Le XVIe siècle connaît d’importants changements politiques. De puissantes entités disparaissent, comme le duché de Bourgogne en 1493, tandis que d’autres se créent, telles les cours d’Aragon et Castille. Avec les grands voyageurs tels Christophe Colomb et Vasco de Gama, le monde devient plus vaste et de nombreux produits sont importés.

Le commerce prospère, les techniques évoluent largement. Mais le siècle connaît de graves crises, accentuées par les guerres de religion.

L’humble vêtement des classes populaires nous est méconnu. Par contre, une nouvelle source documentaire apparaît en 1520 pour le costume : des recueils gravés, qui se développent rapidement, principalement à Venise et Paris, et proposent des modèles d’ornements, de motifs décoratifs ou des représentations de vêtements de tous les pays.

L’influence italienne

Durant le premier quart du siècle, le costume français prolonge les caractéristiques de la période précédente, mais avec davantage encore de richesse. Il subit une très forte influence des modes italiennes, qui réciproquement s’inspirent de la France. On emprunte notamment à l’Italie le goût des étoffes précieuses et des éléments décoratifs, que les lois somptuaires ne parviennent pas à réfréner.

Sous Louis XII (roi de 1498 à 1515), le costume masculin comporte encore trois pièces essentielles : le pourpoint, les chausses et le manteau. Le pourpoint est souple, prolongé à la taille par une basque et décolleté, laissant voir la chemise. Il est souvent fait de deux étoffes, Celle du dos étant plus grossière. Les manches sont fendues de l’épaule au coude ou coupées au coude pour former deux manchons. Les taillades des manches révèlent une doublure de soie ou la chemise.

Le haut de chausses est séparé du bas et devient une véritable culotte à pont (martingale). A crevés comme le pourpoint, les chausses sont souvent parties, c’est-à-dire avec les jambes de couleurs différentes. Le devant commence à former une poche saillante, la braguette.

Les vêtements de dessus masculins sont amples et assez courts : la chamarre, ouverte devant, est doublée de fourrure ou de soie, et a des emmanchures bouffantes ; la casaque est fendue sur le côté et attachée par des nœuds ; ses manches refendues sont courtes et larges, laissant l’avant-bras découvert.

Les chaussures à pied d’ours ou en bec de cane du début du siècle sont remplacées par les escafignons décolletés, larges et renflés au bout du pied, puis les eschappins sans talon, couvrant le pied et tailladés sur le dessus.

La barbe devient à la mode à partir de 1515, tandis que les cheveux raccourcissent, à l’exemple du roi qui les fait couper ras suite à un accident en 1521.

La France adopte la toque de Florence, aux bords relevés ornés d’un enseigne. Les élégants portent un chapeau de feutre à fond plat, entouré d’une plume qui retombe sur le côté. On met aussi des bérets divers. L’épée est portée au civil et restera jusqu’en 1789 un attribut social distinctif.

La robe des femmes garde la même coupe qu’à la fin du XVe siècle et se porte sur la chemise, des chausses et une cotte ou corset lacé. Les dames mettent encore le touret en velours ou en soie, voile qui sera ensuite fixé à un cercle enrichi de pierres et d’émaux, avant de devenir le voile tombant du chaperon en cœur.

Dès le début du siècle, le vêtement féminin connaît cependant une évolution. La robe est fendue devant pour laisser voir la cotte par une échancrure triangulaire. Le décolleté maintient sa forme carrée, avec une ligne en arceau peut-être due au baleinage du corsage. Vers le milieu du siècle, ce décolleté sera couvert d’une gorgerette de tissu léger, à laquelle s’adaptera un col montant bordé d’un ruché.

Les femmes se coiffent d’abord d’un chaperon posé sur une coiffe de linge. Sous François Ier (règne de 1515 à 1547), elles adoptent une résille perlée (escoffion). On porte aussi le bonnet-chaperon, coiffe légère maintenue par un ou deux cercles de perles ou d’orfèvrerie, et recouverte en arrière par une cornette de chaperon, posée soit à plat, soit sur une monture rigide qui la détache de la tête, les pans tombant sur les épaules. Les veuves portent un chaperon rigide, légèrement arqué sur les côtés, plus tard remplacé par une longue pointe avançant sur le front, la cornette noire pendant derrière.

L’influence espagnole

La France se tourne ensuite vers les modes espagnoles, évolution très nette à la fin du règne de François Ier et qui se manifeste largement sous Henri II (règne de 1547 à 1559), lequel affectionne les tissus sombres légèrement teintés d’or. Le pourpoint appliqué au buste, le collet montant, les basques plus longues, les manches de moins en moins bouffantes calquent l’étroitesse du costume espagnol.

De 1540 à 75, le vêtement masculin se transforme ainsi lentement, empruntant des détails à l’Espagne et aux Flandres. Une nouveauté se distingue sur les chausses : les poches, où l’on peut mettre les montres fabriquées à Nuremberg. La cape espagnole remplace la chamarre. Les bas s’attachent aux chausses. La barbe est taillée en pointe.

La tendance nouvelle à la sobriété n’empêche pas certaines exagérations. Cependant, sous Henri II, le vêtement recherche une plus grande simplicité. Certaines industries textiles connaissent un développement important et, pour les protéger, l’Etat établit un système de droits d’entrées sur les tissus étrangers destinés à l’habillement.

