En 2012, cela fera dix ans que les socialistes n'auront plus exercé le pouvoir en France. Loin d'être négatif, le bilan de son action au gouvernement pourrait inspirer les candidats à la primaire socialiste.

Les 35 heures

La promesse de campagne des élections législatives de 1997 a été tenue. En réduisant la durée légale hebdomadaire du travail, le Premier ministre, Lionel Jospin, partait du principe que le partage de celui-ci permettrait de réduire le nombre de chômeurs.

La lecture de la courbe du chômage pour les années 1997-2002 indique que cette mesure a effectivement favorisé la création d'emplois. Et même si le dispositif a induit un gel relatif des salaires, les Français sont attachés aux 35 heures qui permettent notamment aux femmes de concilier plus facilement vie familiale et vie professionnelle comme le montre une enquête de la DARES (Direction de l'animation, de la recherche, des études et des statistiques)

Les emplois jeunes

Créés par la loi n°97-940 du 16 octobre 1997, ces emplois réservés aux jeunes de moins de 26 ans s'adressaient à un public particulièrement touché par le chômage. Précaires pour certains, ces emplois ont néanmoins offert à des jeunes la possibilité d'entrer dans le monde du travail.

En 2006, une étude de la DARES consacrés aux emplois jeunes des collectivités locales, établissements publics et associations dresse un bilan plutôt favorable du dispositif. Parmi les emplois jeunes de 1999, 86% ont un emploi 18 mois plus tard (dont plus de 85% d’entre eux en CDI) et 9,9% d’entre eux étaient au chômage. Ce n'est pas étonnant que plus de dix ans plus tard, la candidate aux primaires socialistes Martine Aubry s'en inspire dans son programme.

Le PACS

Instauré par la loi n°99-944 du 15 novembre 1999, le Pacte civil de solidarité (PACS) fait également partie des mesures phares du gouvernement Jospin. Destiné à donner un statut juridique au concubinage, il s'adresse tout de même initialement aux couples homosexuels qu'il reconnaît par le droit.

Parfois montré du doigt pour les usages sociaux et fiscaux dont il peut faire l'objet, il n'est toutefois remis en cause par personne aujourd'hui et a permis de faire avancer le débat sur le mariage homosexuel, encore rejeté par l'Assemblée nationale il y a quelques semaines.

Le congé de paternité

Créé par l'article 55 de la loi n°2001-1246 du 21 décembre 2001, ce dispositif novateur en matière de politique familiale est ouvert à tout salarié. D'une durée de 11 jours, il doit débuter dans les 4 mois qui suivent la naissance de l'enfant. Il s'ajoute aux 3 jours d'absence autorisée accordés par l'employeur pour une naissance.

Nul ne le critique aujourd'hui. Bien au contraire puisqu'un récent rapport de l'IGAS propose l'instauration d'un nouveau type de congé paternité rebaptisé "congé d'accueil de l'enfant" d'une durée d'un mois destiné à mieux impliquer les pères dans la vie familiale.

L'APA (Allocation pour la perte d'autonomie)

Instituée par la loi n°2001-647 du 20 juillet 2001, cette allocation s’est substituée à la prestation spécifique dépendance (PSD). L'instauration de l'APA visait à renforcer la prise en charge des personnes âgées en perte d’autonomie, en leur permettant de bénéficier des aides nécessaires à l’accomplissement des actes de la vie quotidienne.

Loin d'être remise en cause aujourd'hui malgré les difficultés que pose sa gestion pour les départements, l'APA a mis en évidence la nécessité de considérer le problème de la dépendance des personnes âgées qui fait partie des enjeux de société majeurs et fait l'objet d'un débat national cette année.

La CMU (Couverture maladie universelle)

L'instauration de la CMU par la loi n°99-641 du 27 juillet 1999 visait à garantir un accès à l’assurance maladie de base pour tous alors qu'on estimait à 150 000 le nombre de personnes qui ne disposaient d’aucune couverture maladie du fait de situations atypiques (soutiens de famille, rentiers…). Son second volet, la CMU complémentaire (CMU-C), visait à donner l’accès aux soins aux plus modestes grâce à une complémentaire santé gratuite. Elle couvre actuellement 4,2 millions de personnes.

Considérée comme une avancée majeure dans l’histoire de notre protection sociale, ce dispositif très volontariste tranche avec la politique de déremboursement à petites touches des soins et des médicaments conduite par les gouvernements suivants.

A destination des chômeurs, des jeunes, des homosexuels, de la famille, des personnes âgées ou des exclus, les grands chantiers engagés par Premier ministre ont encore un écho dix ans après. Ses choix politiques témoignent de la compréhension qu'il avait d'une société en évolution.