L’esprit religieux, le développement des relations commerciales, les grandes foires françaises, les progrès techniques (en ce qui concerne le vêtement notamment, l’invention du rouet à filet et du cardage, ou le perfectionnement des métiers à tisser…) auront une certaine influence sur l’évolution du vêtement, même si celui-ci témoigne toujours de réminiscences antiques et byzantines. Grâce aux Croisades, les modes occidentales pénètrent en Orient et l’Occident découvre de son côté les luxueuses et chatoyantes étoffes orientales.

Le costume royal

La dalmatique, fendue sur les côtés, continue à être l’élément principal de la tenue royale d’apparat. Elle a des manches larges descendant jusqu’aux coudes sous Saint-Louis (roi de 1226 à 1270), puis plus longues au début du XVe siècle. Le manteau royal (soccus), agrafé sur l’épaule droite, reste fidèle au pallium antique. Dans la vie courante, les souverains portent le même costume que les classes aisées.

Le costume civil

L’ensemble des pièces du vêtement commence à prendre la dénomination commune de robe, qui désigne donc une association de vêtements plutôt qu’une pièce unique. Une robe sera à trois, quatre, cinq ou six garnements, selon le nombre de pièces qui la composent, et qui peuvent ne pas être employées simultanément. C’est seulement au milieu du XIIe siècle qu’on trouve le terme de robe pour désigner le seul vêtement de dessus.

La chainse laisse la place à une chemise de voile fin ou de soie. Le bliaud disparaît au début du XIVe siècle pour être remplacé par la cotte, longue tunique ajustée sur le torse et s’évasant à partir de la taille. Chez les femmes, ses manches sont si étroites qu’il faut les coudre à l’emmanchure une fois la cotte enfilée, ce qui autorise fantaisies colorées et contrastes de tissus. Les jeunes filles emportent dans une aumônière de quoi recoudre si besoin leurs manches quand elles sortent jouer à « manches décousues ». Ceci explique l’habitude des chevaliers d’arborer lors des tournois une manche offerte par leur dame. Sous Charles V (roi de 1364 à 1380), ces manches vont s’évaser à partir du coude jusqu’à trainer par terre. Le corps du vêtement de dessus féminin est par contre parfois si ajusté que la ceinture n’est plus nécessaire. L’encolure s’échancre et les garnitures de broderie et de fourrure se multiplient.

Ainsi, le surcot est une tunique de dessus sans manches, dont la version féminine est très longue, traînant à terre. Au fil du temps elle va largement s’échancrer sous les bras (et sera marquée d’une bordure de fourrure au XIVe siècle), devenant ainsi le surcot ouvert, qui connaîtra une vogue durable. Les coupes de vêtements de dessus sont très variées. La sorquenie féminine est une cotte au buste très ajusté, tandis que la cotardie (ou cotte-hardie), mixte, est un surcot ajusté, sans ceinture et à jupe ample, courte ou longue. Elle apparaît à la fin du XIIIe siècle, mais sera surtout portée au XIVe siècle. La cotardie masculine est munie de fentes latérales, allant des hanches jusqu'en bas, et pouvant se boutonner. Les manches de ces vêtements peuvent être ajustées, flottantes, avec ou sans coudières pendantes, évasées …

Les vêtements intermédiaires ne changent pas par rapport à l’époque précédente et on retrouve les doublets, peliçons ou gipons). Pour les hommes, s’ajoute la cotte gamboisée, rembourrée d’étoupe, et le hoqueton, un gilet rembourré également. Tous deux se portent sous l’armure avant d’être intégrés au costume civil à la fin du XIVe siècle. Tous ces vêtements donneront plus tard naissance au pourpoint.

Les vêtements de dessus et les manteaux se divisent principalement entre les vêtements ouverts devant ou sur le côté, et ceux enfilés par la tête (housse, hérigaut, garnache).

Les chausses s’ajustent étroitement à la jambe et deviennent de plus en plus hautes, surtout pour les hommes. Les braies se portent toujours, d’abord drapées, puis prenant la forme d’un caleçon court. Elles sont tenues par une ceinture-cordelette dite braiel, à laquelle peuvent également s’attacher les chausses.

Certains corps de métiers vont dès le XIIe adopter des tenues particulières, signes d’autorité. Ces costumes longs et austères font désigner leurs porteurs (clercs…) comme « gens de robe longue ». Dès leur apparition au XIIIe siècle, les universités obtiennent de Rome le droit de fixer leur costume, profondément influencé par le costume religieux. Les étudiants revêtent une chape fermée, ample et sans manche. Les avant-bras passent par des fentes sur les côtés ou le devant. Par-dessus, le chaperon (capuchon de la chape détaché pour former une coiffure indépendante) ressemble à une pèlerine, qui sera conservée en Espagne et au Portugal, ou un capuchon, qui survivra seulement en Angleterre.

Les classes paysannes, très pauvres, restent habillées fort simplement jusqu’au temps de la libération du servage. Les hommes portent des braies, une blouse grossière, parfois une chemise, et des chausses de toile ; les femmes une chemise, ou robe ou cotte et des chausses. Le sayon (sorte de casaque ouverte) à capuchon, ou la pèlerine de bure, constituent des vêtements de dessus mixtes. Avec l’affranchissement et le développement de la circulation des produits textiles par le moyen de foires, les ouvriers et paysans voient leurs tenues s’améliorer. Au début du XIVe siècle, ils portent du linge de corps, des vêtements de laine et des chaussures.

