Le colosse de Rhodes fut la plus éphémère des sept merveilles du monde ancien. Il fut même souvent retiré des différentes listes.
Rhodes et Antigone le Borgne
En 305 avant notre ère, Rhodes, devenue une cité riche et prospère, attirait les convoitises de ses voisins. Antigone le Borgne, ancien général d’Alexandre le Grand, décida de s’emparer de l’île. Il envoya son fils, Démétrios à la tête d’une puissante armée. Démétrios exigea des otages, l’accès au port et l’intégration de la flotte rhodienne dans celle d’Antigone. Les autorités refusant d’obéir à Démétrios, celui-ci assiégea la cité. Les adversaires d’Antigone, Cassandre, Lysimaque et surtout Ptolémée vinrent en aide à Rhodes.
Le siège de Rhodes
Le siège de Rhodes dura plus d’une année. Finalement un accord survint. Rhodes livra des otages et accepta de participer aux guerres d’Antigone sauf si ce dernier s’opposait à Ptolémée. La cité conserva son indépendance. Pour les Rhodiens, il s’agissait d’une grande victoire sur le plus puissant des diadoques (nom donné dans l'Antiquité aux généraux successeurs d'Alexandre le Grande, qui se partagèrent son empire à sa mort, en 323 avant J-C). Ils envoyèrent une délégation dans l’oasis égyptienne de Siwa pour consulter l’oracle d’Amon. Celui-ci leur ordonna de vénérer Ptolémée comme un dieu. Le roi d’Egypte reçu le surnom de « Sôter » le sauveur. Un temple lui fut dédié à Rhodes. Enfin, le colosse fut construit pour célébrer la victoire. Il fut réalisé avec le matériel de guerre abandonné par Démétrios. Ptolémée finança également la statue car elle célébrait aussi sa propre gloire ! Il n’est donc pas surprenant de retrouver le colosse dans la liste des sept merveilles du monde, car elle fut établie à Alexandrie, la capitale de Ptolémée…
La construction du colosse
La construction du colosse débuta en 304 avant notre ère. Il fut achevé en 292. Il s’effondra en 228 ou 224 avant J.-C. Il demeura au sol jusqu’au VIIe siècle de notre ère. Le géographe Strabon (Ier siècle avant notre ère) fut le premier à décrire la statue, déjà brisée : « De tous ces monuments le plus remarquable est sans contradiction la statue colossale du Soleil, œuvre de Charès, de Charès de Lindos, comme nous l'apprend l'iambographe, auteur de l'inscription : «De sept fois dix coudées Charès de Lindos l'a faite». Par malheur le colosse gît maintenant étendu sur le sol ; renversé par un tremblement de terre, il s'est brisé en tombant à partir des genoux, et les Rhodiens, pour obéir à je ne sais quel oracle, ne l'ont point relevé. Outre ce monument, qui surpasse, avons-nous dit, tous les autres (on s'accorde en effet universellement à le ranger parmi les sept merveilles du monde) […]» (STRABON, Géographie, XIV, 2, 5).
L’architecte fut Charès de Lindos, un élève du sculpteur Lysippe. La statue mesurait 31 ou 34 mètres de haut (soit un immeuble de 12 étages) : 31 m si coudée attique (0,44 m) ; 34 m si coudée dorienne (0,4898 m). Elle était posée sur un socle de marbre haut de 10 à 15 mètres. Le colosse représentait le dieu Hélios, protecteur de l’île de Rhodes. Une des tours de siège de Démétrios, l’hélépole, servit probablement comme échafaudage lors de la construction du colosse. D’après le Pseudo Philon de Byzance, il fallut environ 13 tonnes de bronze et 7 tonnes de fer pour réaliser la statue (Des sept merveilles du monde, § 14.).
L'aspect du colosse
Malheureusement, il n’existe aucune description du colosse debout ! Au XVIe siècle, on l’imagina debout à l’entrée du port, avec les navires qui passaient entre ses jambes. Au XVIIe siècle on lui plaça une torche entre les mains ou dans l’une d’elle. La découverte de monnaies montra qu’il avait la tête auréolée de rayons solaires. Un bas-relief, mis au jour à Rhodes prouva qu’il était nu. Il tenait une tunique avec un bras. L’autre bras était placé près de sa tête. La peinture de Dali était donc très proche de la réalité !
La fin du colosse
En 953, les Arabes s’emparèrent de Rhodes, quelques années plus tard, en 965, ils démontèrent le colosse et vendirent ses éléments comme le rapporte la chronique du patriarche d’Antioche, Michel le Syrien : « Le colosse d’airain était admirable et passait pour une des grandes merveilles du monde : ils se disposèrent à le briser [les Arabes] et à en prendre l’airain. Il était en airain de Corinthe. Il avait l’aspect d’un homme debout. Quand ils mirent le feu dessous, on reconnut qu’il était fixé à des pierres au milieu de la terre, par de grands tenons de fer. Des hommes nombreux se suspendirent à lui avec des cordes et tout-à-coup, il se renversa et tomba à terre. Sa hauteur, dit-on, était de 107 pieds ; on y trouva 3000 charges d’airain, et cet airain fut acheté par un juif d’Emèse » (MICHEL LE SYRIEN, Chronique, ed. Chabot, t. II, p. 442-443). L’empereur byzantin, Constantin Porphyrogénète écrivit qu’il fallut 960 chameaux pour transporter les divers éléments du colosse.
Bibliographie :
HAYNES (D.E.L.), Philo of Byzantium and the Colossus of Rhodes, dans Journal of Hellenic Studies, v. 77, p. 2, 1957, p. 311-312.
MARYON (H.), The Colossus of Rhodes, dans Journal of Hellenic Studies, v. 76, 1956, p. 68-86.
SARTRE (M.), L'Anatolie hellénistique de l'Égée au Caucase (334-31 av. J.-C.), Paris, 2003 (Collection U).
VANDESSEL (P.), HAUBEN (H.), Rhodes, Alexander and the Diadochi from 333/332 to 304 B.C., dans Historia. Zeitschrift für Alte Geschichte, b. 26, n°3, 1977, p. 307-339.