De novembre 1814 à juin 1815 a lieu le Congrès de Vienne. Il rassemble outre, les quatre principales puissances ayant vaincues Napoléon Ier (1769-1821) : Empire d'Autriche, Empire de Russie, Royaume de Prusse et Grande Bretagne. Il faut réorganiser l'Europe après la Révolution française et l'Empire. En fait, il s'agit de restaurer les anciens régimes et de se prémunir contre les libéraux et révolutionnaires, qui réclament des systèmes constitutionnels et veulent faire valoir des droits nationaux.

Après la tourmente révolutionnaire

L'origine du Congrès de Vienne est à rechercher dans les évènements révolutionnaires français. Dès 1789, l'Ancien régime dans le royaume de France s'effondre, sous la pression révolutionnaire. La révolution va se radicaliser, notamment après la Constitution civile du clergé, visant à une réorganisation du clergé français. Le rejet de ce texte par Rome occasionne le divorce progressif entre un clergé réfractaire, fidèle à Rome, et un clergé dit constitutionnel, se ralliant au nouvel ordre de chose. Le 20 avril 1792, la France déclare la guerre au roi de Bohème et de Hongrie. La Révolution se radicalise avec la chute de la monarchie, l'exécution de Louis XVI en 1793. La France est en guerre contre toute l'Europe d'Ancien régime. Ceci durera jusqu'au traité d'Amiens en 1802 entre l'Angleterre, l'Espagne et la République Batave (Hollande) et la France. Ensuite, il y aura les guerres de l'Empire de 1804 à 1815. Il faut souligner que les victoires de Napoléon Bonaparte avaient débouchées sur des bouleversements en Italie : constitution au nord du pays de la république Cisalpine en 1797, puis en 1805 du Royaume d'Italie. Il y a création du grand duché de Varsovie en 1807, restaurant un état polonais. Le territoire de la Belgique actuelle est annexée à la France en 1794 et jusqu'à 1815. Auparavant, il s'agissait des Pays bas autrichiens...

Restaurer les anciens régimes : un projet politique réactionnaire

Ces bouleversements, les participants au congrès de Vienne entendent les annuler. Il y a une volonté de restaurer les anciens régimes, et notamment en Italie. L'italie doit rester une expression géographique pour le ministre et chancelier autrichien Clément prince de Metternich (1773-1859). Avec l'empire de Russie et le royaume de Prusse, il fonde la Sainte-Alliance le 26 septembre 1815. Il s'agit d'un projet purement réactionnaire. Il faut, coute que coute, maintenir l'oeuvre du congrès de Vienne. Pour ceci, il est nécessaire d'éviter des nouveaux épisodes révolutionnaires.[1] La France est ramenée dans ses frontières de 1791. Louis XVIII (1755-1824),frère de Louis XVI est restauré sur le trône de France. Au nord, on crée le royaume des Pays bas, réunissant la Hollande et la Belgique. La France est mise sous surveillance et elle doit débourser 150 millions de franc par an, au titre des frais d'occupation. .[2] La France est occupée pendant cinq années qui peuvent être ramenées à trois années.

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Nier le droit des peuples

Surtout, le Congrès de Vienne et le système qu'il installe en Europe vise à baillonner les peuples. En Italie, l'Autriche occupe la Lombardie et la Vénétie, qui constituent le royaume Lombard vénitien, sous protectorat autrichien. Le Pape retrouve ses états dans le centre de la péninsule. Les Bourbons retrouvent le royaume de Naples. Le grand duché de Toscane, les duchés de Parme et Modène sont gouvernés par des princes de la maison d'Autriche. Seul, le royaume de Piémont-Sardaigne est indépendant. Partout, l'Ancien régime est restauré. La négation des droits nationaux italiens sera une constance. En 1820 et 1821, deux révolutions ont cours dans le Royaume napolitain au sud, et dans le royaume Piémontais des Savoies au nord de la péninsule. En 1820, les sujets libéraux de Ferdinand Ier des Deux Siciles (1751-1825) réclament une constitution. Le roi obtint l'appui de la Sainte-Alliance pour mater la révolte. De même, à Alexandrie au Piémont, une garnison se souleva contre l'influence autrichienne exercée sur le roi Victor Emmanuel Ier(1759-1824). Les autrichiens envahirent le Piémont au printemps 1821 pour mettre fin à cet épisode révolutionnaire. De même, on le verra avec la Grèce. Cette dernière se soulève dès 1821. Or, la Sainte-Allliance visait à la stabilité des états européens contre toute menée révolutionnaire. En l'occurrence, la révolte grecque atteignait l'intégrité de l'Empire Ottoman. La Grande Bretagne était soucieuse de préserver l'intégrité de la Sublime porte. Cette crainte explique que le soutien aux insurgés grecs fut plutôt réservé. Les grecs devront attendre l'épisode révolutionnaire de 1830 pour voir reconnaitre leurs droits nationaux.

Enfin il y a l'affaire espagnol. En 1812 une constitution est rédigée. Le roi Ferdinand VII d'Espagne (1784-1833) l'abolit. En mars 1820, une révolte contraint le souverain à rétablir la constitution de 1812. En 1823, la France de Louis XVIII intervient, et elle restaure contre les sujets du souverain espagnol, le pouvoir absolutiste . Il s'en suivra une répression sévère. Enfin, les puissance de la Sainte-Alliance furent plus que réticentes devant l'indépendance des colonies espagnols d'Amérique de 1818 à 1830.

Donc, le congrès de Vienne en 1815 aboutit à un système, visant à un ordre réactionnaire. L'objectif était de maintenir les populations européennes sous l'Ancien régime, y compris contre leurs volontés. Ce système devait se fissurer dès les révolutions de 1830, et plus encore de 1848. Ces dernières eurent pour principales conséquences à moyen terme, l'unité de l'Italie. Or, c'était précisément ce que voulait éviter la Sainte-Alliance. Comme quoi, la volonté des peuples est toujours la plus forte, surtout si elle s'affirme avec une parfaite constance.

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[1] Jacques Alain de Sedouy, Le concert européen : aux origines de l’Europe 1814-1914, Paris, Fayard, 2009, p. 151

[2] Jacques Alain de Sedouy, Le concert européen : aux origines de l’Europe 1814-1914, ... op. cit., p. 58