Entre 1625 et 1670, le costume français témoigne de l'influence du baroque italien, avec des outrances allant jusqu’à la préciosité. Mais après 1670, il reflète au contraire l'esprit classique.

L’Italie et l’Espagne perdent leur suprématie tandis que la France et la Hollande imposent leur prédominance, étendue mais parfois superficielle pour la France, dans les pays de religion réformée pour la Hollande.

De 1590 à 1625

L’influence des modes espagnoles reparaît après la mort d’Henri III (1551-1589), comme en réaction aux excentricités du défunt roi. La plupart des caractéristiques vestimentaires de la Renaissance subsistent.

Les pourpoints sont à taille arrondie ou légèrement en pointe, garnis d’épaulettes et d’ailerons, tailladés, à collet droit, avec une fraise ronde ou souple et tombante (à la confusion), ou avec un collet monté. Les trousses sont concurrencées par des chausses en bourse, rembourrées du bas, ou plus allongées (à la gigotte, à la vénitienne).

Le costume féminin maintient les crevés sur le corps et les manches, toujours volumineuses. Le vertugadin se transforme, la silhouette prend la forme d’un tambour, sur lequel s’arrondit un volant froncé.

Les modes de 1625 à 1650

Sous Louis XIII (1601-1643) la distinction entre les toilettes des nobles et celles des bourgeois, qui les imitent, devient moins nette ; tout homme peut avoir une épée. Richelieu (1585-1642) ôte toute ambition politique à la noblesse qui s’occupe de plus en plus de mode, dans le cadre versaillais ; le courtisan devient un arbitre de l’élégance.

La ligne du costume se simplifie, les ornements superflus disparaissent. Certains ont vu là une influence de l’austère pensée janséniste, alors naissante.

Le pourpoint, uni ou à grandes taillades, a de longues basques. Il se boutonne seulement en haut et s’ouvre par-devant, laissant passer le jabot de la chemise. Les manches, resserrées aux poignets, sont également tailladées, ou fendues dans la longueur, laissant voir celles de la chemise. Les hauts de chausses deviennent moins larges mais plus longs et s’arrêtent au-dessus du genou, serrés sur la jambe ou flottant en pantalon.

La cape est maintenant dénommée « manteau ». Elle se porte le plus souvent sur une seule épaule. La hongreline, à longues basques, souvent doublée de fourrure, vient probablement d’Europe centrale via l’Allemagne. La casaque, courte et flottante, a des manches ouvertes en forme de cape, qui peuvent se fermer par des boutons. Le rochet (ou roquet) petit manteau à manches courtes et pendantes, sans collet, semble plutôt réservé à la parade. Pour le voyage et la campagne, on porte le caban.

On porte des bas de soie colorés et, pour l’hiver et la chasse, des bas de laine. Le bas à botte, en toile, se met par-dessus le bas.

Les vêtements féminins sont plus sobres que ceux des hommes. Les Précieuses favorisent la diffusion de mœurs moins rudes et d'un langage plus délicat. La silhouette féminine se modifie avec des épaules élargies et une taille haute. Le corps de jupe baleiné a un plastron rigide, dont la pointe déborde sur le bas de jupe. Les manches sont tailladées et bouffantes. L’ensemble est toujours d’étoffe claire et figurée. Au-dessus, la robe noire, à mancherons fendus noués aux coudes, s’ouvre sur la jupe ou cotte, elle-même parfois retroussée sur la cotte de dessous. Ces trois jupes superposées sont appelées la modeste, la friponne et la secrète. La robe de dessus, en riche étoffe, devient le manteau. Relevée devant par de gros nœuds de ruban, elle se termine derrière par une traîne de longueur proportionnelle au rang.

La hongreline féminine est une sorte de corsage à basque non baleiné. Les femmes portent aussi le justaucorps « à la Christine », imité de celui de la reine de Suède (1626-1689). Pour monter à cheval, elles mettent des devants de jupes en forme de grands tabliers, les devantières.

