Des débuts arbitraires

Le terme « taille » tire son origine du mot latin médiéval "tolta" issu du verbe "tollere" (prendre ou enlever).

On en déduit aisément son acception générale qui consistera à l'époque médiévale en un prélèvement d'argent effectué d'autorité par le pouvoir en place.

Une autre hypothèse, sans validité aucune, attribuerait l'origine du mot à l'entaille que les percepteurs faisaient sur deux morceaux de bois dont l'un des deux exemplaires était conservé par le contribuable comme preuve d'acquittement. Cette version accréditerait alors la version selon laquelle la taille viendrait du latin médiéval "tallia" et du verbe "taleare" (tailler, couper du bois).

A son origine, cet impôt constitue une pure extorsion de fonds seigneuriale exigée sur la base du "droit de ban" (du latin "bannus, bannum") qui permet aux puissants d'exiger, de soumettre et de châtier. Cette contribution apparaît vers la fin du XIème siècle de façon sporadique selon le bon vouloir des seigneurs et sans aucune règle établie.

Quand l' embourgeoisement citadin créé la règle

Au milieu du XIIème siècle, alors que de nombreuses villes s'affranchissent de la tutelle de leur seigneur en formant les premières communes et en obtenant des droits consignés dans des « chartes d'émancipation », des règles visant à établir une périodicité et un taux fixe de l'impôt voient ainsi le jour.

La levée de la taille devient par exemple annuelle ce qui permet de mettre en place un prévisionnel des biens saisis et exploitables. Cette nouvelle organisation constitue une avancée majeure, gage d'évolution structurelle au sein des communautés humaines de l'époque. On parle dès lors de « taille abonnée ».

Un symbole tenace du servage

A la fin du XIIIème siècle, cette charge pesant principalement sur les terres tenues par la famille d'un tenancier (tenures), devient l'une des composantes essentielles de l'évolution de la notion de servage durant cette période.

Alors que d'autres taxes (le « formariage » à l'occasion des mariages hors seigneurie d'origine, le « chevage » pris sur la tête du dépendant localement et la « mainmorte » lors du décès du serf) deviennent des aides pécuniaires spécifiques, la taille, encore perçue de manière arbitraire par certains seigneurs, demeure un des symboles forts du servage.

L'apanage du Roi

A l'approche de la Renaissance le sens de cette contribution va s'élargir à l'ensemble des impositions directes municipales, princières ou royales. La taille remplace ainsi progressivement le « fouage » (impôt direct levé par foyer ou « feu »).

Au XVème siècle, la taille finie par être saisie par la seule et unique autorité royale en devenant ainsi un impôt pérenne et annuel dont le montant est fixé par le Conseil du roi (« brevet de taille ») pour être répartie suivant une hiérarchie décroissante allant des généralités (provinces) aux élections (comparables aux arrondissements) en passant par les paroisses où les contrôleurs ont à leur charge la répartition de l'impôt entre feux fiscaux. Cette opération peut porter dans certains textes du début du XVIIIème siècle le nom évocateur « d'égallement de la taille » dont voici un exemple détaillé datant de 1739 : rôle de la taille de Saint-Trojan (Ile d'Oléron).

Les percepteurs, qui sont eux-même des paroissiens, sont redevables sur leurs biens propres des sommes qui n'auraient pas été perçues. Toutefois, même si la règle est de tailler tous les chefs de famille, ces derniers peuvent être aussi exonérés de cette taxe si l 'ensemble de leurs ressources se situe en dessous d'un certain seuil établie localement. Les habitants des grandes villes jadis libérées de la tutelle seigneuriale sont exemptés de ce tribut sans compter les nobles, les membres du clergé et certains détenteurs de charges et d'offices qui, en ce qui les concerne, le furent de tout temps.

La taille, que l'on appelle dès lors parfois « dîme royale » devient avec d'autres impôts directs comme la « dîme » ou dixième partie des fruits de la terre due au clergé, « la gabelle » ou taxe sur le sel et autres marchandises, « la capitation » qui touche aussi certains privilégiés sauf le clergé et le « vingtième » dû par tous, l'un des principaux impôts de l'ancien régime. Cet état de fait se perpétue jusqu'à la chute de la monarchie absolue à la fin du XVIIIème siècle.

Sources :

- Lexique historique du Moyen âge, Armand Colin,1980,1989.

- http://www.histoirepassion.eu