Daniel Buren, exposé à Monumenta 2012, où les verrières du Grand Palais offrent aux artistes contemporains leurs lumières et leurs reflets pour créer in situ, demande : « que l’on fasse bien attention au contexte. A tous les contextes. A ce qu’ils permettent, ce qu’ils refusent, ce qu’ils cachent, ce qu’ils mettent en valeur ».

Cet avertissement ouvre les portes de ce que Paul Ardenne nomme Un Art contextuel : création artistique en milieu urbain, en situation, d'intervention, de participation.

La redynamisation des villes

L’art contemporain prend la mesure de tous les espaces qui lui sont offerts ; ceux des villes engagent à préciser la place de l’individu et des habitants dans un équilibre entre une vision globale collective et une vision intime de proximité. Il accompagne par ses créations des projets urbains ou des manifestations culturelles de grande envergure : par exemple, cet automne, la Biennale d’art contemporain de Rennes - Les Prairies-, Le Printemps de septembre à Toulouse ou Fantastic de Lille (Lille 3000).

A Bordeaux, la biennale Evento a permis de dynamiser la ville et ses quais, inscrits en 2003 au patrimoine mondial de l’Unesco. Pour la première édition, la passerelle éphémère en bois créée par Tadashi Kawamata reliant la place des Quinconces à la Garonne par-dessus les quais, a séduit les Bordelais. En 2011, la vidéo tournée par Anri Sala autour de l’ancienne salle de concerts du quartier du Grand Parc a ranimé l’intérêt des habitants pour ce lieu désaffecté depuis vingt ans.

« L’aide et la complicité de la population » permet à Joël Hubaut de réunir des véhicules, des objets, des signalétiques rouges apportés par les habitants pour La Place rouge à Deauville (1996) où il souhaite : «Bienvenue aux pompiers, à la Croix-Rouge, aux pères Noël rouges, aux Brigades rouges, à l’Armée rouge, aux rouges gorges, aux fourmis rouges, aux haricots rouges… ». L'annonce est passée par voie de presse: celle d'un rendez- vous ludique et participatif, qui sous forme de calembour visuel travaille dans le champ de codes sociaux.

Un art d’intervention et de participation

L’art traditionnel nous avait habitués à apparaître sous la forme de tableaux, sculptures, voire d’objets ordinaires dans la lignée du ready-made. Aux périmètres sacrés d’exposition trop refermés et confidentiels, galeries, musées… vont se substituer la rue, l’espace public, le territoire urbain…où l’événementiel, l’occasionnel, la réalité brute détermineront cet art d’intervention interactif, critique, perturbateur et souvent engagé. L’artiste veut explorer, esthétiser, politiser, habiter, s’approprier la réalité collective, s’y confronter. Il est : « vigilant…il surveille les faits et écoute les bruits » selon John Latham, artiste britannique.

Pour Elisabeth Wela, il s’agit d’évoquer d’autres lieux et d’autres sonorités et de rappeler à la mémoire celles qui accompagnent les promenades dans la nature en invitant le public à sortir du cadre, celui de la ville tout autant que celui du tableau. Sa monumentale installation haute de trois mètres cinquante, au Centre de Science Copernic à Varsovie, (parc de la découverte, 2011) Les Chuchoteurs, est composée de 16 colonnes en Inox équipées de capteurs et d’enceintes ; l’installation repèrera grâce à un détecteur de présence volumétrique et thermique les visiteurs et diffusera des sons par seize lecteurs MP3.

Comme les happenings, le contenu de l’art contextuel est social, politique, économique : il se fait dans une sorte de négation de l’idéal et se concrétise dans la sollicitation et l’action en privilégiant le « s’occuper de faire et non d’abord à avoir fait…et non dans la contemplation, non dans l’éternité possible de son exposition, mais bien dans le moment de l’élaboration » selon Stephen Wright, critique et théoricien d’art contemporain.

Le manifeste de certains mouvements artistiques contemporains

Celui de Paris Label est exemplaire : « il a pour objet de questionner les territoires urbains, de poser un autre regard sur la ville par l’intervention d’actes artistiques, d’évènements singuliers et inattendus dans l’espace public : installations, performances, spectacles (de l’art plastique à l’art vivant)… Paris Label se propose d’accueillir et fédérer des publics, des artistes, des collectifs, des imaginaires… de s’engager culturellement et solidairement sur la toile urbaine des quartiers en privilégiant l’écoconception, l’utopie, l’exigence et la pluralité esthétique, en plein-air, hors les murs et hors guichets..... Pour que l’art se mêle de ce qui le regarde aussi : la ville, son architecture, son mobilier, ses circulations, ses citadins, ses espaces verts, vagues, en friche, son avenir... »

Une déclaration d’activisme militant qui, en plus de rapprocher l’art de la vie réelle, le définit comme un rejet de l’art classique pour développer le « potentiel critique et esthétique de pratiques artistiques plus portées à la présentation qu’à la représentation…Le spectateur n’a plus besoin d’aller dans le musée ou la galerie il est en lien direct avec l’œuvre en extérieur. » L’art contextuel donne une nouvelle dimension, celle du contact, du sensible : le toucher, le goût, l’odorat et l’ouïe. L’œuvre devient participative et permet une pluralité de l‘expérience.

L’artiste doit s’engager, s’impliquer, faire acte de présence donner une part de lui-même. Il propose aux citadins ou regardeurs des pistes de réflexions, de réactions. Il alerte, fait prendre conscience. Il va pouvoir introduire divers éléments voyants, perturbateurs, incitateurs et autres, tel que marcher dans la ville à la rencontre des œuvres qui introduit une esthétique nouvelle, née d’une théorie relationnelle où les œuvres des artistes produisent, suscitent et défendent des relations interhumaines et questionnent l’ensemble des rapports humains.

Pour en savoir plus lire Paul Ardenne Un art contextuel : création artistique en milieu urbain, en situation, d'intervention, de participation .

Biennale d'art contemporain, à Rennes, jusqu'au 9 décembre, du mardi au dimanche, de 12 h à 19 h. Site Internet : lesateliersderennes.fr.

http://www.lemonde.fr/culture/portfolio/2012/09/19/la-biennale-de-belleville-un-parcours-initiatique-a-l-art-contemporain_1761992_3246.html

http://archeologue.over-blog.com/article-c215-pochoirs-sur-les-armoires-electriques-le-long-de-la-seine-109414363.html

(1) Du 28 septembre au 21 octobre. Rens. : printempsdeseptembre.com

(2) Du 6 octobre au 13 janvier 2013. Rens. : www.lille3000.eu

Jusqu’au 9 décembre. Rens. : 02.23.45.43.93 ouwww.lesateliersderennes.fr