
- Le Président - google images
Le 10 mai 1981, lors du 2e tour des présidentielles, François Mitterrand a battu celui qui lui avait fait mordre la poussière sept ans plus tôt, Valéry Giscard d'Estaing, en recueillant 51,7% des suffrages exprimés. Ce soir-là, le "peuple de gauche" laisse éclater sa joie à la Bastille et dans toutes les villes de France...
La droite et VGE
La victoire de la gauche a plusieurs causes principales, mille fois décrites dans mille ouvrages...
Il y a, chez l'électeur, la lassitude de voir toujours le même camp au pouvoir depuis 1958 (les gaullistes et les giscardiens, sous les septennats du général de Gaulle, de Georges Pompidou et de VGE).
Il y a aussi le Président sortant, englué dans une affaire de diamants mal gérée ; un Président qui déplaît aux électeurs droitiers (loi sur l'avortement, majorité à 18 ans...) sans pour autant convaincre les électeurs de gauche de sa bonne foi réformatrice...
La trahison du RPR
Il y aussi -mais on n'en parle guère à l'époque- le lâchage de nombre d'élus et de militants du RPR qui n'ont soutenu Giscard que du bout des lèvres et ont parfois (VGE en parle dans le dernier tome de ses mémoires) encouragé les indécis qui téléphonaient au siège du RPR à voter Mitterrand...
Cette trahison du RPR, Giscard ne la pardonnera jamais et entamera dès lors une lutte sourde de tous les instants contre son ancien Premier ministre, Jacques Chirac. Une lutte qui... se poursuit 28 ans après sous les lambris du conseil constitutionnel où les deux anciens alliés siègent de droit...
Le talent de Mitterrand
Il y a enfin l'immense talent politicien de François Mitterrand, qui a su apparaître comme le grand pourfendeur du capital, de l'argent facile et corrupteur, comme un homme intègre et généreux. Bref, comme celui qui, quoi qu'en ait dit Giscard en 1974, a bel et bien le "monopole du coeur"...
Peu doué pour les prestations télévisuelles, ce littéraire est en revanche un tribun à l'efficacité redoutable sachant citer Jaurès, Blum et Zola, trois références qui font toujours tilt auprès du "peuple de gauche"...
Agé de 67 ans, il triomphe après deux essais infructueux (1965 et 1974) et démontre ainsi que devenir président de la République n'est pas une lubie mais le choix de toute une carrière...
Les premiers gestes
Le 21 mai, le premier Président de gauche de la Ve République commence son septennat par un geste symbolique au Panthéon où il va se recueillir - et déposer une rose rouge - sur les tombes de Jean Jaurès, Jean Moulin et Victor Schoelcher.
Le même jour, il a choisi le maire de Lille comme Premier ministre, Pierre Mauroy.
La "vague rose"
Dissoute le 22 mai, l'Assemblée nationale voit arriver les 14 et 21 juin, une "vague rose" de 285 députés parmi lesquels figurent de nombreux enseignants qui -pour la plus grande joie des chansonniers et des polémistes comme Jean Cau- portent la fameuse "barbe taillée"...
Pierre Mauroy forme alors son 2e gouvernement dont la particularité principale est de compter quatre ministres communistes. Cette arrivée suscite une véritable panique chez nombre de "possédants" qui, parfois, expédient leur fortune en Suisse ou outre Atlantique...
Des mesures sociales
Dès la mi-juin, Mitterrand adopte une série d'augmentations qui ne manquent pas de réjouir leurs bénéficiaires : Smic (10%), minimum vieillesse (20%), allocations familiales (25%), allocations logement (25%), allocations handicapés (10%)...
D'autres mesures suivront avant la fin de l'année : suppression de la cour de sûreté de l'Etat, nationalisation de 36 banques et de 5 groupes industriels, régularisation de 150 000 immigrés clandestins, lois de décentralisation...
Abolition de la peine de mort
Les deux plus célèbres mesures prises en 1981 seront la Fête de la Musique (fixée au 21 juin) et l'abolition de la peine de mort (approuvée par le Parlement le 30 septembre) ; elles feront de leur ministre concerné, Jack Lang et Robert Badinter, des icônes de la gauche française...
Bref, tout semble baigner jusqu'au 29 novembre, jour où le ministre de l'Economie, Jacques Delors, demande une pause dans les réformes...
Mais le père de Martine Aubry ne sera pas entendu, enfin, pas immédiatement : le 30 décembre, une loi crée un impôt qui fera régulièrement parler de lui bien que fort peu de François soient concernés, l'ISF...
Autres articles en lien : Les petites phrases des politiciens de gauche ; Les petites phrases des politiciens de droite ; Philippe Muray et le retour du mot citoyen
