Décidément, la justice donne l'impression de "marcher sur la tête". Seize ans après la première plainte des victimes de l'amiante, la justice française orchestre un premier procès sur l'amiante, en faisant comparaître l'avocat des victimes, et non les responsables indistriels de milliers et de milliers de morts ! Si, Si... Jean-Paul Teissonnière, l’un des avocats historiques des victimes de l’amiante dans la République Française est convoqué ce jeudi 6 septembre 2012 au matin par un juge d’instruction au Palais de justice de Paris pour y être mis en examen... dans le dossier de l'amiante.

L’avocat est attaqué en diffamation par l’un des principaux groupes industriels à l’origine de la commercialisation de l’amiante après-guerre, Eternit, qu’il a accusé d’avoir empoisonné des milliers de victimes. Le comble, c'est que les dirigeants de ce groupe n'ont jamais été jugés, car ils ont réussi à faire traîner les procédures depuis 16 ans.

Jean-Paul Teissonnière, c'est l'avocat du "pot de terre contre le pot de fer"

Avocat du "pot de terre contre le pot de fer", Maître Jean-Paul Teissonnière défend beaucoup de victimes entre autres les victimes de l'amiante ou encore l'Association des Vétérans des Essais Nucléaires (AVEN) ainsi que Mururoa et Tatou.

Toujours très médiatique, spécialiste de la "défense de rupture", Jean-Paul Teissonnière expliquait en novembre 2011 sur la chaîne de télévision Arte : "Entre 1995 et 2025, on comptera plus de cent mille morts suite à l'amiante. Avant 1995, on ne saura jamais.... Dans notre pays, de nombreux établissements Eternit fabriquaient du fibrociment à base d’amiante. Leurs conditions de travail étaient aussi effrayantes que celles des établissements italiens qui sont l’objet du procès....".

Où en sont les procédures pénales françaises ?

Questionné sur les procédures pénales engagées pour défendre les victimes de l'amiante, Maître Teissonnière avait créé la surprise en révélant : "Aucune procédure n’a été engagée par les procureurs de la République, alors que les situations d’exposition à l’amiante et les manquements aux règles de sécurité sont tout à fait semblables à ce qui s’est produit en Italie.

"Concernant l’enquête pénale et la recherche des responsabilités, nous sommes dans une situation d’omerta...". En Italie, les dirigeants d’entreprises qui ont produit et commercialisé l’amiante ont été condamné en 2012 année à de lourdes peines de prison ferme.

Grâce à l'avocat Teissonnière, victimes et familles se sont mobilisées

L’Association nationale de défense des victimes de l’amiante, l’Andeva, qui compte 25 000 adhérents, a mené un travail remarquable. Maître Jean-Paul Teissonnière expliquait alors sur Arte : "pour les victimes «environnementales » de l’amiante, qui ne pouvaient pas être indemnisées dans le cadre des procédures concernant les victimes « professionnelles », un fonds d’indemnisation a été mis en place.

Leur action a entraîné une amélioration considérable du sort réservé à toutes les victimes d’accident du travail et de maladies professionnelles, quelle qu’en soit l’origine....".

A la question "quelles conséquences pourrait avoir le procès de Turin en France ?", l'avocat avait répondu : "si une condamnation est prononcée à hauteur des peines requises, quinze et dix huit ans d’emprisonnement, cela constituerait une interpellation pour l’institution judiciaire française, dans la mesure où un traitement aussi inégal de situations semblables serait absolument incompréhensible. Quel que soit son résultat, le procès de Turin peut, selon moi, poser les prémisses d’un tribunal pénal international sur les crimes sociaux et environnementaux.

"Il est rendu indispensable du fait des délocalisations dans des pays comme la Chine ou l’Inde, où se pose le problème des contrôles et de la régulation....".

Jean-Paul Teissonnière : "Je suis prêt à tout assumer"

Contacté par téléphone à son cabinet, Jean-Paul Teissonnière est plus combatif que jamais. Il martèle :"je ne retranche rien de ce que j’ai dit et je suis prêt à tout assumer. Il est quand même incroyable que le premier procès qui aura lieu en France sur l’amiante soit celui de l’avocat des victimes ! Depuis le dépôt des premières plaintes en 1996 et l’ouverture d’enquête, 16 ans ont passé et les responsables de cette catastrophe sanitaire ne sont toujours pas jugés !"

Les experts européens estiment que l’amiante pourrait faire 100 000 victimes d’ici 2025 uniquement en France. En Italie, les dirigeants d’entreprises qui ont produit et commercialisé l’amiante ont été condamné cette année à de lourdes peines de prison ferme.