Le corsage féminin baleiné est de plus en plus rigide. Décolleté et souvent lacé, il laisse apparaître les manches de la chemise, comme le pourpoint masculin. La jupe, toujours fendue sur la cotte, est maintenue par la vertugade. Sous Henri II, la robe est montante avec un collet et des manches plus ou moins volumineuses, serrées au poignet. L’amincissement de la taille s’accentue sous Charles IX (roi de 1560 à 1574) avec le « corps piqué », tandis qu’au jupon cerclé espagnol se substitue un bourrelet circulaire répartissant sous la taille l’ampleur d’une jupe à fronces, entre la robe de dessus et la cotte de dessous. Ce vertugadin français ne sera jamais porté par les Espagnoles. La fin du siècle voit apparaître une troisième sorte de vertugadin français, en forme de roue ou de tambour plat, généralement recouvert d’un volant froncé.

Inspirée également par l’Espagne, la marlotte, manteau mi-long ouvert devant, à manches rembourrées à l’épaule, apparaît vers 1430. La berne semble avoir été un grand manteau rectangulaire venu d’Andalousie, et soit posé sur la tête, soit drapé à l’apostolique, c’est-à-dire passant sous un bras et se nouant sur l’épaule opposée. Le nom serait originaire d’Irlande (Hibernie) d’où était importé un drap grossier dont on faisait les manteaux militaires de même nom et même forme. Le nom de berne a aussi désigné un vêtement proche de la marlotte et de la simarre italienne, droit, ample du dos, ou des manteaux drapés, élégants, légers.

L’influence d’Henri III

Henri III (roi de 1574 à 1589) montre des goûts empreints de féminité, une recherche constante de nouveauté et un grand sens du détail ; il marque une évolution du vêtement déjà amorcée depuis Charles IX. Le relâchement des mœurs, la liberté des mignons du roi, les incertitudes d’un temps marqué par les guerres civiles et les persécutions, participent de cette modification, qui montre aussi la décadence du goût pour la sévérité et l’originalité développé à partir d’Henri II.

Entre 1470 et 95, les empreints à l’étranger sont encore nombreux, surtout chez les hommes. Henri III introduit en France de longues et étroites chausses, dites « à la polacre » ou « à la vénitienne », ou la vogue du toquet à la polonaise, à bord étroit, orné d’une ganse, de bijoux et d’une aigrette. Le pourpoint, à manches très ballonnées, est renforcé devant par un busc et présente un plastron saillant et rembourré dit panseron.

La forme des chausses évolue constamment. Les grègues « à la grecque », à bouffants tailladés, sont en grande vogue en Espagne puis en France. Comme elles sont assez larges pour cacher des armes, un édit royal restreint leur volume en 1553, mais elles restent en usage jusque sous Henri IV (roi de 1589 à 1610) et subsisteront très tard dans le costume des pages, courtes et rembourrées, sous le nom de trousses. Certains hauts de chausses, les culots, sont si courts qu’ils dépassent à peine la basque réduite du pourpoint. D’autres garnissent la cuisse jusqu’au genou et sont recouverts à la taille par un bourrelet (lodier). Les canons sont des sortes de tuyaux moulant les jambes des genoux à la base des chausses courtes. Avec la disparition de la braguette, l’ensemble marque une tendance à la féminité, accentuée par les petits manchons et boucles d’oreilles.

La cape courte s’attache sur l’épaule gauche. Les légers escarpins sont des pianelles italiennes, portées souvent sur des patins originaires de Turquie et transmis par Venise. La barbe se limite à une mouche.

La fraise

Son origine remonte au collet droit du pourpoint ou de la robe, qui laissait dépasser le ruché de la chemise ou de la guimpe. La ruche se développe lentement à partir de 1550 pour devenir la grande fraise indépendante après 1575.

On a vu dans la fraise une création de Catherine de Médicis (1519-1589), mais la mode italienne était au large décolleté lors de son mariage en 1532 et la grande fraise apparaît alors que la reine-mère porte depuis longtemps un deuil sévère. Des historiens ont noté que des voyageurs aux Indes ou à Ceylan, frappés par les cols de mousseline empesée qui y protégeaient les vêtements du contact des longs cheveux huilés, auraient ramené cette mode en Europe.

Chaque pays aura sa fraise typique. En Flandre, elle est haute et fermée ; en Angleterre et en Espagne, presque toujours ornée de dentelle et souvent plus haute derrière que devant ; en France, généralement unie, à un seul rang de tuyaux, parfois ouverte devant et plus développée en largeur qu’en hauteur, jusqu’à l’apparition, à la fin du siècle, de la fraise non empesée à plusieurs rangs, dite « à la confusion », et du collet monté bordé de dentelle.

L’évolution des coiffes et coiffures

Les deux sexes portent les cheveux en raquette ou en ratepenade, relevés autour du visage (ceux des femmes sont soutenus par des arcelets de métal), et une petite toque à aigrette. Les femmes mettent aussi un chaperon en forme de cœur dont la pointe avance sur le front. C’est l’attifet, terme qui désignait depuis la fin du XVe siècle tous les ornements de tête. Les femmes ne porteront ensuite plus de chapeau jusqu’au dernier quart du XVIIIe siècle, excepté pour des circonstances spéciales comme la chasse. Seuls subsistent chaperons, coiffes ou cornettes. Les conques sont des voiles en tissu léger, montés sur une armature métallique d’où ils se dressent derrière la tête. En France, ils sont surtout adoptés par les veuves.

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http://les8petites8mains.blogspot.com/2011/03/sous-legide-de-mars-armures.html