décolleté du soir reste ovale, le chignon et les boucles anglaises tombent sur la nuque, le chapeau est une petite capote ornée d’épis, fleurs ou volants de dentelle, aux brides nouées sous le menton et s’élèvant un peu au-dessus du front ; après 1864, une ceinture à deux pans flottants orne la taille, le décolleté devient carré et le chignon remonte à l’arrière de la tête, permettant l’usage d’un petit chapeau en forme de plateau qui conserve les brides de la capote. Les tons des tissus, unis puis rayés, deviennent de plus en plus vifs, avec une prédominance des verts et bleus.

Le goût des paletots tronconiques, assortis aux robes, commence à se répandre. Pour sortir, on porte des capes ou des burnous, qui s’évasent sur la crinoline, ou toujours des châles cachemire.

De 1867 à 1869, les détails de la toilette changent peu, mais la crinoline, combattue par Worth, se réduit soudain à une modeste tronc de robe, dit « crinoline empire ». On voit apparaître quelques « robes princesse », d’une seule pièce, qui allongent la silhouette.

Suivant la mode de la marche et des courses en montagne, on retrousse le bas des jupes, dégageant ainsi la cheville. On voit alors les bottines, en étoffe ou en cuir ; à partir de 1840, elles sont de nouveau dotées d’un petit talon. Le soir, on porte des escarpins, noirs ou assortis aux toilettes.

Les petites « ombrelles marquise » ont un manche pliant, en écaille ou ivoire sculpté, et sont recouvertes de soie ou de dentelle. Le sac à main est surtout utilisé pour le voyage, et prend alors l’aspect d’une sacoche ou d’une petite valise. Les éventails, qui imitent souvent les éventails Louis XV, deviennent un accessoire indispensable pour le soir, tout comme les mouchoirs brodés.

Le costume masculin

De 1845 à 1847, le costume masculin est encore assez clair, ajusté, conservant l’aspect qu’il avait précédemment. De 1847 à 1860, la jupe de la redingote raccourcit au point de ne plus être qu’une basque un peu longue. Pour sortir, on met au-dessus de la redingote des vêtements flottants. La jaquette fait son apparition. Elle est assez proche de la redingote, avec des basques courtes et arrondies devant. La taille, moins étranglée, est assez basse.

Ces vêtements dégagent largement le pantalon collant, retenu sous la chaussure par un sous-pied. Pour la ville, ce pantalon est à raies horizontales ou à quadrillage écossais. Le soir, il est noir ou blanc. On porte encore l’habit de couleur dans la journée.

Le chapeau haut-de-forme, très haut et cylindrique, reste la coiffe la plus courante. Les cheveux sont roulés sur les oreilles et on porte une fiche moustache ainsi que, souvent, la barbiche impériale.

Pour en savoir plus

Madeleine Delpierre, Le costume, de la Restauration à la Belle Epoque, la Grammaire des Styles, Flammarion.