De 1650 à 1675

Le costume masculin se complique et s’élargit, en particulier en France, en Allemagne et en Angleterre. On adopte l’extravagante rhingrave, dont la vogue ne s’atténue que vers 1675. Cette culotte extrêmement large ressemble à une jupe. Des garnitures de dentelles ou de boucles de rubans superposées l’agrémentent, ainsi que de grands volants de lingerie attachés aux canons, contribuant à engoncer la silhouette. Le « bas de saie » a aussi l’aspect d’une petite jupe, mais de moindre ampleur ; c’est probablement un accessoire de parade.

Tout le costume est surchargé de boucles de rubans. Le pourpoint n’est plus qu’une brassière, ouverte devant et assez courte, laissant dépasser la chemise bouffante. Il va devenir un vêtement de dessous, la veste. Le justaucorps, un surtout à manches courtes, long et un peu évasé, commence à se développer. Il est porté sur des hauts de chausses bouffants pendant quelques années puis, après 1680, sur des culottes courtes qui se resserrent jusqu’à devenir collantes à la fin du règne.

En 1662, Louis XIV accorde à certains de ses familiers un brevet les autorisant à revêtir un justaucorps pareil au sien, de moire bleue bordée de rouge, avec parements et veste rouges, brodé d’or et d’argent ; ce sont les justaucorps « à brevets ». En 1644, un marchand trouve un procédé pour colorer le cristal et imiter les pierres précieuses ; ces « diamants du Temple » connaissent un rapide succès, comme le strass, inventé à la fin du siècle.

La seule innovation du costume féminin, au début du règne, est un grand collet de guipure ou de dentelle suivant l’échancrure du corsage au lieu d’entourer le cou. A partir de 1680, les garnitures se multiplient. Le corsage, ou corps à baleine, est très rigide, ajusté et allongé en pointe devant. Les manches courtes et bouffantes laissent passer celles de la chemise, également bouffantes et terminées par un volant de dentelle. Les bourgeoises et les femmes du peuple portent encore la jupe retroussée de l’époque précédente.

En guise de manteau, les femmes portent probablement des mantelets à capuchon mobile et, en hiver, des robes doublées de panne et des manchons. La cravate de fourrure apparaît en 1676.

De 1675 à 1705

La majesté et la gravité vont désormais dominer, sous l'influence de Madame de Maintenon (1625-1719). La tenue se compose d’un long et sévère justaucorps boutonné, généralement en drap, sauf pour les cérémonies, d’une culotte étroite et de bas foncés. Les dentelles sont limitées à la cravate et aux manchettes ; les plumes à la bordure du chapeau. A la fin du siècle, la cravate est remplacée par un simple ruban, la chaconne.

La silhouette féminine change peu. Le décolleté est presque rectiligne. Les prétintailles, motifs découpés dans des étoffes de couleurs différentes et cousus en applications sur le devant des robes, connaissent le succès en France. Le retroussé du manteau est plus haut, et de larges falbalas (volants) alourdissent la silhouette.

Apparaissent cependant des robes assouplies, dites innocentes, déshabillées, négligées, robes de chambre ... dont la naissance serait due au souci de Madame de Montespan (1640-1707) de cacher ses grossesses. Ces robes couvrent les épaules, dégageant un décolleté carré souligné par le volant de dentelle ou de lingerie de la chemise. Du revers des manches plates sort l’«engageante » de dentelle ou de linon. Jusqu’au cours du XVIIIe siècle, le décolleté ovale et la manche très courte demeurent l’apanage du costume de cour.

Les accessoires

Sous Louis XIII on porte des feutres à calotte basse et grands bords souples, garnis de grandes plumes d’autruche, appelés depuis « à la mousquetaire » ; ou d’autres plus simples, à calotte entourée d’un galon ( bourdalou). Une sorte de casquette à double visière, d’origine anglaise (boukinkan , altération de Buckingham), est portée plutôt par les militaires.

