
- Canope et sérapeum de la villa d'Hadrien - Carine Mahy
A peine à trente kilomètres de la capitale romaine, s’étend la villa Hadriana, résidence de l’empereur Hadrien. Celle-ci s’élevait sur l’emplacement jadis occupé par une villa du Ier siècle avant notre ère et ayant appartenu à la famille de l’épouse d’Hadrien, l’impératrice Sabine.
Elle est le reflet de l'artchitecture des provinces de l’Empire romain, en particulier de la Grèce et de l’Egypte, qu’affectionnaient Hadrien.
Un projet ambitieux
Au total, la villa était composée d’une trentaine d’édifices, rassemblés en différents groupes. Un réseau de chemins souterrains, avec écuries, permettait de circuler entre les différentes zones de la villa et reliait celle-ci à la via Tiburina. Ce réseau atteste de l’unité du projet lors de sa conception.
La villa a, en fait, été construite en deux phases: la première entre 118 et 125 et la seconde entre 125 et 133.
L’eau, dans des bassins ou nymphées (fontaines) et les jardins étaient présents dans l’ensemble du site, comme les portiques, élément classique de l’architecture romaine.
Le décor des différentes pièces était aussi riche que varié: mosaïques, frises, bas-reliefs en marbre.
Le théâtre maritime
Ce bâtiment a un diamètre de quarante-quatre mètres. Après un vestibule, qui marque l’entrée, un portique circulaire large de quatre mètres, comptant quarante colonnes, entoure un canal, lui aussi large de quatre mètres. Au centre du canal, une petite île peut être rejointe par des ponts. Sur l’îlot, s’élevait un petit édifice.
La fonction de ce «théâtre maritime» n’est pas connue. Le canal a été interprété comme l’océan qui entourait le monde, représenté par la petite île. Certains y ont vu aussi un cabinet de travail très protégé, évitant ainsi qu’une discussion qui ait pu s’y tenir soit entendue à l’extérieur. D’autre y ont vu un simple lieu de repos. Aucune hypothèse n’a, à ce jour, pu être confirmée ou infirmée.
Le Poecile
Le nom de ce bâtiment renvoyait à une stoa d’Athènes, la stoa Poekilè, qui consistait en un portique où étaient exposées des peintures à l’époque de la Grèce classique.
Le Pescheria
Le pescheria était un grand bassin entouré d’un portique à colonnes de style corinthien. Il était accompagné d’une construction à trois exèdres, qui a été interprétée comme une salle de banquet pour les réceptions officielles.
Les petits thermes et les grands thermes
Les Petits Thermes étaient vraisemblablement réservés à l’empereur et ses proches. Ils étaient très richement décorés.
Les Grands Thermes étaient, quant à eux, destinés au personnel de la villa.
Le Canope et Serapeum
Le Canope comprend un bassin de 119 x 18 mètres, qui s’inspire du canal égyptien reliant Alexandrie à la ville de Canope. Autour de la pièce d’eau, une colonnade était décorée de statues: cariatides, dieu Nil, crocodile, Arès-Mars, Athéna, Hermès, etc.
A l’une des extrémités du bassin, se trouvait un nymphée (fontaine monumentale). Celui-ci renvoyait à une cérémonie du culte de Sérapis.
L’Académie
L’Académie se composait d’un temple d’Apollon, avec un péristyle et d’une pièce d’eau. Elle est mal conservée.
Son nom renvoie aussi à la Grèce classique. C'était un sanctuaire entouré d'un bois sacré d'oliviers, qui se trouvait à Athènes. Il était consacré au héros Académos. C'était aussi le lieu où Platon avait installé son école de philosophie.
Autres édifices de la villa
Un stade, une palestre, un odéon, un théâtre grec, un temple de Vénus, un temple de Jupiter, des logements pour les hôtes, le palais impérial et une «vallée des Enfers», composaient aussi le complexe impérial de la villa Hadriana. Peut-être que le tombeau d’Antinoüs s’y trouvait aussi.
La villa était un ensemble autosuffisant, qui se trouvait à une journée de Rome et où vivaient plusieurs milliers de personnes, au service de l’empereur. Elle pourrait être comparée à Versailles.
C’était aussi un lieu où la passion de l’empereur pour l’architecture a pu se déployer totalement. Quant à son luxe, il devait impressionner les invités de l’empereur et les rendre respectueux de la puissance de Rome.
Après avoir été pillé par les Barbares durant l’Antiquité tardive, puis avoir servi de carrière au Moyen Age, la villa commença à intéresser les antiquaires, les architectes et les humanistes à la Renaissance. La plupart de ses statues et œuvres d’art ont rejoint les collections des papes et des cardinaux, avant d’envahir les musées du monde entier.
