"Le travail, c'est la santé"? "Écoute, le travail a pris toute mon existence. Peu à peu, il m'a volé ma mère, ma femme, tout ce que j'aime. C'est le germe apporté dans le crâne, qui mange la cervelle, qui envahit le tronc, qui ronge le corps entier". Emile Zola, repris par le site du magazine Pour La Science, illustre de fort belle manière le pourtant triste sort de ceux que la société moderne appelle, plus d'un siècle plus tard, "workaholics" ou ergomanes en bon français...

Caractéristiques du workaholic

L'émission Champ Libre consacrée aux "fous du travail", diffusée le 5 mars dernier sur l'antenne de France Culture explique que le terme de "workaholism" est né en 1971 de la bouche de Waynes Oates, chercheur américain, pour désigner ces travailleurs forcenés que rien ne peut détourner de leur(s) tâche(s). Téléphone professionnel toujours à disposition, incapacité ou culpabilité à prendre des vacances, dossiers rapportés à la maison… Le boulot constitue le centre de l'univers de l'ergomane.

Le site Pour la Science décrit les deux caractéristiques de l'addiction au travail: "l'implication extrême en terme de temps" et une "logique compulsive dans laquelle le sujet relie très fortement son estime de soi à ses réalisations professionnelles". Soit un besoin irrépressible de se réaliser à la seule lumière de son travail. Au risque de mettre sa santé en péril.

Un manque de sommeil patent, de trop nombreux repas manqués ou encore l'absence d'exercice physique fragilisent l'ergomane – à différencier du grand travailleur qui arrive à "déconnecter" –, en état permanent de stress. Le site du magazine canadien Madame liste les signes physiques qui en découlent: troubles du sommeil et digestifs, maux de tête, douleurs musculaires. Des symptômes couplés à une profonde détresse psychologique.

Les conséquences psychiques et sociales du workaholism: la nécessité de décrocher

L'addiction au travail se concrétise par un éventail d'effets psychologiques, depuis la tristesse jusque la colère, en passant par l'hypersensibilité, la dépression ou l'irritabilité; traduits par un manque d'appétit et des conduites addictives – tabac ou alcool. Sans oublier l'isolement, accru par l'incompréhension de l'entourage, délaissé pour le travail, ennemi invisible et omniprésent.

L'abandon du conjoint pour le boulot crée des tensions au sein du couple, dont la durée de vie serait réduite, toujours selon le magazine Madame, en cas d'addiction au travail de l'un des deux partenaires. Les enfants, marqués par la pression permanente, risquent de développer un perfectionnisme motivé par le besoin de tout contrôler. Quelques astuces permettent cependant de s'épargner les multiples conséquences, physiques et psychiques, de la dépendance au travail, livrées par le psychiatre Patrick Lemoine sur le site Lyonmag.com.

Outre la nécessité de couper avec le travail – éteindre son téléphone pro ou se refuser à ramener du travail à domicile –, le médecin lyonnais conseille de prendre quelques jours de congé si le travail envahit un peu trop la sphère privée. La pratique d'un sport est fortement recommandée pour se délester du stress. Enfin, la prise de tranquillisants peut s’avérer efficace, en dernier recours et quelques jours seulement, pour que l'addiction au travail ne devienne pas assuétude médicamenteuse.

Le workaholism, mal de nos sociétés modernes?

Si ces quelques conseils permettent de réduire le risque de surmenage, ils ne soignent pas les causes profondes du mal-être, ainsi que l'explique le docteur Lemoine. S'il n'est pas transitoire, il est utile de s'interroger sur les raisons de ce besoin compulsif de travailler – harcèlement moral, poste inadapté au regard des compétences, manque de confiance en soi… – et prendre en compte les conditions sociales qui peuvent favoriser une telle dépendance.

Le magazine Pour la Science évoque pêle-mêle la peur de perdre son emploi, le besoin de combler un manque affectif ou encore la course à la réussite durcie par la compétition accrue sur le marché du travail. Marie-France Hirigoyen, psychiatre, explique sur le site de Lentreprise.com que l'insécurité induite par une telle émulation mène à une "attitude individualiste". En parallèle de la valorisation à outrance de la performance est constatée une augmentation des "pathologies narcissiques", à l'instar du workaholism.

La société japonaise fait aujourd'hui les frais de l'omniprésence du travail dans la vie de ses citoyens. Un terme – karoshi – désigne spécifiquement la mort par excès de travail. Dès 2006, le journal Les Echos rapportait le chiffres de 157 personnes décédées sur leur lieu de travail, sur 300 victimes d'un accident cardiaque. Ce qui risque de devenir un problème de santé publique intéresse déjà de nombreuses entreprises, spécialisées dans la santé et le bien-être au travail. Des métiers d'avenir…