On peut être une grande artiste sans obligatoirement passer à la radio. On peut être talentueuse et être totalement ignorée de l'homme de la rue. La preuve ? Avez-vous jamais entendu prononcer les noms de Laura Nyro et Evie Sands, deux brillantes Américaines ?

Laura Nigro dite Laura Nyro (1947-1997)

Elle n’a jamais eu, en Europe, les faveurs du grand public ; pourtant tous les amateurs de rock-pop US connaissent ses compositions reprises par autrui: « Weding Bell blues » et « Stoned soul picnic » par 5th Dimension … « Eli’s comin’ » par Three Dog Night… « And when I die » par Blood, Sweat and Tears. C’est d’ailleurs cette dernière chanson qui lui ouvrit les portes du show business: après qu’elle l’ait vendue pour 5 00 dollars au trio folk Peter, Paul and Mary, Laura se vit proposer un contrat d’artiste par le label Verve Folkways. Elle publie son premier album, « More than a new discovery ».

A 18 ans, Laura est (un peu) riche et (un peu) connue

En 1967, alors qu’il ne s’agissait que de sa deuxième apparition en public, elle recueille un sérieux succès au festival de Monterey. Elle est alors approchée par David Geffen qui lui propose ses services en tant que manager. C’est lui qui déconseillera à Laura d’accepter une alléchante proposition : après le départ d’Al Kooper, le groupe Blood, Sweat and Tears lui propose de devenir leader et chanteuse de la formation. Mais c’est également Geffen qui permet à Laura d’acquérir une dimension internationale en passant sur le label Columbia. Dans la foulée, son deuxième abum, « Eli and the 13th confession » (1968) se vend cent fois mieux que le premier. Mais la célébrité la rebute ; en 1971, à 24 ans seulement, elle annonce qu’elle se retire du monde de la chanson après avoir publié « Gonna take a miracle », un album en duo avec Patti Labelle.

Il s’agissait heureusement d’un faux départ

Cinq ans plus tard, suite au naufrage de son mariage, elle retourne en studio. Elle ne retournera sur scène que tardivement, en 1988 mettant un terme à dix années sans apparition publique. Et le 4 juillet 1991 elle faisait la première partie de Bob Dylan à Lenox, dans le Massachussetts.

Vie privée

Elle s’installe en couple avec l’artiste peintre Maria Desiderio, avec qui elle restera jusqu’à sa mort en 1997 d’un cancer des ovaires, victime du même mal que sa mère, disparue au même âge (Maria ne lui survivra que deux années).

Evie Sands... lorsque la déveine s'acharne....

Oui, lorsque la déveine s'acharne.... Aujourd'hui artiste culte (mais ne dirait-on pas plutôt artiste maudite?), la New-Yorkaise Evie Sands n'a jamais connu la renommée qu'elle méritait. Après deux obscurs 45 tours (été 1963 et printemps 1964), elle enregistre "Take Me For A Little While" qui aurait dû lui apporter fame and fortune. Hélas, son enregistrement avait circulé avant que le disque sorte et un producteur peu scrupuleux, non seulement le fit copier conforme par la chanteuse noire de r’n’b Jackie Ross, mais encore parvint-il à le placer chez les disquaires avant celui d’Evie. Malgré une action en justice, la version d’Evie ne grimpa qu'à la 114ème place du Billboard. Son single suivant, " I Can't Let Go", fut un succès pour le groupe anglais Hollies... mais pas pour elle. En 1967 elle enregistra dans l'indifférence totale le superbe "Angel Of The Morning" dont on connaît en revanche (entre autres) les reprises par P.P. Arnold, Bille Davis et Merilee Rush. Elle publia également le superbe « Anyway that you want me » mais ce sont les Troggs qui l’inscrivirent au hit-parade fin 1967. L’album qu’Evie devait publier en 1971 ne vit jamais le jour et l’on resta sans nouvelle d’elle jusqu’en 1975. Depuis, elle continue de se produire sur scène mais ne se trouve jamais sous les feux des projecteurs. Discrète,elle compose des chansons dont le show business reconnaît la qualité car elles sont interprétées par des artistes aussi prestigieux que Dionne Warwick, Dobie Gray, Dusty Springfield, Frankie Valli, Gladys Knight, Arthur Prysock, The Manhattans, Cher, Greg Allman, Jose Feliciano et Barbra Streisand.