Après la guerre de Trente ans (1618-48), le grand chapeau souple de la cavalerie suédoise, posé de biais, plumes au vent, est adopté dans la plupart des armées d’Europe : cet ancien chapeau de feutre gris des paysans, qui leur fut ensuite interdit, va faire son retour dans le costume civil. Ce sera le chapeau des émigrants du Mayflower.

Sous Louis XIV, l’usage des perruques fait du chapeau un accessoire superflu, mais le gentilhomme se doit de le tenir serré sous le bras. Aussi la calotte s’abaisse-t-elle et les grands bords se relèvent-ils devant et derrière.

L’apparition de la cravate coïncide à peu près avec celle du justaucorps. Elle se portait déjà à l’armée, nouée et pendante. Au civil, elle gagne en fantaisie. On la monte sur un ruban attaché derrière le cou. La légende dit que lors de la bataille de Steinkerque opposant la France à la ligue d’Augsbourg (1692), les officiers, surpris par l’ennemi, n’ayant pas le temps de nouer leur cravate et se hâtèrent de l’enrouler autour du cou, passant les extrémités dans la sixième boutonnière de leur habit ; cette mode allait durer jusqu’à la fin du siècle.

Les femmes portent au début du siècle de grands cols dressés et empesés en éventail autour de la tête, puis, vers 1620, un col rabattu, qui découvre de plus en plus la poitrine. Il s’accompagne parfois d’une guimpe légère ou est recouvert d’un mouchoir plié. En 1645, le col empesé disparaît et la garniture de lingerie épouse les épaules : c’est d’abord un grand mouchoir plié en diagonale et étroitement fermé devant ; puis, à partir de 1650, un volant plat bordant le grand décolleté associé pour la première fois aux robes de jour. Quelquefois, le décolleté est seulement souligné par le petit volant qui borde la chemise.

Les gants sont en peau souple, à grands poignets évasés couverts de broderies et souvent parfumés. Les baudriers, moins portés avec la volumineuse rhingrave, réapparaissent avec le justaucorps et retrouvent vers 1675-80 d'importantes dimensions et une ornementation surchargée. Vers 1684, ils font de nouveau place au ceinturon. L’épée et la canne sont des accessoires indispensables au gentilhomme.Jusqu’à la fin du règne de Louis XIV, on noue avec une fausse négligence une écharpe sur le justaucorps. L’hiver, le manchon de peluche ou de pelleterie est fixé à la taille par la passacaille.

Les femmes usent et abusent des mouches, dont le nom varie selon la forme et la position sur le visage. On porte aussi le masque, maintenu par un bouton serré entre les dents ou par une tige glissée dans la coiffure.

Les chaussures

Avec Henri IV (1553-1610) le soulier prend un aspect plus robuste. Il est attaché sur le dessus du pied, par un nœud puis une boucle, et enfin par des roses de tissu. Il a un bout arrondi puis plus long et carré. Un talon probablement inspiré par les chopines vénitiennes lui vaut le surnom de chaussure à « cric » ou à « pont-levis ». Vers 1652, les souliers sont pointus mais redeviennent carrés vingt ans plus tard ; le talon s’élève de nouveau, probablement parce que Louis XIV veut rehausser sa taille. Au début du règne, il fait garnir ses talons de cuir rouge, et est rapidement imité par ses courtisans. Entre 1670 et 1680, une boucle remplace les nœuds.

Mais, au début du siècle, la mode est surtout à la botte. Henri IV envoie en Hongrie un tanneur pour étudier le secret de la préparation des cuirs, perdu au siècle précédent. L’entonnoir de la botte couvre le genou lorsqu’on est à cheval et s’abaisse pour la ville. Sous Louis XIII apparaissent les ladrines, plus courtes et légères. Au début du règne de Louis XIV, la botte n’est plus admise que pour chevaucher.

Les chaussures de femmes s’inspirent du modèle masculin, mais ont des talons beaucoup plus hauts et sont souvent en soie brochée ou en velours.

En savoir plus

http://versailles.chez.com/vie/mode.htm

Ainsi que les livres de la collection Grammaire des Styles