Un Français sur quatre consomme des psychotropes, selon une étude de la Caisse nationale d'assurance maladie.[1] En tête de liste on trouve les anxiolytiques (17,4%), les antidépresseurs (9,7%), les hypnotiques ou somnifères (8,8%) et les neuroleptiques ou antipsychotiques (2,7%). Les femmes utilisent en moyenne deux fois plus de psychotropes que les hommes. La consommation croît continuellement avec l'âge. Elle atteint un sommet entre 70-79 ans avec 54% de femmes et 33% d'hommes consommateurs.

Le traitement psychotrope semble souvent être utilisé comme remède miracle soulageant un état de souffrance temporaire, sans que l'existence d'un trouble soit pour autant avéré. Le risque d'effets secondaires et d'installation dans une dépendance de ces médicaments est élevé. En effet, les effets secondaires peuvent conduire à des accidents (perte de vigilance et de réflexes), suicides (levée d'inhibitions), des problèmes de diabète, de prise de poids et d'altération des fonctions intellectuelles (pertes de mémoire). Une réduction de l'utilisation des médicaments psychotropes paraît souhaitable, compte tenu des risques énoncés.

Les médecins généralistes principaux prescripteurs de psychotropes

Plus de 80% des médicaments psychotropes sont prescrits par les médecins généralistes en France. Ce sont des traitements symptomatiques d'un trouble psychique, c'est-à-dire qu'ils traitent uniquement le symptôme et non pas l'origine du trouble. Pour être réellement efficace, la prescription des psychotropes devrait donc s'accompagner d'un soutien psychologique, voire d'une thérapie à long terme. L'absence de véritable suivi thérapeutique augmente le risque de traitements inadéquats et l'installation dans une dépendance.

Les médecins généralistes ne sont pas des spécialistes en pathologies psychiatriques. Le risque d'erreur de diagnostic est donc important. Ainsi, selon le Rapport parlementaire sur le bon usage des médicaments psychotropes, la moitié des personnes consommant des antidépresseurs, et même les deux tiers pour les anxiolytiques, ne présentent pas de troubles dépressifs, ni anxieux. Inversement, moins d'une personne sur trois souffrant réellement de dépression bénéficie d'un traitement adapté.

Comment éviter le recours systématique aux psychotropes ?

Au niveau de certains types de souffrances psychiques légères ou temporaires, des traitements alternatifs (homéopathie ou phytothérapie) sont susceptibles d'apporter des résultats identiques. En Allemagne, par exemple, la phytothérapie est beaucoup utilisée, alors que le niveau de consommation des psychotropes est parmi les plus faibles.

En outre, les psychothérapies semblent largement sous-utilisées en France, si on considère le nombre de personnes susceptibles d'en tirer bénéfice. Un des facteurs explicatifs pourrait être le coût de ces thérapies, rarement prises en charge par l'Assurance maladie.

Enfin, la diminution des prises d’excitants (alcool, tabac, café,…), la pratique d'activités physiques ou de relaxation sont également susceptibles de faire diminuer l'usage de certains psychotropes, notamment les hypnotiques.

Des premiers résultats encourageants

Dans le but de mieux informer les médecins généralistes sur les psychotropes, la Haute autorité de santé (HAS) et l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) ont diffusé ces dernières années des recommandations de bonnes pratiques cliniques. Les dernièrs chiffres publiés par l'Assurance maladie montrent un léger recul des prescriptions pour les antidépresseurs (- 1%) et les anxiolytiques (-1,2%). S'agit-il d'un début de prise de conscience du phénomène ?

Sources:

Maryvonne Briot (2006), Rapport parlementaire sur le bon usage des médicaments psychotropes,

http://www.assemblee-nationale.fr/12/rap-off/i3187.asp

Site du Psycom75 http://www.psycom75.org/

[1] Au moins un remboursement d'un médicament psychotrope sur l'année 2000 (Étude transversale sur la population des 41,5 millions de bénéficiaires du régime général d'assurance maladie à partir des bases de données de remboursement issues des 128 CPAM (Caisses Primaires d'Assurance Maladie) de France métropolitaine)