Un demi-dieu. C’est le statut acquis par le pianiste chinois Lang Lang dans son propre pays. « Superstar » du piano, il évolue dans un style qui lui est propre et qui ne plaît pas à tout le monde. Retour sur le parcours d’un pianiste hors norme, à tous les sens du terme.

Talentueux et précoce

On le remarque de loin. Avec sa coupe de cheveux un peu Rock’n Roll, Lang Lang détonne dans le monde parfois un peu feutré du piano et de la musique classique. Il est pourtant devenu incontournable dans le milieu.

Né en Chine le 14 juin 1982, il rentre au conservatoire de Shenyang à l’âge de trois ans. Il est très rapidement considéré comme un prodige, et remporte le premier prix du concours de Shenyang à cinq ans.

A neuf ans, il rentre au conservatoire de Pékin suivre les cours de Zhao Pinguo, et ses parents le suivent dans la capitale. Puis ce sera une succession de prix remportés, avant de vivre un évènement, en 1999, qui marquera un tournant décisif dans sa carrière. En effet, il remplace au pied levé André Watts, souffrant, au gala du siècle du Festival de Ravinia. Il y interprète alors le premier concerto pour piano de Tchaïkovski avec le "Chicago Symphony Orchestra". Les critiques et le public qualifient alors sa prestation d’ « éblouissante », selon la Scena Musicale, qui lui consacrait un portait en 2004.

Strass et paillettes

L’ascension fulgurante de Lang Lang attire forcément les convoitises. Et le pianiste l’assume complètement. Celui qui peut venir à un concert entièrement habillé par ses sponsors et le cheveu « en pétard » le déclarait d’ailleurs sans honte au Figaro en 2008 : « Bien sûr, je veux gagner de l'argent et les sponsors me rapportent plus que mes concerts et mes CD. Je ne vois pas pourquoi les “cool guys” comme les rock stars, les acteurs et les sportifs se réserveraient les contrats publicitaires… »

En 2010, il fait également « la Une » pour son transfert d’un montant de trois millions de dollars d’Universal vers Sony. La Société japonaise souhaitait à tout prix récupérer celui que le Time désignait en 2009 comme "une des 100 personnes les plus influentes du monde". Quand au New York Times, il l’a qualifié d’artiste « le plus chaud de toute la planète classique ». Serait-ce parce que Lang Lang est capable de jouer sur un piano rouge habillé d’un frac blanc ?

La reconnaissance

Si Lang Lang étonne parfois par son allure, il dérange également par sa façon de jouer. On lui reproche d’en faire trop et de surjouer physiquement ses émotions. Lui s’en défend, comme il le déclarait toujours dans Le Figaro en 2008 « …je ressens vraiment la musique comme quelque chose de très physique et je ne peux m'empêcher de l'accompagner de mimiques… ». Ses interprétations de Liszt, Chopin ou Beethoven n’appartiennent en effet qu’à lui.

Mais son excentricité ne l’empêche pas d’être largement reconnu. Le 08 août 2008, il fait l’ouverture des Jeux olympiques de Pékin, toujours loyal envers son pays bien qu’habitant à New York. Et en 2010, c’est lui qui est choisi pour le lancement de l’année Chopin, à Varsovie.

Il est aussi reconnu par ses pairs. Ainsi, Daniel Barenboim, célèbre pianiste et chef d’orchestre, le considère comme un des meilleurs de sa génération et dit de lui qu’ «il joue comme un chat qui aurait douze doigts ». Quant à la critique, elle évolue parfois dans son regard sur le pianiste. C’est le cas d’Olivier Bellamy, journaliste à Radio Classique, qui déclarait ceci sur son Blog en 2010 au sujet de Lang Lang : « Quatre ans ont passé depuis ma première interview de Lang Lang et j’ai l’impression que ce garçon a considérablement évolué. Il est intéressant, intelligent, à l’aise dans ses baskets. A la fin de l’émission, nous nous sommes spontanément embrassés. Chose inconcevable la première fois”.

Lang Lang serait donc en progrès. Cela était-il encore possible ?

Le mieux pour se faire un avis est sans doute de l’écouter. Et de le voir. Car toute l’originalité de Lang Lang est sans doute d’arriver à jouer du piano dans un style…assez peu classique.

Pour aller plus loin : www.langlang.com