Le costume militaire et de chevalerie

La chevalerie prend son essor à la fin du XIe siècle. Le chevalier revêt sur le bliaud la broigne carolingienne (justaucorps de toile ou de cuir, garni extérieurement d’une armature de cuivre ou corne), ou encore un haubert, cotte de mailles dérivée de l’Antiquité. La broigne sans armatures s’appelle le gambeson et se porte sous le haubert ; elle est fendue devant et derrière pour permettre la chevauchée et ses deux pans sont lacés et bouclés sous les cuisses, formant une culotte protectrice. Un baudrier est placé sur le bliaud pour recevoir l’épée.

Le haubert forme une coiffe qui protège la tête et le cou et laisse le haut du visage découvert. Une calotte de fer s’y ajoute et le heaume, grand casque de combat, est posé par-dessus. Il est muni d’un nasal puis d’une visière pour protéger le visage. Pour la bataille, le sommet du heaume est souvent orné d’un panache de plumes ou d’aigrettes, d’un emblème héraldique ou autre ornement. Le haubert se perfectionne avec les Croisades ; il s’allège grâce à l’adoption des fins tissus de maille de Damas. Il se complète de chausses et de gantelets de maille doublés de toile ou de cuir. A la fin du XIIIe siècle, des pièces rigides, dites « plates », renforcent la cotte de maille. Enfin, par-dessus le haubert, le chevalier endosse la cotte d’armes, surcot d’étoffe sans manches ou à manches courtes.

Outre l’apparition de fins tissus, les Croisades marquent l’évolution du costume de chevalerie avec l’adoption de la robe flottante des Arabes ou d'un pan de satin ou de brocart qu’on enroule autour du casque. Enfin, les Croisés prennent en Orient l’habitude de faire peindre leurs armes sur leur écu, d’abord en signe de ralliement. La mode se répand et, à partir du milieu du XIIe siècle, le costume de la noblesse comporte également des robes d’armoiries, aux couleurs du blason ou de la dame, et ornées de pièces appliquées ou brodées. De cette habitude naîtra au XIVe siècle la robe « partie », dont les deux moitiés verticales sont de couleurs différentes.

Les coiffures

Jusqu’au XIIIe siècle, il semble que les seules coiffes en usage, pour les deux sexes, soient des cercles (tressoirs ou frontaux), en orfèvrerie, galons ou fleurs, rappelant la bandelette antique qui servait à retenir les cheveux. Pendant le XIIIe siècle, sous l’influence de la religion, les femmes se couvrent les cheveux, qui sont donc peu visibles sauf au niveau du chignon. Elles les enveloppent dans des résilles, des coiffes et des voiles. La coiffure qui connaît le plus grand succès est le touret, bonnet de linge en forme de toque. Empesé, il est souvent ondulé ou plissé et s’épingle sur le couvre-chef (fichu mixte de tissu fin enveloppant la tête et formant un bandeau sous le menton). S’il est doté d’un fond, le touret s’appelle le mortier. L’association du couvre-chef et de la touaille (pièce de toile passant devant le menton et fixée au col) donne la guimpe, qui sera notamment portée par les veuves et les religieuses. Des paquets de cheveux (parfois postiches) font saillie sur les côtés de la guimpe, au niveau des tempes : ce sont les truffeaux.

Au XIVe siècle apparaît une coiffure dite « à templettes » ou « à templières », qui perdure jusqu’au milieu du XVe siècle. Elle est composée de tresses descendant de chaque côté du visage, laissées pendantes ou attachées, et cachant les oreilles. On l’accompagne souvent d’une couronne ou d’un bandeau. La coiffure en turban, qui apparaît au XVe siècle, est un large boudin d’étoffe rembourrée, qui emprisonne presque toute la chevelure.

A partir du XIIIe siècle, les hommes commencent à porter la cale, petit bonnet à bride de toile fine attaché sous le menton. On porte la cale seule ou sous un bonnet ou un chapeau, et elle s’appelle coiffe quand elle est dénuée de bride. Les hommes portent aussi la calotte, bonnet plat semi-sphérique, de formes variées ; ou encore des bonnets divers, et des barrettes (bonnets souples de formes probablement variées également, dont le nom désignera plus tard un bonnet monté sur armature rigide, qui sera la coiffure des ecclésiastiques et des docteurs au XVIe siècle). L’aumusse est une sorte de capuchon très simple, rectangle d’étoffe replié et cousu. Sa version ecclésiastique se prolonge par des bandes tombant dans le cou. L’aumusse royale est une calotte placée sous la couronne.

Les chaussures

Les souliers et bottines de l’époque précédente subsistent. Des bottes légères et souples appelées « estivaux » connaissent un grand succès. Vers le milieu du XIVe siècle, on se contente souvent cependant de chausses à semelles, qui permettent de se passer de souliers. Les chaussures fines sont protégées par des patins ou galoches.

En savoir plus

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